Entre théâtre et danse, Raphaële Teicher donne le tiraillement à voir et entendre

Chorégraphie parléeAu Grütli, la violence domestique prend la forme d'un spectacle hybride, dont les failles font la force.

L’union fait ici la force pour Sam O. et Marthe Krummenacher.

L’union fait ici la force pour Sam O. et Marthe Krummenacher. Image: DOROTHEE THEBERT FILLIGER

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Trois bâches suspendues dessinent un espace de guingois. Posées sur un cube, deux figures muettes et immobiles fixent le public de leurs yeux écarquillés. Bibelots? Animaux de compagnie? Humains pétrifiés? Amplifiée par un concerto pour violon de Mendelssohn, l’émotion est palpable d’emblée. Elle noue les gorges de part et d’autre du bord de scène. Oui, c’est bien cela, «Il n’aura qu’à dire que tu l’as poussé dans l’escalier» met en présence des corps tétanisés par la peur. Le torse, chosifié, de l’artiste transdisciplinaire Sam O., alias Shlomo Balexert, qui ne regimbera que lors d’un rageur solo de batterie final; et les membres, déliés, de Marthe Krummenacher, l’une des danseuses les plus douées de Genève, qui battront l’air dans un processus de résilience. La voix d’une tierce instance, abusive celle-là, troue le silence des enfants sacrifiés. Accent liégeois, tendresse feinte, jérémiades assorties d’humiliations, la mère apparaît dans tout son maléfice sous les traits de Raphaële Teicher – conceptrice du spectacle au nom de la compagnie RA de MA ré qu’elle a cofondée en 2010 avec Krummenacher, mais aussi plaignante à la ville, avec ses six frères et sœurs, dans le cadre d’un procès pour maltraitance intenté contre ses parents.

Écartèlements, donc, où que l’on porte le regard: d’une victime qui guérit en interprétant son bourreau. D’une pièce à mi-chemin des arts dramatique et chorégraphique, qui, par le texte, tient de la comédie popu, mais, par le sous-texte, du drame avisé. Comme si la violence, dans ses manifestations indifféremment physique, verbale, psychologique, sexuelle ou autre, engendrait ce supplice ultime qu’est le déchirement intérieur. Pour les dualités ainsi évoquées, on adhère à cet OVNI scénique objectivement bancal.


«Il n’aura qu’à dire que tu l’as poussé dans l’escalier» Théâtre du Grütli, jusqu’au 19 mai, 022 888 44 88, www.grutli.ch (TDG)

Créé: 10.05.2019, 18h21

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