La Ville prime un trio de jeunes talents

Art contemporainTrois artistes genevois de moins de 35 ans se sont vus attribuer une bourse.

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L’exercice rythme depuis deux décennies la rentrée culturelle genevoise en matière d’arts plastiques et appliqués: chaque année en septembre, la Ville de Genève attribue trois bourses destinées à soutenir la jeune création contemporaine. D’un montant de 10 000 francs chacune, elles existent grâce aux Fonds Berthoud, Lissignol-Chevalier et Galland, du nom des donateurs qui ont souhaité encourager la relève artistique dans la Cité de Calvin.

Les lauréats 2018 ont été désignés mardi 4 septembre au Centre d’art contemporain (CAC), où le public peut découvrir les travaux des 14 nominés jusqu’au 7 octobre. La bourse Berthoud est allée au plasticien Aurélien Martin, tandis que les dessins de Christoffer Ellegaard et l’installation d’Anaïs Wenger ont décroché les bourses Lissignol-Chevalier et Galland. Ayant effectué tout ou partie de leur cursus à la HEAD (Haute École d’art et de design - Genève), les trois jeunes talents formulent des propositions fort différentes mais techniquement déjà très abouties.

Cheval à bascule ou rameur?

Exposés au 2e étage du CAC, les étonnants objets d’Aurélien Martin jouent aux devinettes avec les spectateurs. À la croisée de l’industrie, de l’œuvre d’art et de l’artisanat, ils entremêlent avec humour et subtilité une multitude d’univers que chacun convoquera selon ses affinités. Arrimé au mur, un demi-disque de bois peint en blanc et muni de sangles et de poignées évoquant le cheval à bascule semble attendre qu’on se livre sur son échine arquée à quelque mouvement de gymnastique – comme l’encourage son titre, «L’Équilibriste». Où s’agit-il de la paraphrase d’un rameur de fitness? Plus loin, trois cylindres en corde de jute et plastique affichent parallèlement leur rigoureuse verticalité, suggérant autant la bitte d’amarrage que l’arbre à chat. «Je pioche dans le répertoire des objets du quotidien pour tourner les choses à ma façon et proposer un nouveau langage», explique le Genevois né en 1993, qui fabrique la quasi-totalité des pièces qu’il produit. «Je mets une signification dans mes objets, mais j’aime laisser chacun y trouver son sens.» Bien qu’elles incitent à l’expérimentation, les créations d’Aurélien Martin n’ont d’autre fonction que muséale et sont présentées comme des tableaux, à hauteur d’œil.

C’est dans un univers résolument futuriste que plonge la «Smart City» de Christoffer Ellegaard. Dans une série de neuf strips muets et illustrations à l’encre mêlant graphisme de bande dessinée et dessins d’architecture, le trentenaire né au Danemark décrit une ville hyperconnectée où consumérisme et capitalisme usent de la technologie pour endormir les foules. Dans un flux continu et légèrement oppressant, les hommes y vivent leurs existences banales, annihilant leur libre arbitre de «super shopping» en «cool company» qui les gavent de sourires béats et de délices immédiats. En contrepoint de cette humanité soumise aux diktats de l’innovation se développe un tissu bâti tout-puissant. «Les édifices en tant que lieu de pouvoir me fascinent, souligne Christoffer Ellegaard. Comme, historiquement, les églises.» Ces tours, représentées en élévation sur formats A2, jalonnent la narration, présidant certainement au destin des êtres qu’elles abritent.

Romantisme chromatique

C’est au contraire sur le passé que s’articule la très poétique réflexion d’Anaïs Wenger. La jeune plasticienne, née à Genève il y a vingt-sept ans, aime à «explorer le potentiel narratif des lieux» dans lequel son travail s’insère, soit le Bâtiment d’art contemporain, anciennement utilisé par la SIP (Société genevoise d’instruments de physique). Ses recherches sur ces locaux éminemment industriels la conduisent à une figure mythique de la science genevoise, Horace-Bénédict de Saussure, notamment inventeur du cyanomètre – permettant de mesurer le bleu du ciel – et conquérant du sommet du Mont-Blanc. Dans le monte-charge du CAC, Anaïs Wenger offre une expérience conjuguant le romantisme chromatique du savant alpiniste au savoir-faire industriel contemporain. Ainsi, lors de l’ascension, tous les jours à midi, le visiteur découvre sur une paroi un dégradé de bleu réalisé avec de la peinture de carrossier sur des plaques de tôle. Et, immobile dans une machine en mouvement, on découvre d’un étage à l’autre l’immensité et la profondeur de l’azur, à l’instar du gravisseur de cimes.

«Bourses» Jusqu’au 7 octobre au Centre d’art contemporain, rue des Vieux-Grenadiers 10. www.centre.ch (TDG)

Créé: 10.09.2018, 18h52

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