Passer au contenu principal

PublicationLe théâtre, «art du démasquage» selon Dominique Ziegler

Aussi goûteuses à la lecture que sur scène, six pièces du dramaturge sont réunies dans un volume.

Le dramaturge Dominique Ziegler.
Le dramaturge Dominique Ziegler.
LAURENT GUIRAUD

Le théâtre de Dominique Ziegler est peuplé de personnages équivoques que la postérité a érigés au rang de héros ou de scélérats – portraits bien souvent caricaturaux. Le dramaturge genevois affectionne ces personnalités ambiguës, complexes, opaques, scrutées sous toutes les coutures par une pléiade d’historiens et biographes dont les thèses bigarrées, voire antagonistes, esquissent des figures aussi ambivalentes que fascinantes. Ainsi du mythe Lénine.: «Le nombre d’ouvrages ne facilite pas la tâche du néophyte, tant ils présentent des points de vue et des conclusions radicalement opposés», écrit-il en préambule de son «Rêve de Vladimir». Les péripéties de Vladimir Illitch Oulianov ouvrent un volume de six pièces composées entre 2011 et 2017, publiées chez Slatkine.

Dominique Ziegler creuse dans le terreau historique pour extraire une matière vivante, brûlante, captivante. Sous sa plume, Lénine, Jaurès ou Rousseau dévoilent leurs ténèbres ou leurs fragilités dans des œuvres richement documentées. Le théâtre comme «art du démasquage», selon la formule du dramaturge.

Mais qu’on ne s’y trompe pas: le sérieux n’élude pas le divertissement. Dominique Ziegler est un écrivain volontiers taquin. On l’entend presque rire à sa table, distribuant à ses personnages des répliques enlevées et savoureuses. Il se joue par exemple du fil temporel, distillant ça et là des formules anachroniques. «Mais inlassablement en touche vous bottez», reproche Armande Béjart à son Jean-Baptiste Poquelin empêtré dans l’affaire Tartuffe, dans «Ombres sur Molière». Métaphore sportive en plein classicisme!

La facétie s’empare aussi de la pièce «Le trip Rousseau». Le philosophe des Lumières avait le théâtre en horreur. L’espiègle dramaturge, lui, en tire allégrement toutes les ficelles: apartés, adresses au public, interventions d’un chœur et autres jeux scéniques… Il donne même à son personnage le loisir de l’insulter: «Stupide auteur de théâtre. Amuseur facile, démagogue abject.» Mais, entre deux boutades, c’est un Rousseau tout en contrastes qu’il dépeint.

Féru de grandes figures historiques, Dominique Ziegler pose aussi un regard éclairé sur les mécanismes interhumains et les problématiques sociétales. «La Route du Levant» met en scène les échanges d’un terroriste islamiste et d’un policier. L’auteur revendique ici un art à visée fortement politique: «Dans le contexte de la lutte mortelle entre djihadistes et gouvernements occidentaux, seul le théâtre permet de créer le débat rhétorique inexistant.» Autre continent, autre faction, «Patria Grande» revisite la guérilla des FARC par le pastiche: dans la Calambie (sic!) à feu et à sang, les FOCC (Forces opérationnelles communistes calambiennes) détiennent une certaine Ungrud... Rythmée, vive et ludique, l’écriture de Dominique Ziegler offre autant de plaisir à la lecture que sur les planches.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.