«Today» livre une sublime leçon de résistance par la danse

La BâtieLa chorégraphe et danseuse genevoise Laurence Yadi interprète un solo noir et brûlant.

Laurence Yadi se bat pour plier plutôt que rompre.

Laurence Yadi se bat pour plier plutôt que rompre. Image: MEHDI BENKLER

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Virage dans la mouvance du FuittFuitt. Nicolas Cantillon et Laurence Yadi, alias la Compagnie 7273, ont développé depuis 2003 cette technique du mouvement inextinguible (inspiré des «maqâms» arabes) qui leur a valu la reconnaissance internationale. Jusqu’ici, ils appliquaient leur méthode – également appelée «multi styles» – à la célébration, souvent collective, d’une sensualité vitale.

Changement de cap avec Today, présenté depuis lundi dans le cadre du Festival de la Bâtie. Si le couple à la ville en signe ensemble la chorégraphie, seule Laurence Yadi occupe physiquement la scène au Grütli. Ses vêtements noirs, jusqu’aux chaussettes vissées au sol, se détachent à peine des murs noirs ou des enceintes noires empilées à ses côtés.

Debout, son corps est saisi de tremblements continus, auxquels répond bientôt le faible tintement de grelots. Concentrée, la danseuse s’évertue à contrarier les soubresauts en puisant au plus profond de ses forces pour étendre un bras, le nouer à l’autre, tenter un balancement. On dirait tantôt un arbre luttant de toutes ses branches contre le blizzard, tantôt le passager secoué d’un tramway filant sur des rails cabossés qui s’agrippe à sa barre.

L’accompagnement musical s’amplifie progressivement, entre bruitisme métallique, stridence orientale et pulsation africaine, tandis que le tressaillement persiste à imprimer sur la chair ce Parkinson typique de Today. Les décibels augmentent en même temps que les couches sonores se superposent (bravo à l’Egyptien Maurice Louca pour la composition), la sueur goutte, la transe s’accélère. Il faut s’accrocher. Défendre le geste contre le spasme. La volonté contre la fièvre. Arracher la salle aux ténèbres en l’inondant d’un éclairage violet.

Possédée, la fille. Et possédés, ses spectateurs. La frénésie réduit sous nos yeux le sujet au rang d’objet – si ce n’est de hochet. Mais l’opiniâtre lutte, résiste, se surpasse pour plier plutôt que rompre. Tant et si bien qu’au moment où le fracas retombera, peu à peu, dans le silence, la guerrière, elle, sera lancée. Plus rien n’arrêtera sa danse salvatrice qui vaincra, grâce à l’endurance FuittFuitt, l’infernale trépidation de Today.

Today Théâtre du Grütli, jusqu’au 8 sept., www.batie.ch

Créé: 05.09.2017, 19h28

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