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Distinction«Je ne crée pas des blockbusters»

Le performeur Yan Duyvendak décroche le Grand Prix suisse du théâtre. Le Lausannois François Gremaud est lui aussi récompensé.

Né aux Pays-Bas et établi à Genève, Yan Duyvendak a décroché le Grand Prix suisse du théâtre 2019.
Né aux Pays-Bas et établi à Genève, Yan Duyvendak a décroché le Grand Prix suisse du théâtre 2019.
Manoj Parameswaran

La France a ses Molières; la Suisse, elle, couronne ses talents les plus percutants de l’Anneau Hans-Reinhart. Cette année, le Grand Prix suisse du théâtre sacre le performeur Yan Duyvendak. Établi à Genève, l’artiste néerlandais pulvérise les frontières entre les disciplines, malaxe les arts scéniques et visuels dans une quête perpétuelle de sens. Ses créations questionnent l’essence même du théâtre.

Chez lui, tout est matière à spectacle. Un exemple? Son très réussi «Please, continue (Hamlet)», créé à Genève en 2011 puis joué à Vidy, invitait une poignée de spectateurs à se glisser dans le costume de jurés pour décider du sort du héros shakespearien. Sur scène, six professionnels de la justice et trois comédiens brouillaient les pistes entre drame théâtral et comédie judiciaire. Et que dire d’«ACTIONS», créé en 2016 au Far°, à Nyon? Cette œuvre documentaire sur la crise des réfugiés conviait le public à s’engager, concrètement, en offrant des services ou des objets. Un spectacle? Une discussion? Un acte social? L’artiste se plaît à déborder des cadres.

Né en 1965, Yan Duyvendak entame sa carrière en 1995 avec la performance «Keep it Fun for Yourself» (reprise dernièrement lors des journées portes ouvertes du nouveau Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne). Artiste nomade, il présente ces jours son «Hamlet» au Museum of Contemporary Art Chicago. C’est donc depuis l’autre côté de l’Atlantique qu’il répond à nos questions.

L’Anneau Hans-Reinhart est la plus haute distinction théâtrale de Suisse. Une consécration?

Je ne m’y attendais pas et reste très surpris. Mon travail est atypique, je saute d’un genre à un autre, d’un sujet à un autre. De plus, il est assez politique, pas forcément très séduisant. Je ne crée pas des blockbusters, quoi. Recevoir ce prix me fait donc l’effet d’une très grande reconnaissance pour le contenu de ce travail, mais aussi pour ce que je fais en filigrane: créer de l’empathie.

Comment définissez-vous votre travail, qui franchit les frontières entre les genres et les différents médias?

Venant des arts visuels, j’ai glissé vers les arts vivants parce que je n’aimais pas avoir un objet entre les spectateurs et moi. Dans l’art vivant, il y a une vraie rencontre possible. On peut parler ensemble d’un sujet qui nous concerne tous. Je crois que je m’inscris vraiment dans un travail politique, mais au sens de «comment on vit ensemble» dans la cité, la polis grecque.

Comment entremêlez-vous ces différents médias?

Les médias me paraissent intéressants lorsqu’ils sont utilisés à dessein par rapport à une question posée. C’est simple: quand on a besoin d’avoir quelqu’un sur scène qui ne peut pas être là, alors la vidéo s’impose. Pour autant que les raisons soient bonnes. Autrement dit, j’aime quand il y a une cohérence entre la forme et le fond, et la liberté de changer de média.

Le rôle du public est primordial dans vos créations. Comment abordez-vous le rapport scène-salle?

J’aime créer des machines dans lesquelles les participants se doivent d’être très consciemment ce qu’ils sont. Il s’agit d’imaginer des situations à partir desquelles ces personnes peuvent prendre ou reprendre une autonomie, s’émanciper, sans jamais les mettre à mal ou leur demander de faire quelque chose qu’ils n’ont pas envie de faire. Pour prendre un exemple: dans «ACTIONS», des personnes parlent de la situation locale d’accueil des réfugiés, en expliquent la complexité et les paradoxes. Ensuite, nous donnons au public la liste des besoins des gens qui ont pris la parole. Si les spectateurs le souhaitent, ils peuvent s’engager. Pour mon plus grand bonheur, une grande organisation de travaux humanitaires nous a mandatés pour adapter «ACTIONS» à leurs besoins. C’est fantastique de voir qu’un projet artistique puisse être utilisé comme outil dans le réel.

La culture dite populaire fait partie intégrante de votre travail. Comment nourrit-elle vos réflexions?

Ce qui m’anime depuis le début de ma carrière, c’est de voir quels codes notre société nous propose, voire nous impose, et comment nous nous débrouillons avec eux. Ces codes nous arrivent via les médias, les jeux vidéo, les instances comme la justice, la démocratie. J’essaie de regarder comment nous, simples citoyens, nous pouvons vivre avec tant de contraintes - en empathie.

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