Sandra Gaudin met la réalité en question

Théâtre «Le Cabaret des réalités» est attendu à Plan-les-Ouates le 29 mars. Rencontre.

Dans «Le Cabaret des réalités», Sandra Gaudin plonge dans
les rêves et les illusions avec l’espoir d’y voir, peut-être, un peu plus clair. Ou autrement…

Dans «Le Cabaret des réalités», Sandra Gaudin plonge dans les rêves et les illusions avec l’espoir d’y voir, peut-être, un peu plus clair. Ou autrement… Image: PATRICK BUEHLER

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Vos certitudes rationalistes sont fermement établies, mais vous cherchez à les mettre à l’épreuve? Alors, il vous faut peut-être faire un tour au «Cabaret des réalités», du nom de la pièce que Sandra Gaudin met sur orbite mardi 5 mars au Théâtre Benno Besson, à Yverdon.

Inspirée par la pensée magique d’Alejandro Jodorowsky – l’un des rares chamans dont la modernité avancée aurait accouché –, cette création entend faire vaciller le socle de vos convictions les plus basiques, prosaïques et scientistes. Vous doutez? Ou, au contraire, vous ne doutez pas assez? Accrochez la ceinture de sécurité de votre entendement et prenez un petit avant-goût philosophique de ce spectacle qui cherche à bousculer les conceptions conventionnelles! Ou détachez-la plutôt! Rencontre avec la metteuse en scène Sandra Gaudin en pleines turbulences artisticométaphysiques dans son fief ensoleillé de Lutry.

«Que ce soit dans les neurosciences, en psychologie ou dans d’autres disciplines, la notion de réalité – qui veut tout et rien dire – est en train de changer de paradigme, notamment grâce aux conceptions de la physique quantique, qui commencent à être mieux acceptées et intégrées. Elles permettent d’élargir le monde au-delà de la simple perception que l’on peut en avoir. La physique classique se cantonnait à ce que l’on peut voir et, à la fin du XIXe, on estimait qu’il nous restait 5% de connaissances à acquérir pour comprendre l’univers dans son intégralité. Avec la théorie de la relativité et la mécanique quantique, beaucoup de choses commencent à être remises en question, et cette recherche m’intéresse.»

OK, vous suivez toujours? Rassurez-vous, dans son «Cabaret» la femme de théâtre ne va pas vous bassiner avec des théories et des formules absconses, mais plutôt jouer avec des personnages qui sont autant d’instances aux prises de position outrancières.

«Il y a par exemple un personnage hermaphrodite, hémiplégique et bipolaire.»

Dans le sillage de l’artiste franco-chilien Alexandro Jodorowsky – qui fait une apparition, enregistrée, dans le spectacle –, la poésie et l’humour se déploient en perspectives de choix pour renverser les évidences, interroger les conceptions trop rassurantes.

«Une des perceptions remises en cause est celle qui nous voit comme des êtres séparés, individualistes, additionnés dans un grand univers. Des entités si distinctes qu’elles en deviennent emprisonnées en elles-mêmes! On peut aussi être attentif à l’unité des interrelations, aux phénomènes de concordance, de simultanéité.»

Ce changement d’axe, ici ludique, cherche à s’extirper des conditionnements d’une vision scientifique trop classique.

«Celle qui nous dit que la matière est solide, que la terre est plate, en somme. J’aime beaucoup cette idée de Jodorowsky d’un univers qui nous rêve. Cela permet déjà de penser différemment la question de la conscience: est-elle intérieure ou extérieure?»

Vertige. Revenons sur terre pour y trouver matière à réflexion concrète, voulez-vous?

«Si l’on considère que l’univers nous renvoie nos vibrations à la manière d’un miroir, des pensées telles que «je suis amoureux mais» ou «je ne vais pas y arriver» ont tendance à confirmer nos positions, à les maintenir. Il y a là matière à se remettre en question, à cesser de mettre la faute sur les autres et à devenir acteur de sa vie.»

À une époque où l’idéologie victimaire ne cesse de faire de nouveaux adeptes, l’argument ne manque pas de sel.

«Les thérapies narcissiques qui tournent autour du nombril de chacun sont à la mode. Se poser au centre du monde n’aide pas à se responsabiliser, avec le bénéfice secondaire d’un certain confort, la caution au manque d’envie de s’en sortir.»

Et il y a du boulot puisque, selon des sociologues, 90% de la population appartiendrait, à un titre ou un autre, à une minorité!

Ces territoires n’en sont pas moins semés d’embûches, car ils ne croisent pas seulement le sens commun, mais aussi tout un pan du développement personnel. «Einstein ou Jodorowsky n’ont pas peur de mélanger science et mystique, art et ésotérisme. Il faut un certain courage pour occuper ces champs, car on brave la peur du religieux, le soupçon du sectarisme. Il y a un tabou autour de ces symboles.»

Car les gourous se transforment aussi très vite en grands barjots. Sandra Gaudin ne résiste pas à l’envie de mentionner David Icke, penseur conspirationniste américain, qui surfe avec succès sur les peurs contemporaines. «Il estime que nous ne sommes que des pixels régentés par des archontes reptiliens – Trump en serait un! – qui se nourrissent des émotions humaines. Plus nous serions angoissées et mieux ils seraient alimentés…»

À l’ère des fake news, «Le Cabaret des réalités» se propose donc de faire entrer sur la piste plusieurs numéros aux illusions bien tassées. Et où se trouve la porte de sortie? «Si la vie est une illusion, choisis la plus belle des illusions: vis, vis à fond!» nous dit Alejandro Jodorowsky.

Espace Vélodrome à Plan-les-Ouates, vendredi 29 mars à 20 h
Infos sur: plan-les-ouates.ch/agenda

Créé: 14.03.2019, 07h25

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