Zoé Reverdin réussit«son» Gatsby au Loup

ThéâtreLa metteuse en scène genevoise adapte le roman de Fitzgerald pour sept camarades. Une tragédie brillante.

Au plus fort de la fête, chez Gatsby, en 2018.

Au plus fort de la fête, chez Gatsby, en 2018. Image: PATOU UHLMANN

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Qui n’a pas sa vision de «Gatsby le Magnifique»? Les références ne manquent pas. D’abord le roman de F. Scott Fitzgerald, qui date de 1925. Ensuite plusieurs films, dont celui avec Robert Redford et Mia Farrow, en 1974, et le plus récent, avec Leonardo DiCaprio, en 2013. Un opéra créé en 1999 au Metropolitan Opera de New York reprend le même scénario. Sans se laisser intimider par tous ces antécédents, Zoé Reverdin a imaginé «son» Gatsby pour la saison du Théâtre du Loup.

Le mystérieux nouveau riche de Long Island a les traits de Valentin Rossier, entouré par six autres comédiens, parmi lesquels Julia Batinova dans le rôle de la charmante et écervelée Daisy Buchanan. Rien de commun entre ces deux personnes et les acteurs de cinéma inscrits dans la mémoire collective. Bon choix de la metteuse en scène, qui met ainsi d’emblée son spectacle à l’abri de la comparaison. Cette Daisy est charnue et rayonnante; ce Gatsby, brun et retenu. La copine golfeuse a l’aplomb rieur de Caroline Cons; et le mari de Daisy, la violence ténébreuse d’Adrien Barazzone.

La maîtresse de Tom, femme du garagiste George Wilson (David Gobet), est jouée par Léa Pohlhammer. Voilà cités presque tous les personnages de cette distribution bien ficelée. Il ne manque que Nick Carraway, le narrateur joué par Felipe Castro. Ce provincial bien élevé est l’instrument du destin, à cause de sa parenté avec Daisy et de son voisinage avec Gatsby. C’est lui qu’on entend en premier, se confiant au micro comme pour un témoignage enregistré.

Ce groupe arpente le vaste plateau du Loup, sur lequel s’articulent quelques éléments de décor qui ne suggèrent aucune époque précise. Ni celle des années folles ni tout à fait la nôtre, malgré les appels reçus par Tom Buchanan sur son smartphone. Ce qui intéresse Zoé Reverdin, ce n’est pas de réussir une reconstitution historique. Pour elle, les rouages de la tragédie sont tout ce qui compte. Elle réussit à resserrer l’action en 1 h 40 de spectacle, juste assez pour voir se refermer le piège fatal que le destin a placé sur la route des personnages. On mesure la désillusion de Gatsby face au décevant fantôme de la jeune fille aimée. On salue le geste élégant et suicidaire par lequel il s’accuse à la place de l’inconsistante Daisy.

«Gatsby le Magnifique» Jusqu’au 25 nov., Théâtre du Loup. Infos: theatreduloup.ch, 022 301 31 00 (TDG)

Créé: 12.11.2018, 18h03

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