Vincent Delerm au milieu de sa vie

RencontreA la nostalgie d’avant, le chanteur français ajoute une mélancolie soignée. C’est «A présent», son album de jeune quadra.

Pour ses 40 ans, le chanteur français Vincent Delerm livre un album plus mélancolique que d’ordinaire, mais non moins lumineux, le très cinématographique «A présent».

Pour ses 40 ans, le chanteur français Vincent Delerm livre un album plus mélancolique que d’ordinaire, mais non moins lumineux, le très cinématographique «A présent». Image: Cauboyz

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On entend des violons langoureux, comme dans les films Nouvelle Vague. Des voix de femmes susurrent des douceurs («Monsieur, êtes-vous heureux?»), elles ont le grain des archives radiophoniques, elles sont anciennes. Comme ces claviers planants, reliquats des sixties, période Beatles. Le décor est posé. Vincent Delerm peut commencer. Il chantera tour à tour «le garçon qui vous aimait, celui qui n’a pas vu Star Wars», puis une fille «qui penche», la même en «tennis blanches»… Au hasard de ces petits bouts de vie épinglés comme des images un peu floues (Vincent Delerm est également photographe, et vient de publier trois livres de son cru), des refrains vous attrapent: «Je ne veux pas mourir ce soir», dit la chanson du même nom. Le thème est grave. Pourtant, l’ambiance reste légère. Vincent Delerm a eu 40 ans l’été dernier. Le monde continue de tourner, il n’est plus temps de faire ni président, aventurier ou physicien. Etre au milieu de sa vie, ce peut être déprimant? Vincent Delerm y répond en titrant son nouvel album A présent. Et c’est une jolie chose pleine de saveurs. Comme faire des puzzles

L’autre jour, à Genève, le chanteur était là, qui touillait son thé en pressant à la cuiller miel et citron. L’automne arrive, on l’apprivoise. Vincent Delerm donne des interviews. Barbe de trois jours, attitude détendue. Joie de vivre? Vincent Delerm n’est pas un boute-en-train. Pas un sinistre non plus. Plutôt un sérieux. Evoquer avec lui son dernier album, c’est se soumettre à diverses explications très concrètes sur ce qu’il considère être «une activité comme une autre». «Le ressort qui fait qu’on y retourne, ce après quoi on court, c’est que la prochaine chanson soit la meilleure qu’on ait faite. Mais à chaque fois, c’est un ratage. Et tant mieux. Après, bien sûr, il y a le plaisir de chercher une mélodie au piano, de trouver l’astuce pour mettre en mots une idée plus compliquée. Faire de la chanson n’est pas très différent de ce que fait un passionné de puzzles.»

Télescopage de chaud et de froid, de rythmes programmés et de mellotron, ce clavier à bandes magnétiques aux sonorités de trompette: A présent déploie doucement ses charmes, iI faut un temps pour entrer dedans. La première approche est mitigée: c’est trop de nostalgie encore, Delerm nous l’a déjà faite, avec Fanny Ardant et moi, Kensington Square, Les jambes de Steffi Graff, Shea Stadium et tant d’autres. Peu à peu, cependant, A présent se révèle, les nouvelles chansons s’installent. Et une autre idée se précise. En 2016, les souvenirs intimes incarnés dans force noms propres, noms de lieux, noms de personnes, ont été mis sur le côté pour faire de la place: cette année, Vincent Delerm exprime également de la mélancolie. Et le résultat prend une épaisseur autrement bouleversante. Mais à la Delerm: s’il y a du pathos, il est dans les arrangements. L’écriture, elle, reste discrète, dans l’entre-deux.

L’exaltation du lyrisme

«Mon écriture rend compte de ce qu’est la vie, qui est elle-même un équilibre, un va-et-vient entre les humeurs. De même, il n’y a pas de hiérarchie entre les événements importants et les choses anecdotiques.» Ainsi, Vincent Delerm, lorsqu’il aborde la disparition d’un proche: La dernière fois que je t’ai vu court sur un rythme dansant. Mais lorsque les cuivres résonnent, la mélodie vous serre le cœur.

Il y a là matière à faire de la musique de cinéma. Plus encore lorsque Vincent Delerm s’aménage une plage entière consacrée à une composition instrumentale. Les bandes originales de film, le musicien s’en nourrit (celles de Georges Delerue notamment), et en a lui-même composé une pour La vie très privée de M. Sim, de Michel Leclerc. «J’avais pour référence la musique de Peau d’âne: je voulais ce côté lyrique qui rend compte d’une vie exaltée. Je voulais qu’il y ait du souffle, quelque chose de solaire, même dans les zones mélancoliques. Est-ce que ça nous rend vivant? Ou triste? C’est une incertitude, et j’y tiens.»


Vincent Delerm «A présent» (Tôt ou Tard). En concert à l’Alhambra, ma 6 déc, 20 h, en avant-première du 19e festival Voix de Fête, du 20 au 26 mars.

(TDG)

Créé: 06.10.2016, 20h49

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