Des vers et des voix pour étreindre les migrants

SpectacleAm Stram Gram instille la poésie syrienne dans les centres d’hébergement collectif.

Le dispositif mobile des «Arbres...» inclut Julien Tsongas, Wissam Arbache, un élégant oiseau et un beatboxer (hors cadre).

Le dispositif mobile des «Arbres...» inclut Julien Tsongas, Wissam Arbache, un élégant oiseau et un beatboxer (hors cadre). Image: LAURENT GUIRAUD

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Dans l’allégorie de la scène genevoise, les sœurs Hors-les-murs et Médiation-culturelle ont connu une belle poussée de croissance. Elles sont devenues de fières jeunes filles portant des vêtements colorés, qui se promènent dans la rue main dans la main en attirant les regards.

À l’initiative du Théâtre Am Stram Gram, elles mettent le pied jusqu’au 20 décembre prochain, non plus seulement dans les écoles, les places publiques, les musées ou les hôpitaux, mais dans les foyers pour requérants d’asile. Avertissement, donc: vous n’assisterez probablement pas en personne au spectacle itinérant Arbres, prenez-moi dans vos bras. Vous en saurez seulement un peu plus sur la démarche – et le résultat – de ce «laboratoire spontané» semé en territoire «melquiotien».

Poètes syriens en 5 langues

Le néologisme qualifie l’univers foisonnant de Fabrice Melquiot, à la fois successeur de Dominique Catton au pilotage d’Am Stram Gram, auteur inventif, générateur de propositions insolites, épouseur de causes, et metteur en scène tous publics. Notamment, en collaboration avec Mariama Sylla, de ce récital poétique appelé à circuler parmi cinq abris de la Protection civile qui servent de centres d’hébergement collectif aux migrants pris en charge par l’Hospice général.

Le projet repose au départ sur un florilège de poèmes à partager d’urgence. Tous proviennent de Syrie, ont été glanés dans les pages de la revue Missives, et sont signés Daad Haddad, qui s’est suicidée en 1991, Omar Kaddour, réfugié en France depuis 2012, Aïcha Arnaout, elle aussi basée à Paris, ou Riyad Saleh Hussein, fauché en 1982 à l’âge de 28 ans. Sur ce canevas poétique se brode aussitôt la volonté de réciter les vers dans plusieurs langues, afin de favoriser la rencontre avec des audiences de provenances disparates. Chaque poésie se savoure ainsi dans sa langue originale arabe, et dans ses traductions française, anglaise, dari (Afghanistan) et tigrigna (Ethiopie).

La magie des arts vivants et des arts plastiques se charge du reste. Sur la scène, qui n’est autre qu’un sol accueillant des chaises disposées en rangées, s’avance d’abord une silhouette dont le manteau recouvre la tête, ne laissant apparaître que deux mains en forme d’ailes blanches. Un second personnage traîne une palette sur laquelle une créature désarticulée est sanglée. Légèrement à l’écart, un troisième, coiffé d’un bonnet, branche micros et sampler.

Quatre tubes pour un échafaudage, donc: deux comédiens – le Français Wissem Arbache et le Genevois Julien Tsongas –, un beatboxer du nom de Julien Paplomatas alias Speaker B, et la sculpture – sauterelle géante ou reptile empaillé avant de s’avérer noble échassier – réalisée par l’artiste Jean-Louis Perrot.

Avant de donner eux-mêmes de la voix, les interprètes tapotent, caressent, grattouillent la bête: les sons ainsi obtenus rythmeront leurs scansions, auxquelles s’entremêleront bruits de bouche et soupirs entrecoupés. La parole tarde, puis fuse: «En une seconde j’ai dû décider…»

Arbres de Babel

Lourds et gracieux comme des ours, les corps entrent en dialogue multilingue. On navigue entre le rap et la prière. L’anglais de Tsongas fend l’air, son tigrigna se déchiffre sur le poignet. Les syllabes portent, tandis que les hommes assemblent un à un les morceaux du squelette – «la vie enfile ses robes». Le rotin et le métal adoptent leur posture d’oiseau debout. Ensemble, les maçons poursuivent leur parade nuptiale. Et finissent par ériger leur tour de Babel, cette forêt d’Arbres, prenez-moi dans vos bras.

L’opacité est voulue. L’équipe d’Am Stram Gram, qui essaie tant bien que mal de l’esquiver lors de ses spectacles pour les enfants et leurs parents, peut ici l’assumer pleinement. Car elle est devenue le plus petit dénominateur commun entre des gens de théâtre francophones, des poètes d’Alep ou de Damas, et des spectateurs venus de loin dans la nuit. Durant 45 minutes, l’ombre rassemble, ses fulgurances protègent.

www.amstramgram.ch (TDG)

Créé: 07.12.2017, 20h26

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