Wadimoff, retour à Gaza

CinémaAvec «L’Apollon de Gaza», le Genevois filme un mystère.

Nicolas Wadimoff, s’il revient à la fiction, le fera «avec beaucoup de prudence».

Nicolas Wadimoff, s’il revient à la fiction, le fera «avec beaucoup de prudence». Image: GEORGES CABRERA

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Offrande divine ou vulgaire contrefaçon? Derrière l’Apollon de Gaza, statue découverte en 2013 après plus de 2000 ans de sommeil et aussitôt redisparue, il semble se nicher bien des mystères. Nicolas Wadimoff tente de les résoudre, du moins en partie, dans un documentaire dévoilé l’an passé à Locarno. À l’occasion de sa sortie en salles, on fait le point avec un cinéaste genevois à l’agenda très rempli.

Quel a été le point de départ du film?

Il est lié à l’un de mes films précédents, «Aisheen». J’avais alors le sentiment que ça ne valait plus la peine de faire des films à Gaza. Et puis quand j’ai entendu parler de cette histoire de statue, en 2014, à travers un article du «Monde». Ce fut comme une bénédiction. J’avais absolument besoin d’un angle, d’une manière d’appréhender Gaza de façon différente.

Est-ce que de nouveaux éléments, liés par exemple à la seconde disparition de la statue, ou à son authenticité, sont venus se greffer lors du tournage?

On savait surtout que s’en approcher trop comportait de gros risques, liés à sa disparition. Lorsque nous avons démarré le tournage, elle avait déjà redisparu. Par ailleurs, l’hypothèse de sa fausseté avait été soulevée, et je trouvais bien de l’intégrer au film. De toute façon, chacun finit par avoir sa propre explication et il y a multiplicité des points de vue. Aujourd’hui, alors que Gaza, tout comme le conflit israélo-palestinien, ne peuvent être perçus que dans une seule réalité historique, il est sain d’ouvrir le chemin des possibles. De chercher dans tous les angles morts. Et l’angle mort de Gaza, c’est sa formidable histoire, son passé.

L’absurdité de ce récit, avec l’apparition puis la redisparition d’une statue, dit-elle des choses sur notre monde?

Je ne sais pas si c’est le monde qui est absurde ou le décalage entre ce qu’il est et sa représentation. Dans «Aisheen», il y avait des bombes qui tombaient et des gens qui devisaient sur leur perron. N’est-ce pas déjà absurde?

Quel est votre sentiment par rapport à cette statue?

Je n’ai pas une affection particulière pour elle. À Gaza, il m’est arrivé de tomber en émoi devant des choses simples, comme une petite amphore qui appartient à des gens qu’on voit dans le film.

C’est l’une des premières fois où vous travaillez ouvertement sur la métaphore.

Je pense qu’il m’a fallu être plus mature. J’ai dû aller chercher au-delà du réel. Le documentaire est de toute façon quelque chose de subjectif. Par opposition, mon premier film, «Le bol», était un travail immersif. J’avais passé un mois dans une Soupe populaire. Rien à voir avec «L’Apollon de Gaza». J’ai besoin d’emmener le spectateur vers une dimension plus métaphysique, et non pas de montrer la réalité telle qu’elle est.

Auriez-vous envie de renouer avec la fiction?

Oui, mais avec beaucoup de prudence. Car mes documentaires tournent bien, mais mes fictions, c’est moins évident. Il va falloir que je travaille fort. Surtout face à ce rouleau compresseur que la multiplicité des films d’auteur indépendants génère.

Du coup, où situez-vous «L’Apollon de Gaza» dans votre filmographie?

Comme le dernier volet d’une trilogie. «L’Accord» radiographiait la possibilité d’un accord sur la situation israélo-palestinienne. «Aisheen» dépeignait l’âme humaine. Et là, avec l’«Apollon», après la politique et les hommes, je m’attaque aux dieux.

Créé: 27.03.2019, 19h32

Critique

Des mystères bien enfouis

Sur l’affiche du film de Nicolas Wadimoff, l’Apollon de Gaza en immersion suggère une splendeur passée, un royaume englouti, un monde enseveli. Quelque chose de l’ordre de la métaphore se donne à voir. Le film tente à sa manière de prolonger cette impression en empruntant la forme d’une enquête. «L’Apollon de Gaza», c’est un mystère à plusieurs degrés. L’histoire d’une découverte, puis d’une disparition, puis d’une possible supercherie. Ces cohabitations thématiques multiplient les interrogations. Pour Wadimoff, c’est l’occasion d’une nouvelle réflexion, aux contours de thriller, sur une situation politique qu’il s’agit de confronter à son lointain passé. Le film se double dès lors d’une méditation sur l’effritement des civilisations et notre précarité d’humains. Ne le ratez pas.

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