Vingt ans de Confiture antidépressive, ça se fête…

SpectacleSur la scène rénovée du CACG Voltaire, Philippe Cohen et Gaspard Boesch donnent tout pour leur Compagnie.

A contre-emploi devant ce mur des lamentations, Philippe Cohen et Gaspard Boesch sont plus bouffons que sinistres dans leurs «Déprimes d’assurances».

A contre-emploi devant ce mur des lamentations, Philippe Cohen et Gaspard Boesch sont plus bouffons que sinistres dans leurs «Déprimes d’assurances». Image: OLIVIER VOGELSANG

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L’histoire commence en 1996, quand une amitié se scelle sur cette affinité: Philippe Cohen, Gaspard Boesch, Brigitte Rosset, Sara Barberis et Antony Mettler ont en commun d’être comédiens, sans trouver à Genève de scène adaptée à leur humour. Peu enclins au théâtre intello, les joyeux drilles ne se démarquent pas moins de la farce graveleuse. Ils fondent alors à leur image de lettrés irrévérencieux une association artistique à but non lucratif. Ainsi naît Confiture, «la Compagnie qui étale la culture!» Et qui, de par sa condition nomade, devra s’étaler elle-même d’un bout à l’autre de la ville.

Un statut semi-privé

«Depuis nos débuts, on loue des salles, on les retape, on les remplit, et puis on se fait virer!» résument, avec une pointe d’aigreur, les instigateurs Philippe Cohen (61 ans) et Gaspard Boesch (47), qui échangent régulièrement, «sans despotisme possible», les casquettes de metteur en scène et d’acteur des pièces qu’ils coécrivent. Pour commencer, la troupe crée Elle a épousé un rappeur au Théâtre Pitoëff. Par la suite, tandis qu’elle touche des subventions sans avoir de lieu à disposition, elle émigre à la Cité Bleue (La Mégère à provisions…), avant d’occuper la salle de la Madeleine (Le Bourge gentilmec…). Ce n’est qu’en 2004, sous la magistrature de Patrice Mugny, que la compagnie peut investir durablement le Casino-Théâtre, où elle donne, entre autres, Feydeau à moto et I Tube You, l’un de ses plus grands succès, Le Médecin malgré lui ou Le Toubib à l’insu de son plein gré. Y suivront les fameuses années R’vue, de 2009 à 2014, qui se soldent à leur tour par un nouvel exil.

«Pendant que notre confrère Marcel Robert connaît un bide à Pitoëff, on se retrouve aujourd’hui à visser des barres à Voltaire pour rendre la scène viable», s’indigne le tandem qui se verrait légitimement attribuer l’établissement rue de Carouge. En attendant une satisfaction que rien ne garantit pour l’heure, les comiques loueront cette année la salle rénovée de l’ancien cinéma CAC-Voltaire, «jolie mais chère». C’est là que se joueront les cinq pièces de la présente saison anniversaire, dont une reprise du Tiguidou de Brigitte Rosset.

The show must go on

«En mai dernier, on en était à calculer nos rentes LPP, exagère Gaspard Boesch. Mais devant l’avalanche de mails envoyés par nos fidèles, on ne peut faire autrement que les satisfaire. On a donc sorti le thème des assureurs véreux de nos tiroirs.» Son acolyte surenchérit: «Que le contribuable nous soutienne ne semble pas constituer un argument culturel. Il relève pourtant du devoir politique de nous allouer un lieu au nom de ces concitoyens!»

A la vérité, Confiture a toujours réalisé ses spectacles «faciles d’accès mais pas débiles» coûte que coûte, «quelles que soient les conditions et les contraintes». Financièrement, ses productions dépendent largement de ses abonnés: une fois ceux-ci acquis, il s’agit de ne pas les décevoir. D’où la double fonction endossée par la compagnie, qui propose ses créations, à raison de deux ou trois par année, mais se doit de compléter la programmation par des numéros de collègues humoristes, improvisateurs ou musiciens (Karim Slama, Julien Opoix, Sylvie Legault par exemple). A ce prix seulement la troupe peut-elle poursuivre la mission «irrespectueuse» que d’autres en sont venus à lui disputer. Et qui prolonge selon eux la mentalité que partageaient Shakespeare, Molière, Goldoni ou Dubillard. En plus râleur, en plus genevois.

Déprimes d’assurances CACG Voltaire, jusqu’au 21 nov., 022 793 54 45. Programme 2015-16 sur www.theatre-confiture.ch (TDG)

Créé: 06.11.2015, 19h34

Une vie après la R’vue

Le duo Cohen/Boesch ne se laisse pas abattre. A peine évincé du Casino-théâtre, il en remet une couche au CACG Voltaire, fort de l’expérience acquise en six ans de R’vue grand format. Avec moins de moyens, certes, dans une salle aménagée davantage pour dorloter le fessier des spectateurs que pour accueillir des spectacles de music-hall, on n’appellera pas leurs Déprimes d’assurances un retour à la case départ. Plutôt un moyen de rebondir en douceur.

Avec Gaspard Boesch aux manettes et son compère Philippe Cohen dans l’arène, les mouvements sur le plateau ont gagné en fluidité, la cadence des sketches en rapidité. Bien en rang derrière leur meneur, Alain Monney, Cathy Stadler et Marie-Stéphane Fidanza ont réglé au millimètre leurs changements de costumes à vue, leurs déclinaisons d’accents, leurs pas de danse ou leurs bruitages buccaux. Mais la marque de fabrique Confiture reste dans sa teneur en fruits frais: c’est-à-dire dans le texte.

La cible des répliques 2015? Les professionnels d’un secteur bien de chez nous: les assurances. Maladie, accident, complémentaire, vie, véhicule et toutes les subdivisions que vous voudrez en prime. Avec les banques, tout un symbole de l’identité helvétique. Mais pour les victimes assurées, une intarissable source de râlerie.

Tant que les gags égratignent le démarchage intempestif, le jargon mystificateur ou la mauvaise foi des compagnies Axa, Swica, Assura, Helvetia, Zürich et j’en passe, l’humour fait mouche. Les jeux de mots fusent et les piques jouent leur rôle d’exutoire cathartique.

Ça se gâte légèrement chaque fois que nos lurons tentent d’en faire trop. De ratisser aussi large que possible, façon show satirique destiné à toute une population. Car dès lors, les comiques s’éloignent de leur sujet, se perdent dans l’imitation de parlers régionaux, calculent l’adhésion de leur public, saupoudrent leur spectacle de passages obligés, bref cèdent à leur tour au courtage. On garde espoir qu’avec un peu de temps, le tandem tirera le meilleur de l’aventure R’vue tout en s’affranchissant de ses diktats. Et subséquemment de toute déprime résiduelle.

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