Rude cure d'amaigrissement pour les Fêtes de Genève

Cuvée 2017Avec un budget passé de 7 à 3 millions, Genève Tourisme organisera des fêtes «plus simples, moins ambitieuses». L’équilibre de la manifestation est fragile.

L’appellation anglophone de «Geneva Lake Festival» a vécu.

L’appellation anglophone de «Geneva Lake Festival» a vécu. Image: Pierre Abensur (Archives)

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Cet été, les Fêtes de Genève seront «un événement rationalisé». L’adjectif a été soigneusement choisi par les dirigeants de la Fondation Genève Tourisme & Congrès pour annoncer la tenue des festivités qui s’étaleront du 3 au 13 août. Après la révélation du déficit de 3,5 millions de l’édition 2016, moins d’une semaine après le licenciement du directeur Emmanuel Mongon (un an après son entrée en fonction), il flotte autour de l’événement une atmosphère surréaliste.

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Le programme? Il ne sera dévoilé qu’au mois de mai, mais on sait déjà que le concept de terrasses flottantes sera éjecté du cadre des Fêtes de Genève. Les navettes gratuites par bateau et l’appellation anglophone de «Geneva Lake Festival» ont vécu. Selon nos informations, des discussions sont en cours en vue de remplacer le grand feu pyromélodique par une version moins coûteuse (lire ci-dessous).

Ceci alors qu’une source nous indique que la Cour des comptes a été sollicitée pour examiner la légalité de la sous-traitance à la société d’Emmanuel Mongon. Le Service cantonal d’audit interne s’active également, mandaté en début d’année par le Département de la sécurité et de l’économie pour scruter la gestion financière de l’édition 2016.

Contexte politique «ambigu»

A cinq mois des Fêtes de Genève, l’une des seules certitudes tient dans son budget: 3 millions de francs. On est loin des 7 millions de l’édition 2016, qui devait célébrer de «nouvelles idées» et «professionnaliser» l’organisation. «La structure que nous avions mise en place pour trois ans n’a pas fonctionné, constate Yves Menoud, président de la Fondation Genève Tourisme & Congrès. Un déficit comme celui-ci n’était pas tenable deux années supplémentaires.» Si les responsables de la fondation évoquent des rentrées moins élevées qu’attendu – les ventes de billets pour le grand feu d’artifice ont souffert de l’attentat du 14 juillet à Nice et les stands n’ont pas été aussi nombreux que prévu –, il nie avoir vu trop grand. «Les charges ont été contrôlées. Les rentrées n’ont pas été telles que nous l’espérions.»

«Désormais, il nous faut quelqu’un qui comprend la politique locale»

Emmanuel Mongon, le producteur exécutif à la carrure internationale venu pour dépoussiérer le concept, a-t-il été un mauvais choix? «Il avait des compétences et un concept novateur au moment où nous avons été contraints de raccourcir les Fêtes. Désormais, il nous faut quelqu’un qui comprend la politique locale», dit-il au sujet de Christian Kupferschmid, l’homme qui devra mettre son «approche pragmatique» au service des prochaines Fêtes de Genève, «plus classiques».

Pour l’heure, la Ville de Genève se tient en retrait des vicissitudes de Genève Tourisme & Congrès. Mais celle qui met son espace ainsi que des prestations en nature (nettoyage, sécurité…) à disposition joue un rôle décisif dans l’évolution de l’événement estival genevois.

Sa décision d’écourter la manifestation – de vingt-cinq à dix jours et suppression des pré-Fêtes – ne passe toujours pas dans les milieux touristiques. «Sans les pré-Fêtes, c’est trop court pour être rentable», murmure un membre du conseil de fondation. En pesant chaque mot, Yves Menoud concède: «Les contraintes politiques sont toujours un peu ambiguës. Les stands, les forains viennent à condition d’être bénéficiaires.» Les autorités municipales, elles, sont aux prises avec une partie des Genevois se sentant dépossédés de «leurs» Fêtes. En 2016, la privatisation de l’espace public au profit d’une clientèle payant cher des places aux premières loges a fait plus de bruit que les feux eux-mêmes. Selon nos informations, la Ville aurait passé un accord-cadre avec Genève Tourisme exigeant notamment l’accès libre au public dans tout le périmètre de l’édition 2017, hormis les 15 000 places payantes le soir des feux.

Et si le dernier mot en revenait au peuple? L’initiative populaire visant à réduire la durée de la manifestation à sept jours «n’influence pas l’organisation», assure-t-on du côté de Genève Tourisme. Mais elle plane toujours et les Genevois pourraient voter au début de l’année prochaine.

Ceux qui voulaient annuler

Dans les coulisses, ce climat d’incertitude pèse sur le conseil de fondation. A tel point que l’éventualité de faire l’impasse sur cette édition 2017 a été sérieusement débattue. Une majorité des onze membres a décidé de poursuivre, mais la lettre de démission du représentant du Trade Club Pierre Brunschwig – partisan de l’annulation – est éloquente: «J’ai un avis très contraire à celui de la majorité du conseil, qui estime que des Fêtes 2017 «insatisfaisantes» nous permettront de mieux renégocier avec la Ville et le Canton les conditions d’organisation pour les éditions futures», a écrit celui qui siégeait au conseil de fondation depuis quinze ans.

Au final, les Fêtes de Genève 2017 auront bien lieu, avec des ambitions mesurées et une foule de questions concernant l’avenir. Quant à la «formule magique» d’antan, celle qui permettait d’atteindre l’équilibre financier en satisfaisant à la fois les acteurs du tourisme, leurs clients, les Genevois et les autorités, elle est définitivement enterrée.

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La naphtaline qui a bouté le feu aux Fêtes

Le petit mot lâché en août 2013 par Guillaume Barazzone, conseiller administratif de la Ville, a semé la pagaille.

Qui aurait cru que la naphtaline, puissant antimite, puisse à ce point miter un grand événement? Lorsque, à la mi-août 2013, Guillaume Barazzone, conseiller administratif de la Ville, lance son désormais célèbre «Les Fêtes de Genève sentent la naphtaline», c’est en fait un tsunami qui s’apprête à déferler sur la rade. Trop de stands, prix trop élevés, pléthore de manèges, kermesse géante… Dans les propos du magistrat, tout y passe.

Comment en est-on arrivé là? Il faut admettre que cette 67e édition, monstrueuse avec ses 25 jours de Fêtes, Pré-Fêtes et Lake Parade en prime, a irrité les Genevois, particulièrement les riverains. On est loin des quelques jours impartis à la première édition en 1947, des jolis corsos fleuris, de la venue en 1975 de l’école de samba de Rio ou encore de l’hôte d’honneur de 1993, le carnaval de Nice.

La quadrature du cercle

Oui, une fois de plus, il faut repenser les Fêtes. Mais comment? Dès août 2013, la machine s’emballe. Car chacun y va de sa solution. A la fin de cette année-là, un groupe de travail se réunit, sous l’égide de la Ville. En 2014, Genève Tourisme est invité à créer des festivités pour les Genevois et les touristes, d’une durée limitée, sur un périmètre diminué, mais qui mettent la rade en valeur. Sans oublier le grand feu d’artifice, inamovible star des Fêtes. Un cahier des charges compliqué, car Genève Tourisme doit également rentrer dans ses frais. Alors que ses responsables cherchent à résoudre la quadrature du cercle, un grain de sable, ou plutôt un gros pavé, s’invite dans les débats.

En avril 2015, un comité de citoyens lance en effet une initiative «Pour des Fêtes de Genève plus courtes et conviviales». Derrière la belle intention se cache un projet terrible: sept jours de festivités, pas un de plus, et le déplacement des forains à Plainpalais! Le 2 septembre, Guillaume Barazzone lâche: «L’avenir des Fêtes est assez flou.» Prémonitoire. Audit et limogeage

L’initiative populaire, elle, va son petit bonhomme de chemin. 4100 signatures sont déposées le 15 octobre 2015. Les Genevois devront voter! Un mois plus tard, un premier couperet – le mot n’est pas trop fort – tombe: l’édition 2016 de la manifestation phare de l’été ne durera que dix jours et son périmètre sera réduit.

Genève Tourisme, de son côté, engage Emmanuel Mongon. Le Français doit être «l’homme qui réinvente les Fêtes de Genève». Il commence par les rebaptiser: Geneva Lake Festival devient leur nouvelle dénomination. Tollé! Pourtant, l’organisateur ne manque pas d’idées. Il choisit d’axer franchement la manifestation sur le lac, revoit le concept de fond en comble… et se met à dos les forains, ainsi que des patrons de stands de longue date, qui jettent l’éponge. Les forains, eux, menacent de boycotter les Fêtes. Un compromis est trouvé un mois et demi avant le début de la manifestation. Qui, finalement, est plutôt réussie. Sauf sur le plan financier: le déficit prévu, 2 millions de francs, prend l’ascenseur. On en est à 3,5 millions aujourd’hui (lire ci-contre).

Rien ne va plus! Le Service cantonal de l’audit interne vient d’être chargé d’analyser la gestion déficitaire de l’exercice 2016. De son côté, le Municipal de la Ville n’est pas resté inactif. Afin de conserver des Fêtes sur dix jours, il planche depuis septembre dernier sur un contreprojet à l’initiative. Il devrait être débattu en octobre. La votation, elle, pourrait intervenir au début de 2018.

Avant cela, un dernier pétard a éclaté dans le ciel des Fêtes. Le 21 février, Genève Tourisme a en effet rompu le contrat d’Emmanuel Mongon. Exit le Lake Geneva Festival, retour aux bonnes vieilles Fêtes de Genève. Mais avec ou sans naphtaline?

Xavier Lafargue

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Créé: 27.02.2017, 20h36

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Financement privé


La manifestation phare de l’été ne perçoit aucune subvention publique mais bénéficie de prestations non facturées par les autorités – voirie, sécurité, mise à disposition gratuite du domaine public, réfection des terre-pleins… Avant l’édition 2016, les Fêtes disposaient d’un budget de 3,5 millions de francs. Leur modèle économique est fondé sur trois sources de revenus: la location de stands et d’espaces pour les forains, la billetterie pour les feux d’artifice et le sponsoring. Selon une étude de marché réalisée en 2005, chaque édition génère quelque 122 millions de francs de retombées économiques. De droit privé, la Fondation Genève Tourisme & Congrès est financée à deux tiers par le produit des nuitées et un tiers par la taxe touristique. Elle soumet chaque année un rapport de gestion au Conseil d’Etat. J.D.W.

Christian Kupferschmid, une étoile filante


Qui est le nouvel homme fort des Fêtes de Genève, celui qui assurera un intérim d’une année? Christian Kupferschmid est tout sauf un inconnu. Mais pour l’heure, grand absent de la conférence de presse d’hier, il joue les étoiles filantes. Pourquoi? «Il a commencé mardi dernier en fin de journée et doit développer tout un concept, plaide Philippe Vignon. Mais vous pouvez l’appeler.» Las, le nouvel organisateur des Fêtes n’a pas retourné nos nombreux appels…
Du travail, Christian Kupferschmid doit en effet en avoir par-dessus la tête depuis quelques jours. De quoi l’effrayer? Pas sûr. En matière d’événementiel, le Genevois de 50 ans a acquis une solide expérience. Même si certaines de ses manifestations ont connu des ratés. C’est au début des années 90 qu’il est mis en lumière. Sa société Skynight a déployé ses spots depuis peu quand Daniel Perroud lui demande d’organiser le show du Supercross. Début d’une longue histoire d’amour, qui verra le duo cofonder la radio One FM en 1996. Le Supercross lui ouvre aussi les portes d’autres événements à Palexpo.

«Chaque fois que j’ai organisé une manifestation pour le fun, cela a marché, déclarait-il dans la Tribune de Genève en 2003. En revanche, lorsque je pensais réussir un bon coup financier, je me suis planté!» Christian Kupferschmid a néanmoins connu les belles années de la Lake Parade, avant de jeter l’éponge l’an passé. Il a aussi repris l’élection de Miss et Mister Suisse romande. Succès mitigé. Quant à ses croisières «Dance Boat» sur les navires de la CGN ou les fêtes technos du Nouvel-An, certaines ont essuyé de vives critiques. On lui doit encore de nombreuses fan zones durant l’Euro et le Mondial de football.

Aujourd’hui, Palexpo a repris le Supercross et le concours de beauté romand. Et a engagé l’équipe de la société dirigée par Christian Kupfer­schmid, qui organisait ces deux événements. Ce dernier travaille donc maintenant pour Palexpo, mais sera détaché à l’organisation des Fêtes 2017. Et payé par Genève Tourisme. X.L. (Image: Guiraud (Archives))

Le grand feu d’artifice pourrait pe rdre de son éclat


L’une des plus grandes manifestations de Suisse peut-elle se passer de l’un des plus grands feux d’artifice au monde? S’il est garanti que le ciel genevois pétaradera cet été, la formule jusque-là éprouvée pourrait être modifiée. Selon nos sources, des discussions au sein du conseil de fondation de Genève Tourisme & Congrès ont été initiées en vue de modifier la configuration du grand feu. Certains membres seraient favorables à une version plus légère. Ainsi, une proposition a émergé: remplacer le grand feu d’une heure qui clôt les festivités par trois séries de feux de quinze minutes étalées sur trois jours avant qu’un bouquet final de trente minutes ne soit tiré le dernier soir. Cette formule prendrait la forme d’un concours – un artificier chaque jour – dont le vainqueur obtiendrait un billet pour l’année suivante. Selon ceux qui prônent cette option, elle serait moins coûteuse. Car l’argent reste le nerf de la guerre dans cette organisation des Fêtes de Genève où la question du déficit marque les débats. Si une partie du conseil de fondation soutient qu’une perte de 450 000 francs sera inévitable en 2017, une autre frange vise un résultat équilibré. C’est en ce sens qu’une cure d’amaigrissement du «grand feu» est envisagée. En 2016, la version revisitée du spectacle pyrotechnique avait coûté 655 000 francs (soit 30 000 de moins que l’édition précédente). Il était l’œuvre de Christophe Berthonneau, «l’artificier de la tour Eiffel», venu mettre «le lac en vedette» en repensant la sonorisation tout en maintenant le format long.
Aujourd’hui, Yves Menoud refuse de commenter l’information selon laquelle le grand feu pourrait changer de formule. «Pour l’heure, on peut seulement confirmer qu’il y aura des feux. Le format, la durée et le style sont à définir», dit-il. D’autant que Christian Kupferschmid vient de prendre les rênes de l’organisation et qu’il aura sans doute une influence sur l’animation la plus attendue des festivités.

Dans ce climat chancelant, les organisateurs rassurent tout de même ceux qui craignent la disparition des feux. Nul ne souhaite les supprimer. Ils sont par ailleurs inscrits sur la liste des conditions imposées par la Ville, à côté notamment de la durée de dix jours, de l’interdiction d’occuper le Jardin anglais et de l’autofinancement des Fêtes par les acteurs du tourisme. L.D.S. (Image: Guiraud (Archives))

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