Voyage onirique dans la Tahiti de Gauguin

DécryptageLa galerie Grob expose une série de gravures destinées à illustrer l'écrit le plus célèbre du maître français, «Noa Noa».

Image: Couroisie Grob Gallery

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Bien qu’ayant vécu sans-le-sou, Paul Gauguin s’est depuis longtemps imposé comme un peintre majeur du XIXe siècle. On sait moins que celui qui entama sa carrière comme agent de change à la Bourse de Paris fut aussi un peu écrivain. C’est à l’automne 1893, au retour de son premier voyage à Tahiti, qu’il entreprend de rédiger son texte resté le plus célèbre, «Noa Noa» («parfumé», «odorant» en langue tahitienne). Il y évoque son éblouissement sensuel pour l’île, ses paysages, sa culture et ses habitants, mêlé à l’amer désenchantement face aux blessures coloniales infligées à cette terre qu’il imaginait paradisiaque.

Ce récit donne à voir autant qu’à lire, l’artiste s’employant à l’illustrer lors de son deuxième séjour en Polynésie. «Changement de résidence», une gravure sur bois datant de 1899, occupe la page 189 de l’édition originale. L’estampe, imprimée sur papier Japon, est actuellement exposée chez Grob dans le cadre de «Gauguin, Tahiti & photography». «Passionné par la fabrication manuelle d’objets, Gauguin trouve dans la technique de la xylogravure un moyen de lier l’esthétique de sa peinture et de la sculpture», souligne Rebeca Foëx-Castilla, directrice de la galerie. La gamme chromatique sombre de ce médium s’accorde à l’univers mythologique et onirique qui baigne son œuvre et lui permet d’exprimer sa sensibilité aux formes primitives, en proposant une vision éloignée de l’expression picturale occidentale.

Notamment incarné par le cheval au centre du tableau, le thème de l’itinérance renvoie à la propre vie du peintre, qui s’établit à Tahiti puis aux Marquises, où il mourra, rongé par la misère et la syphilis en 1903, à l’âge de 54 ans. Il évoque également le nomadisme du peuple maori, habitué à vagabonder d’île en île pour des échanges familiaux.

«Gauguin, Tahiti & photography» Jusqu’au 2 février chez Grob Gallery, rue Étienne-Dumont 2. Infos: grobgallery.com (TDG)

Créé: 10.01.2019, 17h32

Bestiaire

L’image comporte plusieurs éléments de faune et de flore difficiles à identifier, comme souvent chez Gauguin: s’agit-il d’espèces endémiques, s’inspirent-ils de la mythologie locale ou sont-ils le fruit de l’imagination de l’artiste? Parmi ce curieux bestiaire, on repère des oiseaux, ce qui paraît être un chien noir, à droite, et de gracieux petits mammifères immaculés.

Couleurs

Outre son excellente qualité, l’épreuve montrée à la galerie Grob présente l’intérêt d’être une impression en deux tons. Un premier état du bois a été tiré en ocre; puis on lui a superposé un second état du même bois, tiré en noir. Enfin, le graveur a ajouté des rehauts d’aquarelle en aplats jaunes, roses et bleus.

Déesse

Le personnage ailé dans le coin supérieur droit de l’œuvre pourrait représenter Hina, la déesse de la Lune, souvent considérée comme la plus importante figure féminine du panthéon polynésien. Une légende tahitienne veut que la divinité, condamnée à vivre isolée sur son astre, choisisse de se transformer en oiseau au plumage chatoyant, afin de voyager par-delà la voûte céleste. Le mythe s’inscrit ainsi admirablement dans la thématique du «changement de résidence».

Numéro

Le chiffre 27 apparaît en haut à gauche du tableau. Il s’agit, inscrit à l’encre et à la plume, du numéro de tirage, sur 30 exemplaires. Si Paul Gauguin effectue lui-même les premières épreuves, il confie dès 1894 à son ami Louis Roy, un peintre rattaché à l’école de Pont-Aven, le soin d’imprimer ses bois gravés destinés à l’illustration de «Noa Noa».

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