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Vivre en Chine, une aventure

La Fondation Baur raconte l’histoire d’une famille suisse partie à la conquête du Céleste empire.

L'exposition retrace l'aventure la dynastie fondée par Pierre Loup. A 19 ans, ce Neuchâtelois est parti vendre des montres en Chine.
L'exposition retrace l'aventure la dynastie fondée par Pierre Loup. A 19 ans, ce Neuchâtelois est parti vendre des montres en Chine.
STEEVE IUNCKER-GOMEZ

«Il n’y a pas si longtemps, c’était nous, les migrants!» Conservatrice à la Fondation Baur, Estelle Niklès van Osselt souligne par ces mots le parallèle entre une actualité brûlante et l’exposition L’aventure chinoise, une famille suisse à la conquête du Céleste empire. Cette dernière raconte les péripéties de Pierre Loup, Neuchâtelois de 19 ans parti vendre des montres aux Chinois au milieu du XIXe siècle, et celles de ses descendants nés en Chine.

A l’époque, un tel voyage relève presque de l’exploit. On s’en rend compte dans la première salle d’exposition, qui montre photos d’époque, lettres, documents et objets souvenir. Le périple de deux mois en bateau, les autorisations à obtenir, les problèmes de langue… «Les Chinois se méfient beaucoup des Occidentaux, qu’ils considèrent comme des indésirables», explique la commissaire d’exposition.

S’adapter aux goûts locaux

Ensuite, il s’agit de convaincre la population chinoise d’acheter des marchandises occidentales. Ce qui n’est pas gagné d’avance. Une seule solution: s’adapter aux goûts locaux. Toute une partie de la production horlogère est spécifiquement destinée à l’exportation. De là naissent les montres dites «chinoises».

Dans les vitrines, la mise en parallèle d’objets d’art chinois et de montres, horloges et autres coucous venus d’Europe permet de comprendre ce qui a pu séduire la clientèle locale. En particulier les décors végétaux stylisés et la représentation d’oiseaux, animaux très appréciés en Orient. «Les Chinois aimaient retrouver ce qui leur était familier», relate la commissaire.

Cette marchandise produite en Suisse et vendue à l’autre bout du monde pose un certain nombre de problèmes. Le déchiffrage des chiffres romains, par exemple. Avec peu de succès, les horlogers tentent de peindre des signes chinois sur leurs cadrans. Sur une montre, l’artiste genevois s’est manifestement inspiré d’une peinture importée représentant un dignitaire chinois. Mais pour le décor, ignorant totalement comment figurer la nature chinoise, il a peint une Italie à l’antique!

Les échanges culturels se font dans les deux sens, les objets occidentaux inspirant à leur tour les Chinois. On le constate avec ces flacons à tabac peints à la manière des boîtiers de montre émaillés typiquement genevois.

La troisième salle donne un aperçu de la vie quotidienne de ces Suisses de l’étranger, complété par une projection de photographies d’époque. «Même s’ils avaient en Chine un niveau de vie qu’ils n’auraient pas pu avoir dans leur pays d’origine, leur expatriation n’était pas de tout repos», souligne Estelle Niklès van Osselt. De nombreux conflits émaillent leur existence, notamment la révolte des Boxers visant à chasser les étrangers. Deux frères Loup sont décorés pour s’y être battus. Du côté des alliés, bien sûr. Finalement, ce sera le communisme qui chassera de Chine le dernier représentant de la famille Loup, petit-fils de Pierre, en 1954.

Soie, thé et artisanat

Pour les Occidentaux établis en Chine, le commerce de la soie, du thé et de l’opium représente un enjeu crucial. Nombre d’objets d’art sont également importés en Europe, où l’Extrême-Orient est très à la mode. «Mais ils sont seulement considérés comme de l’artisanat», rapporte la commissaire. Un présentoir montre la manière d’exposer ces pièces ramenées d’Orient, les curios: en mélangeant tout, styles, époques, matières, fonctions, provenance…

Enfin, le visiteur découvre les liens entre la famille Loup et la Fondation Baur. Commerçant d’antiquités chinoises établi à Genève, Gustave Loup, l’un des fils de Pierre, a vendu de nombreux objets à Alfred Baur, qui était lui-même parti faire fortune en Asie.

Sont exposés de superbes habits brodés, porcelaines, jades, éventails, bijoux et flacons à tabac entrés ainsi dans les collections Baur. Mais aussi les publicités de la maison Loup, et les écrits de Gustave sur cette Chine alors si mystérieuse. «A travers cette exposition, nous racontons l’origine d’une partie de notre fonds, en même temps qu’un pan méconnu de l’histoire suisse», conclut Estelle Niklès van Osselt.

«L’aventure chinoise»jusqu’au 2 juillet à la Fondation Baur, 8 rue Munier-Romilly, du ma au di de 14 h à 18 h. Infos: www.fondation-baur.ch

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