Vianney Fivel ou l’art d’assembler l’existant

PortraitGrâce à une aide cantonale, le plasticien genevois a bénéficié d’une résidence à Berlin, assortie d'une publication.

Vianney Fivel conçoit l’art en confectionneur: il construit ses œuvres à l’aide d’éléments faits par d’autres.

Vianney Fivel conçoit l’art en confectionneur: il construit ses œuvres à l’aide d’éléments faits par d’autres. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

De format A4, le cahier est souple et n’arbore sur sa couverture rouge que les photographies de cinq curieux objets qu’on dirait de plastique froissé. Nul titre ou nom d’auteur n’apparaît non plus dans le bloc de pages intérieures, couvertes de clichés en gros plan et tramées de lignes comme un carnet de notes. Il faut déployer les rabats de la jaquette pour découvrir les légendes du quintette de sculptures, réalisées à la colle vinylique, ainsi que l’intitulé de l’ouvrage: «Your Song».

Documenter le travail

Vernie tout début février à l’occasion d’Artgenève, cette publication se dévoilant par effeuillage a été conçue par Vianney Fivel, en collaboration avec les graphistes Nicola Todeschini et David Mamie. Elle marque l’aboutissement d’une résidence artistique de six mois à Berlin financée par le Canton et vise à documenter le travail effectué durant le semestre. «J’ai cherché à m’éloigner de la description factuelle pour montrer quelque chose d’un peu différent, explique le créateur genevois. Les lignes en surimpression sur les images scannées des œuvres reprennent l’idée d’un journal intime. On peut se l’approprier en y confessant ses secrets ou en rédigeant une liste de courses.» À chacun d’y écrire sa propre chanson, ainsi que le suggère le titre.

Un esprit de collaboration et de récupération qui sied à la personnalité de Vianney Fivel, lequel avoue une fascination pour les artisans travaillant avec leurs mains. «Je trouve les métiers de confection très beaux, explique celui qui est né en 1984 à Chambéry. Mon bricoleur de grand-père réparait des tas de trucs. J’y trouvais un sens qui guide toujours ma vie aujourd’hui.» La démarche du trentenaire, qui confesse n’avoir «pas de don spécifique», consiste à user de matériaux existants, qu’il transforme et organise en installations ou en œuvres et transmet par une grande variété de supports – performances, expositions, livres, vidéos, etc. «J’aime assembler des pièces pour faire un nouveau tout. Le geste de créer depuis rien m’est assez étranger.» Avant de confesser en s’esclaffant que la peinture est le seul médium qu’il n’ait jamais pratiqué.

Essentiel, le travail manuel a d’ailleurs précédé de loin les ambitions artistiques du jeune homme. Un premier élan le pousse, adolescent, à faire un apprentissage dans une entreprise de maçonnerie, où il participe notamment à l’installation de piscines. Poussé par ses parents à poursuivre ses études, il décroche un bachelor en architecture du paysage à l’HEPIA (Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève), avant de postuler à la HEAD (Haute école d’art et de design de Genève). «J’avais une amie qui y faisait un master en arts visuels et une cousine artiste. Je me suis remis à niveau en histoire de l’art, j’ai aimé et me suis lancé.»

Diplôme en poche, Vianney poursuit cette alternance entre métiers de la main et ceux de l’esprit qui gouverne sa vie depuis l’enfance. Outre sa pratique de plasticien, des projets curatoriaux ou des missions à la HEAD, il continue d’œuvrer dans les chantiers: des expériences qui lui permettent de garder un lien avec le faire et qui, dit-il, lui font du bien. «Le milieu de l’art, c’est de l’entre-soi. Ses règles un peu mondaines ne correspondent pas vraiment à ma personnalité, souligne-t-il. J’aime changer de cercle. J’ai des amis artistes mais aussi un pote camionneur et je suis très proche de mon frère urgentiste.»

Sortir des petites habitudes

Voilà aussi pourquoi celui qui partage un atelier au Motel Campo aime les résidences. «On change de lieu et de langue, ça sort des petites habitudes. C’est presque douloureux mais ça fait progresser.» Après Berlin en 2017, le Genevois a passé, en 2019, trois mois dans la ville suédoise de Sandviken, siège de Sandvik, fabricant d’outils industriels. Sur la base de musiques imaginées en amont par le compositeur genevois Fabio Poujouly, Vianney Fivel a réalisé une vidéo. Fidèle à son principe de recyclage, il a extrait et remonté des images promotionnelles produites par l’usine.

Le projet se prolongera avec deux autres films lors d’une exposition à Édimbourg en juillet. Auparavant, si la situation le permet, l’artiste que la liberté enrichit séjournera encore à Bienne. «Quelqu’un m’a dit récemment que mon travail d’artiste était sporadique. Je ne sais pas comment je dois le prendre, mais disons que je ne force rien!»

Site de l'artiste: vianneyfivel.com

Créé: 22.03.2020, 16h56

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le coronavirus crée une frénésie de nettoyage
Plus...