La ventriloquie de Gisèle Vienne manque à sa parole

La Bâtie - Festival de GenèveL’invitée vedette de La Bâtie donnait à la Comédie sa toute dernière création. Atmosphère, atmosphère…

Lutz, version light du maléfique Chucky, s’anime dès qu’il prend appui sur l’avant-bras du marionnettiste ventriloque. Mais d’où tire-t-il véritablement son être?

Lutz, version light du maléfique Chucky, s’anime dès qu’il prend appui sur l’avant-bras du marionnettiste ventriloque. Mais d’où tire-t-il véritablement son être? Image: ESTELLE HANANIA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Gisèle Vienne: elle est certes venue, on l’a vue, mais elle n’a pas entièrement vaincu les résistances croissantes des festivaliers. Comme le Bernois Milo Rau l’an dernier, l’artiste austro-française emporte l’adhésion moins par son travail lui-même qu’en illustrant le thème général de La Bâtie – soit, après le théâtre documentaire en 2014, «l’inquiétante étrangeté» pour cette 39e édition.

Son tableau vivant This is how you will disappear, présenté en ouverture de festival, avait séduit pour sa puissante scénographie et son esthétique totalisante. Comme devant une toile du peintre Caspar David Friedrich – mais mouvante et sonore – chacun pouvait à loisir voguer au fil de ses propres rêveries, sans que rien ne vienne le happer vraiment. Les attentes se sont alors portées sur sa toute dernière création, présentée en première suisse jeudi et vendredi à la Comédie, The Ventriloquists Convention. Un sujet qui met la curiosité au ventre.

Amoureux de son pantin

Que la metteure en scène s’intéresse à la ventriloquie depuis 2007 n’étonnera aucun de ses aficionados. Bien des ingrédients de son univers mental se trouvent réunis dans cet art du «désaccord», comme elle le définit. L’artifice. L’illusion. La dislocation. La morbidité. Ainsi que l’ouverture sur de multiples strates de la personnalité et du langage. Flanquée de son auteur de prédilection, l’Américain Dennis Cooper, Gisèle Vienne entreprend donc de reconstituer en la fictionalisant la rencontre annuelle dans l’Etat du Kentucky des ventriloques professionnels venus du monde entier.

Sur scène, elle convoque neuf marionnettistes rompus à cette technique de la voix dissociée, avec leurs alter ego inanimés – Frankie, le stradivarius des pupazzi, Kurt, pour le rocker Cobain, ou Orson, vieille poupée lubrique. Parmi les reconnus Uta Gebert, Kerstin Daley-Baradel et autres interprètes du Puppentheater de Halle, l’inséparable complice Jonathan Capdevielle. Après la présentation des illusionnistes et de leurs numéros par un animateur façon télé-réalité, ledit Capdevielle, remarquable dans le rôle d’un travesti peroxydé, clora la pièce en étreignant amoureusement son pantin, c’est-à-dire son propre bras.

Deux petites heures durant, les corps et les voix s’unissent ou se désunissent à l’envi, jusqu’à faire entendre 27 timbres au total. En revanche, de véritable propos sur cette pluralité, ou sur la notion dès lors malmenée d’individu, point. Le texte ni la mise en scène ne sondent les abyssales failles découpées par la thématique d’une phonation souterraine et invisible.

Pythie de l’ambiance

On reste en surface. Les éléments propices sont soigneusement rassemblés, la promesse retentit aux oreilles. Mais, tandis que la frustration monte, le soufflé retombe. Un développement psychologique s’échafaude bel et bien sur cette confrérie bizarre, entre piques, rivalités et révélations de secrets, mais sans déboucher sur une quelconque profondeur, fût-elle théorique ou sensorielle. Comme si Gisèle Vienne, phobique de la réalité tangible, craignait de s’enfoncer. Imaginez un Lars von Trier, dont les climats cinématographiques rappellent quelque peu les siens, frôler incidemment le déséquilibre…

Pythie de l’ambiance, l’éclectique artiste s’en tient là. Atmosphère, atmosphère, dit-elle en en adoptant la gueule. Son pouvoir requiert déjà un sacré filet de talent. Doit-il pour autant la laisser interdite sur le seuil de ses cauchemars? Et nous avec?

Gisèle Vienne, 40 portraits, 2003-2008 Centre d’art contemporain, jusqu’au 12 sept. Brando Lieu central jusqu’au 12 sept., www.batie.ch (TDG)

Créé: 04.09.2015, 20h01

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.