La vérité sinon rien

CritiqueAu Grütli, Valentin Rossier accole en un diptyque deux courtes pièces de Nathalie Sarraute, «Le Mensonge» et «Le Silence». Une réussite.

Caroline Cons, Céline Bolomey, Bastien Semenzato, Céline Nidegger, Valentin Rossier et Pascale Vachoux font front commun contre un Antony Mettler muré dans son mutisme (hors cadre).

Caroline Cons, Céline Bolomey, Bastien Semenzato, Céline Nidegger, Valentin Rossier et Pascale Vachoux font front commun contre un Antony Mettler muré dans son mutisme (hors cadre). Image: MARC VANAPPELGHEM

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Profusion de personnages, pour cet agglomérat de deux pièces en un acte composées au milieu des années 60 par Nathalie Sarraute. En plus des oisifs Simone, Lucie, Robert ou Jean-Pierre rassemblés pour éprouver la solidité du lien social, on ne saurait omettre les seconds rôles distribués par Valentin Rossier: la lumière et ses ombres, subtilement dosés par Jonas Bühler, la sublime musique de Bach, qui gondole sporadiquement comme un voile à sa fenêtre, et la parole elle-même, héroïne tragicomique chez l’écrivaine française d’origine russe comme chez le comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre de l’Orangerie.

La scénographie signée Jean-Marc Humm se situe quelque part entre un tableau d’Edward Hopper et une opération algébrique. Deux podiums rouges se jouxtent, surmontés, l’un, d’un canapé prêt à accueillir six fessiers, l’autre d’un double fauteuil sur lequel s’installera, avec ses convictions, le proscrit des deux groupes à tour de rôle. Le premier des exclus (Frédéric Polier) l’est pour défendre avec ferveur le respect de la vérité dans le discours. En accusant de Mensonge l’absente Madeleine, il s’oppose au clan des pactiseurs (Antony Mettler, Caroline Cons, Bastien Semenzato, Céline Bolomey, Pascale Vachoux, Céline Nidegger, tous aiguisés comme des lames), qui lui prouvent au détour d’une pièce dans la pièce qu’un brin d’hypocrisie est aussi fatale que vitale. Le second des radiés, lui (Antony Mettler face aux mêmes moins Polier, rejoints par un Valentin Rossier converti en farceur), revendique le Silence contre le bla-bla, devenant du coup la feuille blanche sur laquelle chacun projettera ses propres angoisses. Entre mentir et ne rien dire du tout – entre l’acteur et le public –, Sarraute et Rossier slaloment tels des as.

Le Mensonge, Le Silence Théâtre du Grütli, jusqu’au 20 mars, 022 888 44 88, www.grutli.ch

Créé: 04.03.2016, 17h55

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