Le violoniste grec Leonidas Kavakos déploie son art épuré à Genève

Musique classiqueSobre et introspectif, le musicien est de retour pour deux concerts. Interview.

Leonidas Kavakos.

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Si l’on s’en tenait aux apparences, on verrait en Leonidas Kavakos l’incarnation d’un personnage ombrageux sorti d’une nouvelle de Tchekhov. Pourtant, quelques minutes après sa première répétition avec l’OSR, le violoniste ouvre la porte de sa loge genevoise pour raconter d’un ton affable la relation qu’il entretient avec son instrument et avec le redoutable Concerto pour violon de Sibelius, qu’il joue cette semaine au Victoria Hall.

Cette œuvre traverse votre carrière. Comment renouez-vous chaque fois avec elle?

C’est un peu comme dans une relation humaine: plus on y passe du temps, plus on en connaît les détails et plus on s’approche de son essence. Ce qui veut dire aussi qu’elle devient de plus en plus complexe, tant techniquement que dans sa dimension affective. Une fois qu’on en a saisi les émotions, on ne peut plus les ignorer. Elles deviennent à ce point dominantes qu’elles finissent presque par effacer les difficultés techniques. Vous passez alors à un autre niveau. Ce qu’il y a de plus dur dans ce Concerto, c’est d’être confronté au troisième mouvement après avoir mené cette grande escalade que représente le deuxième. Il faut garder l’énergie pour ce final, si difficile et compliqué.

En 1990, vous avez été le premier violoniste au monde à l’enregistrer dans sa première version, inconnue jusque-là. Pourquoi cette option?

En fait, ça faisait partie d’un grand projet d’enregistrement des œuvres de Sibelius. Les ayants droit m’ont contacté pour savoir si j’étais partant pour graver la version inédite de l’œuvre. J’ai pris cela comme un cadeau, je ne pouvais pas dire non. Mais cette première mouture s’est révélée encore plus compliquée que la version définitive…

Vous avez approché le violon à cinq ans. Quel souvenir gardez-vous de ce premier contact?

J’ai grandi dans une famille de musiciens et de violonistes. Cet instrument a toujours fait partie de mon quotidien. Le premier, je l’ai reçu à Noël; il est devenu immédiatement mon jouet préféré. Je ne savais pas en jouer, mais il m’accompagnait partout, même au lit. Plus tard, j’ai débuté l’apprentissage: je suis passé de l’imitation des gestes de mon père à l’étude véritable. Ce fut un parcours long et très dur, mais je l’ai abordé par le bon bout, de manière ludique. Ce qui a allégé un peu l’assimilation de la technique.

Quel est l’enseignement le plus précieux qui vous a été transmis par votre père?

Sans doute l’envie de poursuivre toujours la recherche, de ne jamais arrêter de progresser, même lorsqu’on pense atteindre une sorte d’état de grâce.

Depuis quelques années, vous vous êtes engagé sur la voie de la direction d’orchestre. Est-ce une révélation?

Pas tout à fait. Quand j’étais enfant, ce que je préférais par-dessus tout c’était d’écouter de la musique et de l’accompagner avec la gestique d’un chef d’orchestre. Etre chef aujourd’hui représente une occasion de transmettre à d’autres musiciens mon expérience, mon savoir et ma vision de la musique. Cette activité enrichit ma manière de jouer et ma manière de jouer enrichit à son tour ma façon de diriger. Je crois que cette dynamique vaut à elle seule la peine de s’engager. Je le fais de manière douce, sans grandes ambitions. Je vis cette histoire non pour la gloire, mais pour explorer de nouvelles partitions et les partager avec le public.

Leonidas Kavakos, OSR, Markus Stenz (dir.), Victoria Hall, ce soir et ve 1er mai à 20 h. Renseignements sur www.osr.ch

Créé: 28.04.2015, 20h58

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