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William a pris un bain de jouvence à Carouge

Ce week-end, à la Cuisine, Jean Bellorini et Thierry Thieû Niang ont effectué leur pêche miraculeuse.

Les vingt et un jeunes recrutés pour plonger dans «Les Sonnets».
Les vingt et un jeunes recrutés pour plonger dans «Les Sonnets».
CAROLE PARODI

Clamons-le haut et fort: dire les «Sonnets» de Shakespeare rend beau. Grand. Fort. Digne. Certainement davantage que psalmodier un règlement ou prêcher la bonne parole. A fortiori, pariera-t-on, si les récitants sont des enfants, qui plus est venus des quatre coins de la Terre, où les vers de William résonnent d’une égale puissance – pour qui y a accès – depuis plus de quatre cents ans.

Tels les nuées d’étourneaux qui ont désormais quitté notre ciel, ils étaient vingt et un, revenus se disséminer sur le plateau de la Cuisine, au-devant de laquelle clapotait une piscine. Gogia, Kidane, Nsumbu, Tesfatsion, Kutika, Ukshini, Sapey ou Wechsler étaient quelques-uns des patronymes réunis dans ce flot de bienveillance réciproque et de révérence poétique. «Plus je ferme les yeux plus je vois clair» ont-ils piaillé de leur voix cristalline, ou «ô, apprends à lire ce qu’a écrit un amour silencieux». «Fatigué de ce monde, je demande à mourir» ont-ils hululé, droits comme des i, avant de traverser une longueur sous l’eau, ou «procrée un autre toi pour qu’en toi ou par toi la beauté vive encore», ont-ils chanté, dégoulinants, dans leurs langues exotiques.

Rodés l’un et l’autre au travail scénique avec des amateurs, le metteur en scène français Jean Bellorini et le chorégraphe Thierry Thieû Niang ont conçu en 2018 le projet de confier des bribes des 154 «Sonnets» à des jeunes de 9 à 21 ans. D’abord en les recrutant parmi la diversité sur le territoire de Saint-Denis, où le premier dirige le Théâtre Gérard Philipe. Puis en reconduisant l’expérience ici, à Genève, avant de migrer vers d’autres villes. En seulement deux semaines intensives, les ados ont lu, compris, intégré, choisi puis porté les poèmes, ordonnancés selon les thèmes successifs de l’amour, de la jeunesse, du temps qui passe, de la mort, de l’enfantement et de l’éternel recommencement. À Carouge, le silence était absolu dans les rangs, avant les rafales d’applaudissements.

Pourquoi la piscine? La musique sirupeuse nappant des mots qui la repoussent? Pourquoi «charbon» dans une bouche noire et «beau» entre les lèvres d’un éphèbe? Un regret, en somme: que la redondance démagogique ait pesé sur une prolifération qui s’en serait bien passée.

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