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Le théâtre mode d’emploi, façon Loup

Eric Jeanmonod met l’illusion à la fête en adaptant le polar «Jimmy the Kid».

Deux narrateurs s’échangent le rôle de Donald Westlake, tandis qu’une bande de pieds nickelés applique sa leçon de kidnapping.
Deux narrateurs s’échangent le rôle de Donald Westlake, tandis qu’une bande de pieds nickelés applique sa leçon de kidnapping.
JANICE SIEGRIST

Quelle gageure! En cherchant à égaler les succès tout public qui font sa légende – «Le bon gros Géant», «Zazie dans le métro»… –, le Théâtre du Loup les dépasse de cent coudées. Comment? En exploitant le savoir-faire qui le caractérise – pour aller vite, la triade astuce, décor et facétie. Bien sûr. Mais surtout, sur ce coup, en faisant confiance à son maître d’œuvre, Eric Jeanmonod. En s’en remettant à ses affinités littéraires jusque dans ses élections les plus déraisonnables…

Le metteur en scène et scénographe genevois se trouve vouer une indéfectible admiration à l’écrivain américain Donald E. Westlake, notamment à sa série policière de 15 volumes dite les «Dortmunder». Son choix a tôt fait de se fixer sur le troisième roman, «Jimmy the Kid» (1974), qui, conformément à une charte interne au Loup, embarque un marmot «dans les turpitudes d’un monde d’adultes».

Joute entre réel et fiction

Il a fallu à Jeanmonod agencer pas moins d’une quinzaine de lieux différents sur le plateau où circulent un total de 23 personnages. Modules architecturaux, projections vidéo, rideaux coulissants, accessoires improbables et autres bruitages plus vrais que nature, on ne saurait exagérer l’ingéniosité nécessaire pour évoquer les rues de New York durant les seventies, le bar du coin et son arrière-salle, le cabinet alternativement du psy et de l’avocat, l’appart miteux, les routes de forêt menant à la ferme abandonnée… Idem pour les dix comédiens qui endossent à tour de bras les costumes de malfrats, d’agents du FBI, de business ou de barman, voire de cheval de la police montée en proie à un besoin urgent. David Gobet, favoris épatés, Lola Riccaboni, jumelle de Faye Dunaway, Thierry Jorand, agilité bonhomme, et un François Nadin à tout faire tirent tout spécialement leur épingle du jeu.

Eh bien, figurez-vous que cette laudative énumération n’est que broutille, à côté des prouesses accomplies par la narration elle-même. «Ce n’est pas le style qui compte, entend-on formuler à un niveau ou un autre du récit, c’est l’histoire!»

Coutumier des casses aussi flamboyants que ratés, le cambrioleur John Archibald Dortmunder et son acolyte Andy Kelp s’essaient cette fois au kidnapping. Pas à l’instinct, non. Mais en «adaptant» à la lettre les instructions fournies par un polar de leur prédilection, «Voleurs d’enfant». Sortes de Bouvard et Pécuchet du crime, notre bande de bras cassés réussirait son coup aussi sûrement que les illusionnistes de la scène du Loup si une réalité imprévue ne les rattrapait sur le chemin où pétarade leur bagnole de fortune. Cet os? Le gamin de riche, objet du rapt, otage a priori docile, qui s’avérera bien plus finaud que l’aventure livresque ne l’annonçait.

Finaud, certes; mais aussi infaillible cinéphile, le mioche, tout comme l’auteur originel et son adaptateur scénique. Si bien que les couronnes tressées à l’imaginaire le sont ici à l’aide de trois mèches bien fournies: celle d’une enfance jamais avare de surprises; celle d’arts jamais à un plagiat près; et celle du dispositif théâtral proprement dit, jamais en panne de magie. La fiction dans la fiction place quelque part cette vraie-fausse pancarte sur une fausse-vraie chaussée: «Déviassion». Cette comédie pleine de finesse en regorge. Que vous ayez de 10 à 100 ans, ne manquez pas de vous y perdre.

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«Jimmy the Kid» Théâtre du Loup, jusqu’au 5 juin, 022 301 31 00, www.theatreduloup.ch

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