Au théâtre, Michel Sardou dépose le «sac à emmerdes»

RencontreIl a renoué avec son premier amour, le théâtre. Le succès ne le quitte plus. Le chanteur populaire étiqueté de droite connaît un renouveau d’image.

Michel Sardou.

Michel Sardou. Image: Richard Melloul

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Michel Sardou est multiple. En chanson d’abord. Il est le chanteur à succès de La Maladie d’amour (1973), de La Java de Broadway (1977), des Lacs du Connemara (1981). Des sommets de la variété de qualité: mélodie adhésive, texte inoffensif et une belle émotion à partager en famille. Michel Sardou, c’est encore l’interprète controversé des Ricains (1967), de Le France (1975), de Je suis pour (1976) ou encore de Musulmanes (1986). Autant de chansons contestées qui ont forgé son image d’anar de droite au mieux, de réac’ franchouillard au pire et de xénophobe patenté à l’extrême. Mais Michel Sardou ne regrette rien, bien qu’il assume avoir provoqué sans humour. Désormais de retour sur ces planches du théâtre qui l’ont vu naître et grandir, il plaide pour plus de légèreté dans une époque qui «l’emmerde». Trop de violence, de polémique, de chômage et de religion. Interview.

M. Sardou, êtes-vous toujours la même personne?

Question difficile d’entrée… (rires) On évolue. Il faut du temps pour mettre les choses en place. Les connaissances apportent des réponses à ce que l’on croyait juste et finalement les modifient. Je ne sais pas si l’âge bonifie mais l’âge calme.

Au théâtre: le public vient-il voir la star de la chanson ou le comédien?

Un peu des deux pour être très franc. Au début, clairement, ils venaient voir le chanteur qui faisait le comédien. Ce n’était pas bon pour l’écoute de la pièce. Et surtout ils prenaient des photos comme lors d’un concert. Le théâtre, c’est de la concentration. Si on a un flash dans la gueule, on est obligés de s’arrêter, de baisser le rideau, de recommencer. On fout en l’air le spectacle. Là, maintenant, cela commence à se calmer, car c’est la septième pièce que je joue. En Suisse, il n’y a pas eu ce problème. Vous êtes très bien élevés (rires).

Si le théâtre vous avait appelé plus tôt, seriez-vous devenu chanteur?

Non, je serais resté comédien. A la base, ma formation, c’est la comédie. J’ai été au Conservatoire de Paris. J’ai pris des cours avec Georges Chamarat et d’autres grands comédiens. Et puis, la chanson s’est ouverte. J’avais 18, 19 ans! Je sortais de l’armée et je m’y suis engouffré. C’était marrant, d’autant que cela a marché. Je n’allais pas cracher dans la soupe. Alors, j’ai mis le théâtre de côté et je me suis dit que j’y reviendrais un jour. Parce que mon but est de boucler la boucle.

Elle est bouclée, la boucle?

Là, c’est peut-être un peu tôt. J’espère ne pas mourir demain… Mais laissons-nous un peu de temps pour finir la boucle. Cela me ferait plaisir! Si j’arrivais à ça, j’aurais réussi ma vie.

Le succès du film «La famille Bélier» vous a-t-il donné envie de chanson?

La famille Bélier m’a donné un nouveau public. J’ai les gamines maintenant… Des filles entre 8 et 15 ans qui ont acheté le DVD de ma dernière tournée. Et quand elles font un petit spectacle pour leurs grands-parents – c’est ce que m’a raconté une amie – elles chantent Je vais t’aimer et Le Connemara. Cela me fait marrer: ces chansons ne sont pas du tout pour enfants. Si un jour je reviens faire une tournée chanson, cela me fera un tout nouveau public.

Alors bientôt sur scène?

J’en ai envie mais je veux faire une belle tournée pour remercier le public d’être venu pendant cinquante ans me voir. C’est dans ma tête depuis très longtemps. Mais j’ai eu un très grave accident à la voix, j’ai été opéré. Est-ce que je suis encore capable de récupérer ma voix? Je vais faire un travail avec une prof du conservatoire. La vérité est que j’ai 69 ans: évidemment je monte moins haut et cours moins vite qu’avant… On va arranger aussi mon répertoire sans détruire l’esprit des chansons. Mais est-ce que je peux chanter deux heures et demie six fois par semaine? Si je commence une tournée, je ne peux pas annuler à mi-parcours. Personne ne comprendrait.

Quelle différence entre être sur scène au théâtre ou en chanson?

C’est très semblable et à la fois différent. Chanteur, vous regardez le public, la salle, dans les yeux. Au théâtre, vous passez par l’intermédiaire d’un partenaire pour atteindre le public. Mais la sensation est similaire. En chanson, c’est émouvant quand les gens reprennent en chœur votre mélodie. Au théâtre, entendre rire les gens est une vraie émotion. C’est qu’on a gagné. Je n’ai pas de préférence.

N’avez-vous pas peur de vous cantonner au théâtre de boulevard?

J’ai joué la pièce d’Eric-Emmanuel Schmidt (ndlr: «Si on recommençait» en 2014) qui était une comédie dramatique. Ce n’était pas du boulevard. Mais je ne vous cache pas que je suis très Jean Poiret. Vous voyez ce que je veux dire… Je suis très client de ce théâtre. On dit boulevard avec une connotation mais Molière aussi, c’était du boulevard. La comédie fait du bien aux gens. Ils se marrent, ils se détendent. Ils posent sur le côté leur sac à emmerdes rempli d’angoisses, de stress et du boulot. Deux heures moins quart de rire et d’oubli, c’est formidable.

Avec le contexte actuel, ressentez-vous différemment les publics?

En ce moment, le rire fait du bien. Si les gens se sentent mieux en sortant du théâtre, c’est une thérapie. Il y a une pièce extraordinaire de Sacha Guitry intitulée Deburau. Le personnage est face à son médecin qui lui tient toute une théorie. Le médecin dit: «Vous savez, vous devriez aller au Midi – Minuit, il y a un type qui s’appelle Deburau, qui fait rire avec ses mimes et ça guérit les gens.» Le célèbre mime se retourne et on comprend que c’est Deburau lui-même le malade. Et lui sait qu’il va mourir.

Représailles D’Eric Assous, avec Marie Anne Chazel et Michel Sardou Genève, 25 et 26 octobre Saint-Maurice, 14 novembre Morges, 15 et 16 novembre Bulle, 19 novembre

Créé: 09.10.2016, 10h02

A gauche, des gens avouent aimer Sardou. N’est-ce pas inquiétant?

C’est l’effet armoire normande. Vous savez, le vieux meuble de famille qui, au bout d’un moment, a toujours été là et qu’on apprécie parce qu’il appartient à votre vie. De plus, je ne suis plus attaquable parce que j’ai résisté. Et ils sont comme des cons au pied des murailles.

C’est bien, un renouveau d’image?

C’est plutôt mieux. Je ne vous cache pas qu’avoir à chaque fois des mecs qui vous insultent, qui vous traitent de tous les noms, ça ne fait pas plaisir. Surtout qu’au fond, ils se plantent. Je n’ai jamais été le mec qu’ils ont décrit.

Mais c’est vous qui chantiez «Je suis pour», «Les Ricains»…


Avec le temps, j’ai appris que les mots tuent. J’écrivais comme ça venait: la rime, la rime, la rime. Après, j’ai pris 25 ans et j’ai compris que des choses peuvent choquer ou peiner les gens. Et je ne suis pas là pour ça. J’ai commencé à ralentir la cadence. A bosser avec Delanoë (ndlr: célèbre parolier). Maintenant, je connais mon métier et je ne ferais pas les mêmes erreurs. C’est ma part de responsabilité.

Biographie

1947 Naissance à Paris dans une famille d’artistes. Il est le fils de la comédienne Jackie Sardou et du chanteur Fernand Sardou. Il grandit en partie dans les cabarets où se produisent ses parents.

1965 Premier 45 tours, «Le madras», écrit avec Michel Fugain et Patrice Laffont. Chanson anti-hippie.

1967 «Les Ricains» est censurée pour son message pro-américain. Minisuccès d’estime qui fonde son style: provocateur de droite. Barclay rompt néanmoins son contrat en 1969.

1970 Après avoir fondé sa propre maison de disques Trema, il connaît le succès avec «J’habite en France».

1973 «La maladie d’amour» campe 21 semaines à la première place du hit-parade.

1976 «Je suis pour» divise la France. La chanson prône la peine de mort.

1981 «Les lacs du Connemara» et «Etre une femme» monopolisent la bande FM des années ‘80. «Afrique Adieu» et «Musulmanes »seront encore deux pics.

2001 Après avoir acheté le Théâtre de la porte Saint-Martin, Michel Sardou favorise sa carrière de comédien.

2015 Gros succès du film «La famille Bélier» dont la bande-son est un hommage à la variété et surtout à Michel Sardou. Une nouvelle génération le découvre.

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