Yann Arthus-Bertrand nous prend de haut

Photos aériennesUne galerie carougeoise expose la Suisse immortalisée par le photographe. Récit.

Paysage agricole dans le canton de Fribourg, photographié par Yann Arthus-Bertrand depuis un hélicoptère, avec un très gros téléobjectif.

Paysage agricole dans le canton de Fribourg, photographié par Yann Arthus-Bertrand depuis un hélicoptère, avec un très gros téléobjectif. Image: YANN ARTHUS-BERTRAND/ALTITUDE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il a donné ses lettres de noblesse à la photo aérienne, en lui ajoutant une dimension esthétique et militante. Yann Arthus-Bertrand, mondialement connu pour ses images de la terre vue du ciel, ne se lasse pas de prendre de la hauteur pour scruter les quatre coins de la planète. Il s’est même penché sur la Suisse, à travers un film et des photos exposées dans une galerie carougeoise à partir de mercredi (voir ci-dessous).

Pourtant, à la base, notre petit pays ne figurait pas sur la feuille de route du Français. C’est Suisse Tourisme qui l’a contacté pour lui demander de réaliser un film promotionnel. «J’étais en train de travailler sur mon prochain long-métrage, Human, raconte Yann Arthus-Bertrand. J’ai donné mon accord si Suisse Tourisme fournissait un hélicoptère, si j’avais carte blanche et si je pouvais utiliser les images pour mon film.»

Ne connaissant pas la Suisse, ou si peu pour l’avoir seulement traversée, le réalisateur s’est laissé guider dans le choix des lieux survolés. «J’ai été frappé par la diversité des paysages, et par le temps nécessaire pour parcourir montagnes et vallées, se souvient-il. Les maisons sont posées un peu comme des Lego sur une herbe très verte. Par rapport à la France, il y a très peu de panneaux publicitaires. C’est un pays très protégé.»

De l’expérience et de la chance

Yann Arthus-Bertrand a tout de même insisté pour aller voir certains endroits spécifiques. Notamment les chutes du Rhin: «Je trouvais dommage de ne pas m’y rendre. Elles sont magnifiques, avec un côté très romantique, très XIXe siècle.» Une fois le site choisi, la réussite des prises de vue, que ce soit avec la caméra ou l’appareil photo, dépend de l’expérience et de la compréhension qui passe avec le pilote. De la chance, aussi. «Au sommet du Cervin, nous sommes tombés sur deux alpinistes qui se prenaient dans les bras, se souvient le réalisateur. Un moment magique.»

Le résultat est visible depuis cet été sur Internet et partout où Suisse Tourisme fait sa promotion. Son auteur s’en montre fort satisfait: «J’adore ce petit film, il est très réussi. J’aurais envie d’en réaliser un pour tous les pays, afin de faire ressentir leur ambiance de manière artistique.» Incontestablement, les images sont belles. Yann Arthus-Bertrand joue sur les atmosphères, les contrastes de lumière, le graphisme des formes offertes à son objectif. Et sur les effets d’éloignement ou de rapprochement, qui réduisent le plus souvent les êtres humains à de petits points dans le paysage. Le tout au ralenti «pour prendre le temps de regarder», sans parole, et en musique.

Vision de carte postale

Certes, la vue aérienne montre le pays sous un angle inattendu. Mais ses habitants ne reconnaîtront probablement que partiellement le territoire dans lequel ils vivent. On y croise principalement des petits villages de montagnes, des chalets, des sommets enneigés, des vaches à l’alpage, des lacs, un funiculaire, des châteaux, des vignes… Une vraie Suisse de carte postale. En outre, aucune ville n’apparaît dans les vingt minutes que dure le court-métrage. «Nous n’avons pas eu l’autorisation de les survoler, rapporte Yann Arthus-Bertrand. Mais de toute façon, les villes me paraissent moins intéressantes à filmer et à photographier.»

Cette vision idyllique ne colle pas vraiment à la perspective écologiste du Français. Difficile de croire au réchauffement climatique avec une vue du jardin d’Eden avant la chute… «Il s’agissait avant tout d’un divertissement, explique l’artiste. Je prends du plaisir à survoler les plus beaux endroits du monde et à transmettre cette émotion.»

Ces images ne risquent-elles pas de renforcer les clichés helvétiques? «Mais la Suisse ressemble vraiment à ce qu’on imagine! se récrie Yann Arthus-Bertrand. Sur place, j’avais l’impression de photographier les images d’une boîte de chocolats.» Car pour le photographe, capturer un pays depuis les cieux permet de mieux le connaître. Même si le survol en question ne dure que trois jours, comme ce fut le cas pour la Suisse. «On voit comment les gens se déplacent, ce qu’ils mangent, le climat, le niveau de pauvreté… Bref, la manière de vivre de ses habitants. C’est pour cela que la photographie aérienne rencontre un tel succès.»

A noter que Genève ne fait pas partie des lieux sélectionnés pour le film. Même si Yann Arthus-Bertrand y a déjà effectué quelques prises de vue lors d’un précédent voyage. «Pour moi, Genève est une ville de province où il ne se passe rien», assène-t-il. L’artiste a cependant consenti à se déplacer jusqu’à la Cité sarde pour le vernissage de son exposition, qui a lieu mercredi soir. Comme quoi, il y a tout de même quelques événements intéressants dans cette modeste cité…

«La Suisse vue du ciel», exposition de Yann Arthus-Bertrand, du me 3 décembre au sa 17 janvier à la galerie Krisal, 25 rue du Pont-Neuf à Carouge. Du ma au ve de 14 h 30 à 18 h 30, sa de 13 h 30 à 17 h 30, et di 7, 14 et 21 décembre de 11 h 30 à 17 h. Infos: tél. 022 301 21 88, www.krisal.com (TDG)

Créé: 01.12.2014, 19h37

Organiser une exposition des photographies de Yann Arthus-Bertrand, qui plus est à Genève, ce n’était pas gagné d’avance. «Je me sens davantage réalisateur que photographe, et le film de la Suisse vue du ciel me semble meilleur que les clichés, confie l’artiste. La caméra, avec son très gros téléobjectif, permet de zoomer trois fois plus qu’avec un appareil photo. Et le cinéma constitue une caisse de résonance bien plus grande.»

Pourtant, la responsable de la galerie Krisal, Christine Ventouras, qui connaît bien l’artiste, a finalement réussi à le convaincre. «Il a refusé au début, estimant qu’il n’y avait pas assez d’images pour une exposition. Mais je l’ai flatté un peu et il a accepté, rigole-t-elle. J’ai choisi les photographies au coup de cœur, avec son accord.» Une seule vue de Genève figure dans la sélection: des jardins familiaux alignés au cordeau, pris dans la région de Châtelaine.

Le réalisateur a insisté pour faire des tirages en grand format, qui seront en outre accompagnés du film réalisé pour Suisse Tourisme. Si ces images de Yann Arthus-Bertrand ont déjà été présentées ailleurs en Suisse, il s’agit de la première exposition comportant uniquement des prises de vue helvétiques. «Cela nous fait découvrir de nouveaux endroits et nous donne envie d’y aller, estime Christine Ventouras. Et on ressent de la fierté à voir ces photos magnifiques, même s’il s’agit d’un travail de commande.» Ce que souligne d’ailleurs le photographe: «Les Suisses aiment bien voir des images de leur pays. Ils sont spécialement chauvins.» Venant d’un Français, cela peut nous sembler ironique. Mais peut-être n’est-ce pas si faux, finalement…

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

L'accord sur le Brexit divise le gouvernement britannique
Plus...