Valentine Sergo voltige entre vie et songe

ThéâtreAu Grütli, l’auteure, metteuse en scène et actrice genevoise zigzague entre le Calderón de 1635 et le présent du plateau.

Jean-Luc Farquet, Osama Aljabri, Valentine Sergo, Mateo Solari et Rim Essafi règlent une scène de la fabuleuse <i>Vie est un songe</i> de Calderon.

Jean-Luc Farquet, Osama Aljabri, Valentine Sergo, Mateo Solari et Rim Essafi règlent une scène de la fabuleuse Vie est un songe de Calderon.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est l’histoire d’une pièce dans une pièce. D’une répétition enchâssée dans une représentation, dont l’effet gigogne répond à la fois à l’esthétique baroque de La Vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca, et aux intentions très ancrées dans l’actualité de Valentine Sergo. Obéissant au titre publié dans l’Espagne du XVIIe siècle, l’équation répartit, d’un côté, la vie (le travail théâtral), de l’autre le songe (l’illusion dramatique). Sauf qu’au final, la greffe a été réintitulée Si tout est vrai, ne m’endors pas.

Heureusement, le spectacle s’avère d’une agilité inversement proportionnelle à cette appellation quelque peu emberlificotée. Grâce à des transitions manœuvrées avec humour et souplesse, on bascule sans arrêt de la réalité du plateau – conditions de travail des comédiens, discussions à propos de l’œuvre, rapports de force avec la metteuse en scène – à la fiction interprétée par la troupe, malgré les interruptions successives. Pour l’aider à naviguer entre les deux niveaux, le public dispose de plusieurs signaux: la langue espagnole de Calderón (avec surtitres français), quelques étoffes et accessoires de grenier marquant la narration, les prénoms des personnages qui se superposent à ceux des comédiens, ou le jeu ampoulé qui tranche avec le semblant de naturel.

Le morceau choisi de La Vie est un songe raconte comment, dans une Pologne de légende, le prince Sigismond est forcé de rêver son règne de sorte à échapper aux prédictions d’un père tyrannique, duquel il finira par triompher. Le processus de création de Si tout est vrai, ne m’endors pas révèle, lui, les vécus psychologique, artistique et politique qui tour à tour divisent ou rapprochent les acteurs: l’invité palestinien Osama (Aljabri), l’Israélienne d’origine Anne-Schlomit (Deonna), mais aussi les désopilants Jean-Luc (Farquet), Mateo (Solari) et Rim (Essafi) qui leur donnent la réplique.

Sans oublier Valentine (Sergo), l’orchestratrice de cette étincelante mécanique – deux fois lauréate par le passé du Prix SSA aux écritures théâtrales. Avec un léger penchant pour l’intrication, elle ne se ménage pas dans le rôle du despote à renverser. Pas plus qu’elle n’épargne le spectateur, pris de vertige à force d’être secoué comme un yo-yo, mais abreuvé jusqu’à l’ivresse par la liberté d’interprétation qui lui est demandée.

«Si tout est vrai, ne m’endors pas» Théâtre du Grütli, jusqu’au 9 avril, 022 888 44 88, www.grutli.ch

Créé: 27.03.2017, 20h15

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mort de Moubarak
Plus...