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Trois «clownboys» parodient colonisation et culture de masse sous Donald Trump

La critique sociale par l’activation de vos zygomatiques, tel est le challenge du «Wide West Show!».

Gregory Stauffer, Ariel Garcia et Johannes Dullin.
Gregory Stauffer, Ariel Garcia et Johannes Dullin.
BETH DILLON

Vous entrez dans la salle par un étroit boyau foré dans un tissu noir. Vous débouchez sur le plateau enfumé, plongé dans l’obscurité, où se dessinent peu à peu trois installations en Sagex que le titre de la pièce vous aide à rapprocher des paysages rocheux de l’Ouest américain. Installé par terre, vous voyez débouler deux zombies robotiques, visage plâtré de fond de teint, doigts gantés de petits pains, tranches de toast plaqués devant les yeux en guise de masque VR, tandis qu’un troisième larron extrait de sa console de festifs beats électroniques. Bientôt, vous verrez le trio désormais accoutré de franges et de stetsons fouetter vaillamment le sol de ses lassos, exécuter des quadrilles endiablés, cavalcader en lançant des drapeaux et ambiancer l’assistance avec autorité. Ya-hoooooo!

Créé fin janvier à Lausanne, «The Wide West Show!» est une pièce d’une énergie folle. Désopilante de causticité. Divinement cruelle. Collaborateurs de longue date, Gregory Stauffer, Johannes Dullin (formés ensemble chez le clown Dimitri), Ariel Garcia (musicien polymorphe) et Beth Dillon (à la scénographie et aux costumes), tous ardents défenseurs de mère Nature, se sont initialement inspirés du «Wild West Show» que Buffalo Bill créa à Chicago en 1880, et dont le succès inaugurait l’essor du show-business. Depuis lors, les conquêtes américaines se sont poursuivies: à travers les capitaux et les mainmises de la finance, déjà; à travers la propagation de sa culture de masse, bien sûr; mais aussi à travers la prospérité de l’industrie digitale start-upée dans la Silicon Valley.

Tous ces éléments, figurez-vous qu’ils supportent en creux la performance, sans être jamais ouvertement mentionnés. Seuls les muscles des interprètes parlent. Seuls filtrent vos zygomatiques. «C’est difficile d’être moralisateur», confie Gregory Stauffer. Aussi les détours qu’il emprunte pour incriminer les ravages de la civilisation occidentale sont à saluer pour leur inventive efficacité. «The Wide West Show» accuse une modernité qui célèbre l’individu en décérébrant les foules. Ses spectateurs rient en chœur pour tirer leurs conclusions personnelles.

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«The Wide West Show!» ADC, jusqu’au 24 mars, 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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