Vestiaire de foot et lutte féministe animent ces deux stylistes en herbe

ModeLora Sonney et Lorelei Regamey participent ce soir au Défilé de la HEAD.

<b>«Ça sent la sueur, l’herbe et la fatigue»</b> 
Ce pardessus est la pièce maîtresse de la collection présentée par l’étudiante française de 23 ans Lora Sonney. Il est bâti comme un sac de sport, avec coutures en forme de bourrelet et zip apparent. La poche fait besace; il y a même une lanière qui peut être glissée sur l’épaule. La matière, cirée, est faite pour résister à tout. Coupe et couleur beige rappellent le trench, icône de mode s’il en est, tandis que la doublure en maille synthétique évoque les maillots de sport. Le logo rouge «Sonne» a été réalisé par une étudiante de l’ECAL pour son travail de master.

«Ça sent la sueur, l’herbe et la fatigue» Ce pardessus est la pièce maîtresse de la collection présentée par l’étudiante française de 23 ans Lora Sonney. Il est bâti comme un sac de sport, avec coutures en forme de bourrelet et zip apparent. La poche fait besace; il y a même une lanière qui peut être glissée sur l’épaule. La matière, cirée, est faite pour résister à tout. Coupe et couleur beige rappellent le trench, icône de mode s’il en est, tandis que la doublure en maille synthétique évoque les maillots de sport. Le logo rouge «Sonne» a été réalisé par une étudiante de l’ECAL pour son travail de master. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Qui ne se souvient pas de cette campagne publicitaire de la marque de sous-vêtements féminins Aubade, «Leçons de séduction»? La Genevoise Lorelei Regamey, 23 ans, en fait le point de départ de sa réflexion sur les codes enseignés aux femmes pour se rendre attrayantes. Elle utilise dans cette somptueuse houppelande un tissu noir brillant de chez Courrèges. L’ampleur de la coupe évoque le «bomber», les fines broderies immaculées la délicatesse des nuisettes. Avec cette création militante, l’intimité féminine sort dans la rue pour manifester en mode combat. Photo: Lucien Fortunati

Leur style et leur propos sont très différents, mais toutes deux travaillent comme des forcenées pour donner forme à ce qu’elles ont en tête. Lora Sonney s’inspire de l’univers du sport, du foot en particulier, dans les vêtements qu’elle crée et dans l’intitulé de sa collection, «Ça sent la sueur, l’herbe et la fatigue». Réalisées pour son bachelor à la Haute École d’art et de design (HEAD), six de ses silhouettes défilent ce soir lors d’une soirée très prisée sur le campus de Châtelaine.

Lorelei Regamey quant à elle scrute les stéréotypes de la séduction féminine et ces petits stratagèmes que la pression sociale inculque aux femmes pour se rendre irrésistibles. «Leçon de séduction nº 40: jouer avec le feu» se nomme sa collection, clin d’œil à une campagne de publicité pour des dessous restée célèbre. La styliste de 23 ans fait descendre dans la rue des blondes certes incandescentes, mais surtout incendiaires. Six modèles de son cru participent aussi au Défilé de la HEAD.

Un moment phare

Lora comme Lorelei sont présentées par leur école à la Fondation Wilsdorf pour briguer son Prix d’excellence, doté de 50 000 francs. En outre, trois distinctions seront remises ce soir lors du défilé, offertes par les sponsors historiques de l’événement. Deux d’entre elles pourraient mettre notre paire de créatrices en herbe à l’honneur. Le Défilé de la HEAD, on l’aura compris, marque le moment phare dans l’année d’un étudiant ou d’une étudiante en Design Mode.

À quelques jours de la présentation, le bâtiment du boulevard James-Fazy, où est toujours domiciliée la filière, pulse sur courant continu. Dans une vaste salle du 3e étage, les modèles – nommés «silhouettes» dans le sabir de la maison – patientent sur des portants avec leurs accessoires, classés selon le nom du mannequin qui les magnifiera. Comme de braves petits soldats, ils sont alignés en ordre de passage sur le tapis rouge.

Deux nouvelles matières

«Ça sent la sueur, l’herbe et la fatigue» sera la dernière des collections bachelor à arpenter le tapis rouge. Un ample pardessus, des chemises, mais aussi des robes, une jupe. «Je suis partie du sac de sport, qu’on porte sur l’épaule puis qu’on suspend, un peu avachi, au crochet du vestiaire. Un univers plutôt masculin, que je détourne vers le féminin», résume Lora Sonney. Tiens donc, l’exercice physique ne serait-il réservé qu’aux mâles? La jeune Française de 23 ans sous-titre: «J’ai grandi à Pontarlier. Le foot tient une grande place dans ma famille: mon père et mes oncles sont entraîneurs, mon frère joue. J’aurais aimé en faire autant, mais mon père ne voulait pas: le foot, c’est pour les garçons!»

De cette frustration, Lora a fait un terreau fertile. Pour sa collection, elle a créé deux matières radicalement nouvelles: un ruban bleu électrique qu’elle a surfilé en jaune fluo, roulé en pelote puis tricoté. Et une laine mohair elle aussi tricotée, en panneaux cette fois, puis enduite d’une mousse d’isolation posée à la presse à thermocoller. «Je cherchais un moyen pour rigidifier le duveteux de la laine, de manière à pouvoir la travailler comme une matière un peu raide. Mon père avait une mousse pour isoler le parquet dans son atelier, j’ai essayé!» Le résultat, bluffant, se rapproche d’un cuir végane, la couleur change de ton, la surface est brillante, comme glacée.

Pour ces deux «inventions», Lora est déjà sponsorisée par une marque de laine. Ses modèles, qu’elle a été invitée à présenter lors du défilé de Mode Suisse à Zurich à la fin d’août, ont été applaudis par les professionnels de la branche. Sur chacune de ses silhouettes est apposée sa signature: le thème du sac de sport et son logo, Sonne. Comme Sonney amputé de son Y – chromosome de la masculinité.

Cagoule et bannière

Tout autre est l’univers de Lorelei Regamey, engagé, politique. «J’utilise des éléments typiquement féminins comme la broderie ou le tricot, très présents dans ma famille par l’entremise de mes grands-mères, ainsi que des pièces relevant de la sphère intime, à l’image de la nuisette, pour tenir un discours féministe», expose la Genevoise de 23 ans. Loin de voir la mode comme un art d’agrément, Lorelei Regamey y lit les méandres de la condition de la femme. «L’histoire culturelle de l’apparence m’intéresse», dit-elle, lui ajoutant son grain de sel. La plupart de ses modèles défileront ce soir avec sur la tête un cabas à l’effigie de Nelly Arcan, prostituée devenue icône féministe, et une bannière. «Blonde incendiaire» et «Bombe incendiaire» sont les mottos de la collection «Leçon de séduction nº 40: jouer avec le feu».

On se souvient de la campagne de pub de la marque de sous-vêtements Aubade. Lorelei Regamey a travaillé sur ces artifices inculqués aux femmes pour ferrer les hommes et les a déconstruits. Ses modèles affichent le blond oxygéné de Marilyn Monroe mais descendent dans la rue coiffés de cagoules des black blocks. Ils portent des bombers de manifestants cousus en satin rose pâle et des sweats à capuche dont les cordons sont des chaînettes de perles. Ce qui se met chez soi pour dormir – et séduire – défile au grand jour. Ce qui se glisse dessous s’affiche par-dessus.

Pour clore sa présentation, Lorelei Regamey a choisi… une robe de mariée, clou de tout défilé de mode selon la tradition. Mais détournée, évidemment. Le mannequin paradera ce soir en combinaison de survie immaculée et audacieusement transparente. Substance hautement inflammable!

Le Défilé de la HEAD, vendredi 8 à 20 h 30, est diffusé en live streaming sur www.head-geneve.ch. La HEAD accueille au bd James-Fazy 15 le shop showroom Mode suisse ve 8 de 12 h à 19 h et sam 9 de 10 h à 16 h.

Créé: 07.11.2019, 16h34

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