«Waste» crée la langue du dépotoir universel

ThéâtreLe Poche ouvre sa saison «D’Eux» en fouillant une décharge technologique à Accra, où des enfants tentent de survivre.

Des hommes et des poupées pour jouer des enfants glaneurs.?

Des hommes et des poupées pour jouer des enfants glaneurs.? Image: SAMUEL RUBIO

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A chaque milieu son jargon, à chaque réalité son langage. Celle de «la bosse», cloaque du Ghana où croupissent les cadavres des téléviseurs, tablettes, ordinateurs et autres smartphones planétaires que des gamins sont réduits à fureter en charognards, celle-là méritait sa langue à part. Le jeune Guillaume Poix, dramaturge de la saison «Unes» au Poche, l’a inventée sur le papier. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle côtoie sans rougir celles qu’avaient imaginées avant lui un Henri Michaux, un Michel Audiard ou un Jean-Marc Lovay. Anglicismes ou archaïsmes, mots tronqués ou argotiques, les néologismes pullulent ici, au milieu des câbles recyclables déterrés par de petits glaneurs cancéreux.

Aux figures poétiques et ordurières qui fleurissent sur ce rebut global se superposent les multiples strates d’une mise en scène signée du Français Johanny Bert. Une mise en scène qui ne lésine sur aucun détail, depuis les subtils clairs-obscurs obtenus par le jeu de lumière jusqu’aux expressives marionnettes réalisées par le Genevois Christophe Kiss. Sans négliger l’interprétation musculeuse et chorégraphique des quatre comédiens-manipulateurs enrôlés: Térence Rion, Miami Themo, Assane Timbo – tous trois originaires d’Afrique –, et la grande Jane Friedrich bien connue des scènes romandes. Les trois premiers incarnent Jacob, Isaac et Moïse, les enfants-rats qui tirent quelques «cédilles» (la monnaie locale) de la refonte de métaux, la dernière est une sorte de Ma Dalton, à la fois racheteuse et revendeuse des déchets de la surconsommation numérique.

Acteurs et pantins s’encastrent sur un plateau savamment découpé par la scénographie. On y voit défiler les camions miniatures chargés d’appareils usagés. On y voit suspendus des sachets d’eau en guise de pluie. Comme on en voit surgir un reporter lilliputien, ambassadeur d’une race blanche prédatrice…

Si la faune du cimetière digital ne possède rien sinon sa parole, son expression scénique, elle, souffrirait presque de son trop-plein. Dans le bourbier dénoncé par Waste, la boursouflure menace par moments.

Waste Le Poche Genève, jusqu’au 16 oct., 022 310 42 21, www.poche---gve.ch (TDG)

Créé: 28.09.2016, 09h29

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