L’univers de Louise Bourgeois se sculpte au Grütli

ThéâtreRachel Gordy est la plasticienne «Louis(e)» dans cette captivante reconstitution bilingue signée Trisha Leys.

Sven Devanthéry et sa mère Rachel Gordy - deux faces de la même Louise Bourgeois - durant la scène traumatique de la pelure d'orange.

Sven Devanthéry et sa mère Rachel Gordy - deux faces de la même Louise Bourgeois - durant la scène traumatique de la pelure d'orange. Image: DOROTHEE THÉBERT

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On commence par craindre, à tort, que le dispositif scénique de «Louis(e)» en vienne à écraser sa matière. Répartis de part et d’autre d’un plateau fendu en son milieu par un pan de mur et sa porte communicante, les spectateurs notent d’emblée qu’une amplification sonore rétrécit paradoxalement l’amplitude des intonations. Que des projections vidéo ont pour effet de brouiller la vision. Que la scrupuleuse reconstitution d’un atelier d’artiste fige par son naturalisme excessif. Que la toile tissée entre les langues anglaise et française entrave l’attention – et autres grains de sable.

Il n’en est rien. «Louis(e)» exige seulement qu’un processus créatif se mette en place, qu’une forme se déploie peu à peu, avant que ses signataires puissent s’écrier, comme l’artiste elle-même devant son œuvre: «Oh, mon dieu, voilà ce que je voulais dire!» – entraînant l’audience dans une euphorie partagée.

L’artiste? Louise Joséphine Bourgeois, née à Paris en 1911 de parents tapissiers, émigrée dès 1938 à New York – où elle décédera en 2010 – avec son mari historien de l’art, féministe, psychanalysée, mère de trois fils et, au fil d’une riche production, d’une célébrissime araignée géante baptisée «Maman», dont un exemplaire trôna Place Neuve en 2011.

Pourquoi, en guise de titre, donner à son prénom un genre équivoque? Au moins deux raisons. Parce qu’une anecdote fondatrice révèle que son père Louis humilia publiquement la fillette en pointant que, contrairement à une pelure d’orange où se dresse l’axe central blanc, Louise était dépourvue d’appendice, instillant en elle une durable réflexion sur l’identité sexuelle. Et parce que, sur scène, un petit garçon, Sven Devanthéry, incarne – fort bien – un double miniature de la sculptrice, interprétée par sa mère, l’actrice Rachel Gordy. Dans le rôle de Robert Storr, un critique qui a consacré une monographie à la plasticienne, on complétera la distribution en citant José Ponce. À la mise en scène, l’Américaine Trisha Leys assemble soigneusement les pattes d’un résultat arachnéen à mi-chemin de la biographie bilingue, de l’introspection dansée, de l’exégèse détaillée et du manifeste pour la légitimité des femmes dans l’art. «Dis la vérité, mais en oblique», recommandait Louise Bourgeois. Un conseil suivi à la lettre par la compagnie Utopia.


«Louis(e)» Théâtre du Grütli,
jusqu’au 8 mars,
réservations au 022 888 44 88,
Plus d'infos sur: grutli.ch

Créé: 26.02.2020, 18h03

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