Thierry Mertenat raconte le quotidien d'un journaliste dans sa ville

RécitLe localier, spécialiste des faits divers à la "Tribune de Genève", publie "Dehors" aux Editions Labor et Fides.

«Dehors» est le cinquième livre du localier de la «Julie».

«Dehors» est le cinquième livre du localier de la «Julie». Image: Georges Cabrera

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Il cultive ces trois vertus qui ne s’enseignent pas: l’ignorance, l’incrédulité et la candeur. Thierry Mertenat est journaliste. «Nez au vent, bouche ouverte, il prend des notes à la volée» depuis plus de trente ans. Au «Journal de Genève» d’abord, où il est chroniqueur culturel, puis dans le même registre à la «Tribune de Genève» jusqu’en 2004, année d’une rupture nette et consentie avec le quotidien douillet d’un bureau bien chauffé: il passe à la locale. «Un soir, je sortais de La Comédie après une pièce, il y avait un feu rue Leschot. J’ai regardé mon collègue, calepin en main. J’aurais tant voulu être à sa place plutôt qu’à la mienne», confesse-t-il.

Le transfert se fait peu après. Le critique de théâtre et de livres dont on redoute les flèches descend dans la rue pour écouter qui y dort, suivre qui y travaille et faire parler les morts. Entre un feu combattu sur la grande échelle et une levée de corps, le voilà qui s’échappe d’un coup de pédale, en danseuse, prendre le thé chez les vieilles dames, heureux. Thierry raffole des centenaires.

«Réfléchis à ton métier!»

Cette vie au grand air, il se décide aujourd’hui à la décrire. Voici paraître «Dehors. Journal d’un localier», encore tiède, sorti de presse cette semaine. «Pour être sincère, glisse l’auteur, c’est une idée de mon éditeur. «Réfléchis à ton métier, arrête de parler de ceux des autres!» m’a dit Matthieu Mégevand. Il m’a demandé de me risquer à dire «je». D’abord ce fut non. Puis…»

Puis il s’est posé cette question intime: localier, qui es-tu? Pour y répondre en toute honnêteté, il fallait en passer par la première personne du singulier. Arrimer ce récit ici et maintenant. Thierry est Jurassien, mais il a adopté Genève, qui le lui rend bien. Dans son histoire pourtant, aucun nom de rue. Seuls les gens du cru reconnaissent Plainpalais, le cimetière Saint-Georges ou le Bois de La Bâtie. «C’est une sorte de géographie à clé, qui permet de détricoter le local pour passer au général. Ainsi ceux qui vivent ailleurs s’y retrouvent aussi. Il est bon d’aller du singulier à l’universel», souligne-t-il.

Ni flic, ni curé

Le journaliste utilise «son métier pour raconter celui des autres» et l’auteur de «Dehors» ne se trompe jamais de carte de visite: il n’est ni flic, ni curé, ni psy, assistant social pas davantage. «Mertenat, Tribune de Genève», deux décennies à le répéter à qui veut l’entendre, en faisant sonner haut et fort ce lien fusionnel qui me légitime», résume mon collègue.

On l’aura compris, Thierry aime le métier: interroger, citer, transcrire «cette étrangeté absolue de la vie à la rue», saluer l’engagement de ceux qui n’ont jamais la parole, vérifier ses sources. Il offre l’éternité à Anne et à son fils Pierre; à sa chère Jeanne Matti, la courtepointière du quai Charles-Page; à Madeleine; aux «pourris» morts seuls, oubliés de tous pendant des jours; à son premier «mortel» - «un cycliste, j’ai mis toute la journée à l’écrire, cet article, je vois encore le faire-part tombé le soir sur le fax…»

Le biker à la besace en bâche de camion, 60 ans bientôt, a correctement slalomé entre boursouflure de l’ego et convoitise de voyeur. J’ai lu «Dehors» avec jubilation et je vais l’offrir avec délectation à tous ceux qui croient humilier les journalistes en les traitant de «fouille-merde». Thierry dirait que c’est un sacré compliment. «Ce bouquin doit être utile. Il faut savoir ce qu’est un journaleux dans une ville. À quoi on sert…»

Dehors. Journal d’un localier» par Thierry Mertenat, Éditions Labor et Fides, 231 pages.

Créé: 20.09.2019, 18h20

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