Pourquoi la Ville de Genève adore les festivals

Musique & spectaclesLes Créatives, Voix de Fête, Antigel… Plus courts, plus faciles à vendre, davantage courus que les saisons, ces événements ont les faveurs des subventions publiques.

Le festival Face Z, vendredi 30 novembre au Pneu. M. DI MATTEO

Le festival Face Z, vendredi 30 novembre au Pneu. M. DI MATTEO Image: MAURANE DI MATTEO

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Les festivals plaisent à la Ville, qui les soutient avec enthousiasme. 927 800 francs de subventions à La Bâtie, 200 000 pour Voix de Fête, autant pour Electron, ainsi que 130 000 francs à Antigel. C’est ce que la Ville de Genève leur a versé en 2018, toutes disciplines confondues, qu’ils proposent musique ou spectacles. Quid des Créatives, qui viennent de se terminer? Du Département de la culture, principal bailleur de fonds des manifestations locales, le festival «féminin et féministe» reçoit 50 000 francs. Tandis que Les Athénéennes, dont la réputation va grandissante grâce à leur affiche mêlant jazz et classique, passent en 2019 de 40 000 à 60 000 francs de subventions.

Pourquoi cet engouement? «Ces manifestations font rayonner Genève, par leur réussite aussi bien qualitative que quantitative», résume le Département de la culture. Car les festivals ont des avantages certains sur les salles et leurs saisons au long cours. Non pas que la Ville ait oublié les clubs. Ces derniers font un important travail de défrichage artistique. Mais la vitrine, il n’y a pas de doute, c’est le festival.

L'art de se distinguer

Ramassés sur un temps court, une voire deux semaines maximum, les festivals sont plus faciles à jauger en ce qui concerne non seulement leur qualité, mais également leur fréquentation. Et l’essentiel est là. Les festivals genevois cartonnent. Antigel affiche 50 000 entrées pour sa 8e édition en février 2018 – 5000 de plus qu’en 2016, affluence stable depuis 2017. Quant aux Créatives, 14e édition en novembre dernier, mais organisation revue de fond en comble, le dernier bilan atteint, selon les organisatrices, une hausse de fréquentation de 75% par rapport à l’année précédente. Soit un total de 14 000 visiteurs.

Autre avantage des festivals: leur communication. Concentrée sur un laps de temps bref, la promotion s’avère d’une efficacité redoutable. Bienheureuses les manifestations qui savent mettre en avant une thématique ou qui se distinguent par leurs concepts. On connaît les «made in» d’Antigel, ces balades insolites qui nous font voir les pelleteuses comme on admire la danse contemporaine. Les Athénéennes jouent pour leur part la carte de l’intimisme cosy. C’est en parlant sorcières et plaisir féminin que Les Créatives ont fait parler d’elles.

Tout, tout de suite

«Les festivals sont de véritables aspirateurs à public», constate Dominique Berlie, conseiller au Département de la culture en Ville de Genève. Il nuance toutefois: «Si les festivals représentent le haut du panier, il est important par ailleurs de pérenniser les salles et leurs saisons.» Car les festivals n’ont pas de lieux à demeure. Et les associations qui gèrent des salles à l’année, qu’il s’agisse de musique, de danse, de théâtre, font dans la durée un énorme travail de défrichage. Qui, à terme, nourrit les festivals. Ainsi que le notent Guillaume Noyé et Priscille Alber, le duo directeur de Voix de Fête: «Notre salle, le Chat Noir, permet de sentir la tendance. Clubs et festivals sont pour nous des outils complémentaires.»

L’enthousiasme est de mise, qui n’empêche pas un regard critique. Codirectrice des Créatives, Dominique Rovini explique: «La communication d’un festival répond à une manière de consommer la culture similaire à la consommation des séries sur internet: on veut tous les épisodes d’un coup, et non plus étalés sur la saison. C’est un effet d’adrénaline, avec un pic rapide, suivi d’une longue attente jusqu’à l’édition suivante. Pour parvenir à ce point culminant, rien de tel qu’un événement thématisé.» Dans les faits, on constate que l’artiste en soi ne suffit plus.

Pas étonnant dès lors si les festivals gagnent à soigner leur volet festif. Ainsi de l’ultra pointu Face Z, dont la 13e édition s’est achevée à la fin de novembre. Le rendez-vous des musiques «à tête chercheuses», capable d’aligner sur scène un quintet malgache aussi bien qu’un duo de batterie, est également une adresse de choix pour les noceurs en quête de fiesta. (TDG)

Créé: 05.12.2018, 07h16

Les clubs se défendent

Les festivals genevois, en focalisant avec intensité l’attention du public sur de courtes périodes, gagnent en fréquentation. Dans un même temps, les salles proposant leur saison à l’année affrontent, elles, une baisse. C’est le cas, en particulier, des clubs proposant une affiche musicale. Ainsi de La Gravière, aux Acacias, comme du Zoo, de PTR (Post Tenebras Rock) et de Kalvingrad, tous trois à l’Usine. Le Zoo, explique Georges Sims, son programmateur, «a souffert de l’ouverture du Village du Soir, puis de l’Audio», deux adresses situées dans le PAV. Cette concurrence nouvelle concerne, il est vrai, principalement les soirées électroniques et dansantes. Cependant, les concerts à proprement parler ont également vu leur public se raréfier. Enseigne rock par excellence, PTR, qui fête cette année ses 35 ans, peine à faire le plein. On pointera du doigt son affiche amaigrie. D’autres notent le caractère propre de l’Usine: des salles de belle taille (plus de 800 places au rez), mais une organisation vieillissante.
Les clubs, cependant, réagissent. Le week-end dernier, quinze d’entre eux, à l’initiative du Zoo, se sont organisés en «Globale Locale». Une sorte de festival, en somme. Du moins la possibilité de communiquer ensemble. Et chacun de constater, soulagé, le retour progressif du public.

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