Zep fait entrer Titeuf dans l’âge bête

Bande dessinéeL’auteur genevois confronte son héros au cap de l’adolescence dans un nouvel album. La «Tribune» en publie les neuf premières pages en exclusivité dans sa version papier.

Rentrée chargée pour Zep, qui s’apprête à publier trois albums d’ici à la fin de l’année. «Bienvenue en adolescence», le nouveau Titeuf, paraît le 20 août. Il sera suivi, au début d’octobre, par «What a wonderful world», tiré du blog éponyme de Zep. En novembre, l’auteur genevois signe le scénario d’une histoire érotique pour le dessinateur Vince.
Vidéo: Georges Cabrera

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On l’avait quitté en 2012, dansant un slow langoureux dans l’album A la folie. Revoilà Titeuf en pleine forme. Enfin, pas tant que ça, puisque la star des préaux apparaît privée de sa mèche fétiche dès les premières cases de son nouvel opus! Que s’est-il passé? La réponse – pô triste forcément – lance impeccablement Bienvenue en adolescence, un 14e tome à découvrir à partir du 20 août. En avant-première et en exclusivité suisse, la Tribune publie dès ce mardi 4 août les neuf premières pages de cette histoire complète. Habitué au format gag, Zep n’avait plus tenté pareil pari depuis Nadia se marie, en 2004. Après Une histoire d’hommes en 2013, dessinée dans un style réaliste, puis Happy Parents en 2014, l’auteur genevois a retrouvé son héros avec un immense plaisir…

Titeuf revient après trois ans d’absence. Qu’est-ce qui vous a ramené à votre personnage fétiche?

Je ne quitte jamais Titeuf. Il ne se passe pas une semaine sans que je ne le dessine, sur une affiche, une couverture à réaliser pour une traduction, différentes participations à des actions caritatives. Mais cela faisait longtemps que je ne l’avais plus utilisé dans une optique bande dessinée. C’est un personnage taillé pour les histoires. Au bout d’un certain temps, il me manque comme me manquerait un ami ou un membre de ma famille. L’idée de refaire un bout de chemin avec lui m’attire parce qu’à travers les albums tout un monde s’est mis en place autour de lui. J’aime m’y retrouver.

Comment s’est produit le déclic qui a conduit à ce nouvel album?

J’ai des carnets dans lesquels je note mes idées. Tout y est mélangé de manière disparate. On y trouve aussi bien des esquisses pour des affiches que pour mon blog ou pour des histoires. A un moment, il m’a semblé que je disposais de pas mal de matériel. J’ai commencé à écrire des gags autour de Titeuf et je me suis rendu compte assez vite qu’ils tournaient autour de la puberté. J’ai dessiné une première scène où Titeuf se fait arracher la mèche. Et je me suis dit: «Tiens, ce serait amusant d’avoir tout un album où sa mèche repousse et où il est complètement chauve.»

Une manière de jouer sur son identité en somme…

Oui, puisqu’il est en train d’en changer. Dans cet album, je raconte sa quête homérique de l’adolescence.

Une étape irréversible?

En bande dessinée, rien n’est jamais complètement irréversible. Mais il est clair que Titeuf vieillit un peu d’album en album. Dans le premier, je dirais qu’il a environ 8?ans. Désormais, je situe son âge autour des 12?ans. Il arrive à la porte de l’adolescence. A la fin de l’histoire, il se découvre un début d’acné. Je ne sais pas comment je vais me débrouiller avec ça. Mais ce sera le problème du prochain album…

Dans une précédente interview, vous confiiez: «Peut-être qu’un jour je dessinerai Titeuf à une autre époque de sa vie.» Vous y pensez toujours?

Avec le temps, Titeuf a développé une telle complicité avec ses lecteurs qu’on peut raconter toutes sortes de choses. Ce serait un jeu assez amusant de le transposer à l’âge adulte, à l’EMS, voire aux temps médiévaux, que sais-je… J’ai assez envie de le faire. Mais il n’y a pas de véritable projet.

«Bienvenue en adolescence» se présente sous la forme d’une histoire complète. Cela induit-il une tout autre manière de raconter?

La rythmique est différente. Avec un gag, il faut aller à l’essentiel. On ne peut pas se montrer trop bavard. C’est surtout d’avoir réalisé un long-métrage animé avec Titeuf qui m’a donné envie de donner un peu plus de champ aux délires des personnages. Le tandem Titeuf-Manu permet de mettre en scène des situations qui parfois restent un peu étriquées sur une seule page.

Le format long permet-il de développer davantage la psychologie des personnages?

Pas forcément. En un dessin, on peut déjà dire beaucoup de choses. Le fait de bien connaître ses héros permet d’aller plus loin dans les détails. Quand on crée un personnage, il a forcément un aspect caricatural. Plus on va l’utiliser, plus on va découvrir différents aspects de sa personnalité.

Dans le précédent tome, un personnage important est apparu: Ramatou. Titeuf va-t-il faire la connaissance d’un nouveau comparse dans l’album à paraître?

Un nouveau personnage entre en scène, mais je ne sais pas s’il sera récurrent. Alors qu’il est évident pour moi que Ramatou fait désormais partie de la série. Je trouve que cela fonctionne bien d’avoir introduit une fille qui non seulement soit gentille avec Titeuf, mais qui soit également séduite par sa petite personne. On ne sait pas trop ce qu’elle lui trouve. Souvent d’ailleurs, on ne sait pas trop ce que les femmes nous trouvent… Cela crée une espèce de concurrence entre Nadia et Ramatou. Nadia, qui ne s’est jamais intéressée à Titeuf, n’aime pas le fait que tout à coup il devienne un objet de désir de la part d’une autre…

Titeuf 14, «Bienvenue en adolescence», par Zep. Ed. Glénat, 48 p. Sortie le 20 août.

Dédicace de Zep à la librairie L’Oreille Cassée, rue Rousseau 14, vendredi 4 septembre dès 18 h.

Exposition «Portraits de Titeuf». Galerie Glénat, rue de Picardie 22, Paris (IIIe), du 2 au 22 septembre. (TDG)

Créé: 03.08.2015, 17h10

«Je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour de Titeuf»

A 47 ans, est-il plus difficile qu’autrefois de vous glisser dans la peau de Titeuf?

Non. Des gags de Titeuf, j’en ai déjà mis en scène à peu près 500. Mais je n’ai pas l’impression d’en avoir fait le tour. Cela m’amuse toujours autant. Même si mon rapport à l’enfance change. Ce que j’ai envie de raconter aujourd’hui ne correspond plus à ce que j’avais envie de comprendre de l’enfance quand j’avais 25 ans. J’essaie de raconter ce qui reste pour moi l’enfance éternelle, en ancrant l’histoire dans la réalité d’aujourd’hui, mais sans surfer sur des phénomènes à la mode. Cela ne m’intéresse pas d’évoquer les réseaux sociaux, comme cela ne m’intéressait pas de parler des jeux vidéo ou des SMS. Tout cela reste très fugace.

Economiquement parlant, la bande dessinée traverse une période délicate. Vous le ressentez aussi?

Je ne peux pas dire que je souffre de la crise. Toutes les ventes de livres ont baissé, donc celles de Titeuf aussi. Je suis passé de un million à 700 000 exemplaires, je ne vais pas me plaindre. J’ai des copains qui ont dû arrêter la bande dessinée, parce qu’ils sont passés de 10 000 à 4000 exemplaires, et que ce n’est plus viable.

Derrière Titeuf et sa bande de copains, vous apparaissez à plusieurs reprises, en personnage anonyme. Vous affectionnez ces petits caméos à la Hitchcock?

C’est une sorte de jeu. J’introduis aussi d’autres personnages ou des auteurs de bande dessinée. Quand j’ai commencé ce nouvel album, tous les gens à qui j’en parlais me disaient: «Oh là là, ce doit être lourd de reprendre Titeuf!» Et moi je leur répondais: «Non ça va, c’est plutôt cool.» Mais ils ne voulaient pas en démordre. Du coup, je me suis notamment représenté en Atlas qui porte le monde. Effectivement, c’est lourd…

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