Sur le thème «Aux arts, citoyens!» un court-métrage sort vainqueur

Droits humainsLa fondation Act on your future a remis jeudi soir son Prix 2017 à deux élèves de la HEAD.

Yérusalem Tesfalem et Jérémie Sourisse, les deux jeunes gens au centre du documentaire lauréat.

Yérusalem Tesfalem et Jérémie Sourisse, les deux jeunes gens au centre du documentaire lauréat. Image: DR

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Trois ans seulement, et déjà une belle maturité. Le Prix de photographie des droits humains de la fondation Act on your future s’est ouvert cette année à de nouveaux horizons. Il a accueilli en compétition les travaux des élèves de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles (ENSP-Arles) aux côtés des étudiants de la Haute Ecole genevoise d’art et de design (HEAD) et de l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL). Ce sont pourtant deux jeunes femmes en formation à la HEAD, Margot Lançon et Chloé Simonin, qui ont remporté cette troisième édition consécutive du prix avec leur court-métrage, En 3 secondes, tu peux être de l’autre côté de ce mur. Les travaux devaient gloser sur le thème «Aux arts, citoyens!» et exprimer l’idée que les artistes, par leurs créations, ont la faculté de changer le monde, en plus de l’embellir.

Demande d’asile en cours

S’il est militant, le documentaire lauréat, alliant réalité et fiction, est aussi une capture à l’esthétisme soigné de la rencontre entre deux jeunes gens aux destins bien différents. Yérusalem Tesfalem a 19 ans, elle est Érythréenne et se trouve, lorsque le film la saisit, au milieu du gué entre son pays d’origine qu’elle a fui trois ans plus tôt et son installation en Suisse, qu’elle demande par le biais de l’asile. Sa deuxième audition doit avoir lieu bientôt et Jérémie Sourisse, un jeune Français de 15 ans, l’aide à s’y préparer. Il est adepte du parkour. D’un bond, d’un saut, Jérémie franchit tous les obstacles et dit avec son corps à Yérusalem: «En trois secondes tu peux être de l’autre côté de ce mur» – le titre du documentaire.

Des murs, la jeune réfugiée en a franchi de terribles. Et si son ami veut s’enfuir pour se sentir libre, elle ne songe qu’à s’intégrer pour s’imaginer en sécurité. «Yérusalem est ma colocataire dans la vie», explique Margot Lançon, qui suit sa 2e année bachelor en arts visuels à la HEAD. «J’avais envie de travailler avec elle. Tout est parti d’un workshop centré sur le langage, où on nous demandait comment filmer la parole.» Margot Lançon et Chloé Simonin démarrent leur réflexion et leur court-métrage avec cet élément-clé qu’est l’audition administrative dans la procédure d’asile. «Nous l’avons déplacée entre deux jeunes gens qui ne se connaissaient pas au départ. Nous avons croisé Jérémie par hasard dans la cour du Collège de Candolle; il s’entraînait au parkour et il a accepté le rôle, raconte Margot. Yérusalem et lui, c’est une vraie rencontre de cinéma.» On sent l’amitié, l’amour peut-être, naître entre les deux jeunes gens, sans que le scénario tombe pour autant dans la facilité du flirt adolescent. Les prises de vues sont soignées, le visage de la jeune Érythréenne, époustouflant, et le décor de l’école genevoise désertée, magnifié.

Vecteur de changement

Yérusalem vit toujours à Genève. Elle a aujourd’hui 20 ans, fait un apprentissage d’aide-soignante, travaille dans un EMS genevois et habite encore avec la cinéaste en formation. Sa demande d’asile a été refusée. Margot Lançon projette déjà un autre court-métrage centré sur elle, un portrait cette fois. Avoir gagné, avec Chloé Simonin, le Prix de photographie des droits humains la conforte dans son projet et dans son désir de partir travailler en résidence artistique à l’étranger.

«Si nous avons choisi le thème de l’art comme vecteur de changement, comme instrument de revendication politique et sociale – après celui de la liberté d’expression en 2015 et de la migration en 2016 – c’est parce que nous voulons coller à l’actualité et faire résonner une thématique auprès des jeunes, qui se sentent souvent en décalage avec la politique», commente Keyvan Ghavami, président et cofondateur du Prix de photographie de la fondation Act on your future. «Parmi les 23 travaux en compétition (contre 14 l’an dernier) et les 5 sélectionnés pour le round final, plusieurs traitent de la montée du populisme en Europe et aux États-Unis.»

Hypermédiatisé

Thaddé Comar, de l’ECAL, a opté avec 2017 n’aura pas lieu pour l’observation photographique du «Black Bloc», cette tactique de lutte impliquant la dissimulation du visage des protagonistes, tactique hypermédiatisée. Kleio Obergfell, dans Territoire, brosse le portrait d’une communauté vivant aux portes de Genève dans un Wagenplatz, «appellation actuelle pour désigner un espace occupé et aménagé par un groupe de personnes vivant dans des roulottes ou des camions», à un jet de pierre du Lignon. Dans Hasta Abajo!, Leslie Moquin s’intéresse aux picos, ces soundsystems qui déversent dans les rues colombiennes des décibels à lézarder les murs. Tout un pan de culture locale! Quant à Zoé Aubry, avec Arrière, elle traite de la campagne présidentielle française sous l’angle du populisme dans des images déchirées et recomposées.

Ces travaux photographiques sont à voir jusqu’au 16 décembre à la galerie Art Bärtschi & Cie. Quant au visionnement du documentaire lauréat du prix, il se fait au cœur d’une grande boîte en bois. Les spectateurs y pénètrent et sont immergés, pendant les onze minutes que dure le court-métrage, dans l’histoire de Yérusalem et de Jérémie comme s’ils en étaient captifs.

«Aux arts, citoyens!» exposition des cinq projets sélectionnés par la fondation Act on your future pour son Prix de photographie des droits humains 2017, galerie Art Bärtschi & Cie, Loft 43, route des jeunes 43, Allée G, du 8 au 16 décembre, du lu au sam, de 12 à 18 h, www.bartschi.ch et www.actonyourfuture.org (TDG)

Créé: 07.12.2017, 15h41

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