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Lecture en ligneTom Tirabosco tient le journal intime du chambardement

Le dessinateur genevois échange ses impressions de confiné avec l’auteur et conférencier français Pablo Servigne. Une histoire de rat des villes et de rat des champs.

Un des dessins inédits de Tom Tirabosco à découvrir dans le premier volet du «Grand chambardement».
Un des dessins inédits de Tom Tirabosco à découvrir dans le premier volet du «Grand chambardement».
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Il se présente comme le rat des villes, s’adressant au rat des champs. À travers un échange épistolaire fourni, Tom Tirabosco livre ses impressions de confiné à Pablo Servigne. Depuis son hameau perdu dans une vallée de la Drôme, l’auteur et conférencier français répond au dessinateur genevois, développant le thème de la décroissance forcée imposée par le coronavirus. Déjà riche de deux lettres ouvertes bien étayées, leur correspondance prend la forme d’un journal intime intitulé «Le grand chambardement». Entre angoisse sourde, distances de sécurité et besoin de faire le vide après une boulimie d’informations, un dialogue original aux images inédites. À découvrir en ligne sur le site du mook «Yggdrasil», un magazine-livre traitant des questions liées à l’effondrement et à la résilience de la civilisation.

Comment est né cet échange épistolaire?

Tom Tirabosco: Suite à notre rencontre à Genève, début mars. Pablo Servigne avait été invité par le FIFDH. C’était le début de l’arrêt des grandes manifestations. Je l’avais déjà contacté il y a quatre ans, à l’époque où je cherchais un sujet pour ma prochaine bande dessinée. Son livre «Comment tout peut s’effondrer» a accompagné toute la gestation et la création de «Femme sauvage». Je lui ai envoyé l’album à sa sortie, qu’il a beaucoup aimé. Quand il est venu au FIFDH, on s’est vu à trois reprises, à la maison et à mon atelier. Il s’est montré intéressé par ma proposition de correspondance.

Quel est le ton de cette chronique entre Genève et la France?

C’est un peu comme si deux amis se racontaient leurs états d’âme, la manière dont ils vivent intérieurement cette période assez hallucinante. Pour moi, c’était l’occasion d’essayer de tenir une forme de journal. Je me rends compte qu’il s’agit d’un sacré boulot, par ailleurs passionnant. Il faut trier dans ce qu’on a vécu. En ce moment, on gamberge un maximum. Ce qui me fait le plus flipper, ce n’est pas le virus, mais plutôt ce sentiment de peur diffus dans la population, et la façon dont on veut contrôler les gens.

Combien de temps va durer cette correspondance?

On va continuer au-delà du déconfinement. Ce n’est que le début du grand chambardement. À un moment, il faudra s’ouvrir à d’autres intervenants, des écrivains, des activistes, des artistes. Chacun racontera à la première personne son expérience d’un événement qui nous dépasse.

Le ralentissement actuel, vous l’avez souvent rêvé et traduit graphiquement dans certains albums. Mais pas de cette manière…

Depuis plus de dix ans, je suis convaincu qu’on va devoir décroître. Je ne pensais toutefois pas que cela allait arriver si rapidement, et que l’on serait privé du jour au lendemain de pas mal de libertés. Ni qu’on allait devenir encore plus dépendant du numérique. Cette casse monumentale, qui a mis à genoux un nombre considérable de gens, parmi lesquels beaucoup de petits entrepreneurs et d’indépendants, sans parler des négoces et des cafés, va laisser des traces terribles.

Vous portez un regard critique sur une Genève «qui se la pète trop souvent»…

J’égratigne un peu la Genève consumériste, la Genève du luxe qui fait la fête toute l’année et qui laisse une empreinte écologique énorme. Il y a ici une concentration d’argent considérable. En même temps, et paradoxalement, c’est une ville que j’apprécie, qui possède d’énormes qualités et que je trouve délicieusement agréable. Qui aime bien châtie bien…

Le rat des villes se rêve-t-il en rat des champs?

Oui, souvent. Mais je me rends compte après six semaines de confinement que ce qui me manquerait le plus à la campagne, c’est la culture. Durant cette période, j’ai plutôt été privilégié. Ma vie n’a pas été bouleversée, hormis que j’ai vu beaucoup moins de monde. Enseignant à mi-temps, je fais des retours par mail à mes élèves de l’ESBDI (École supérieure de bande dessinée et d’illustration). Malgré la crise, j’ai pour l’instant pas mal de boulot et de commandes en tant qu’illustrateur indépendant. Mais ce qui manque, c’est de se retrouver autour d’œuvres d’art, de pouvoir prendre part à des événements culturels. Je fais l’expérience de cette privation.

Blog du magazine «Yggdrasil»: https://yggdrasil-mag.com/blog

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