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SpectacleRaid époustouflant sur la ville avec «ZUP»

Après des mois de suspense, on sait à quoi ressemble ce show dédié aux cultures urbaines, danse et glisse mêlées.

Le spectacle ZUP est joué à Plainpalais jusqu'au 11 octobre.

La première minute de ZUPest à couper le souffle, la dernière aussi. Des gradins en pente sèche, on plonge sur le skatepark de Plainpalais, mis sous cloche pour trois semaines de représentations. La lumière éteinte, des lignes blanches courent à l’assaut des vallons de béton. Elles sautent les obstacles comme plus tard les riders et impriment leur marque sur le décor. Le bowl prend vie, il devient ville. Il respire, ses courbes se soulèvent, son cœur palpite, on l’entend battre. Il va connaître tout au long du spectacle tantôt la nuit, tantôt le jour, le sang et le feu, la foudre, la neige et l’océan, le trottoir, le désert et les cimes. Le mapping vidéo de Cosmo AV, réalisé par David Mathias et Philipp Contag-Lada sur des idées et visuels créés par Nicolas Musin, est une œuvre d’art en soi, une peau tissée de velours et de soie, stupéfiante.

Bande-son sur mesure

Mais elle serait une coquille vide sans l’univers sonore qui l’irrigue. Tim Paris a magistralement relevé le gant jeté par la Compagnie Urbaine: composer une bande-son sur mesure pour ZUP qui évoquerait la ville et le monde de la nuit. L’ancien DJ de 40 ans – qui mixait au Rex à Paris quand il en avait 19 – a capté les codes de la culture urbaine après s’en être imprégné pendant des mois. «Je cherche à osciller entre les bruits habituels qu’on entend dans la rue, des basses, très techno et house, et des sonorités empruntées à toutes les musiques: violoncelle, piano, une voix proche de l’opéra ou des percussions africaines», nous expliquait-il il y a six mois. «La difficulté, c’est de garder à l’esprit la cohérence du spectacle et, surtout, que les artistes se sentent bien pour danser et évoluer sur la musique.»

C’est le cas, à l’évidence. Au fond de la «scène», une femme attend, aux aguets. Elle est évidemment superbe, féline, tentatrice, et évidemment en rouge. Georgia Curtis est «Elle», le personnage féminin central de ce conte urbain. A l’instar des comédies musicales, ZUP a besoin d’un fil conducteur et d’un prétexte à la succession de moments de bravoure artistique. Ce ruban narratif, hélas bien pauvre, sera l’histoire d’amour avortée de la femme écarlate avec «L’homme», joué par un Laurent Deshusses en costard et T-shirt marine. Egaré dans ce dédale, il perd le nord, malgré la présence réconfortante de son double figuré par Jean-Philippe Meyer. «L’homme» serait différent s’il faisait corps avec la ville: un elfe de la nuit, svelte et blond, traçant sa route comme une étoile filante. Ou ce danseur sombre et sauvage qui plaque «Elle» contre lui avec grâce.

Comètes et corps céleste

Le béton grouille, les trottoirs se peuplent, vingt danseurs suintent de partout et habitent le plateau. D’abord cachés sous des couvertures couleur mapping, ils dévoilent bientôt leur identité. Leur énergie épatante. Ils épousent la musique et s’accouplent au décor. La plupart sont issus de la danse underground et du hip-hop, beaucoup possèdent aussi une base classique irréprochable, qui assure la maîtrise de chaque mouvement. La voltigeuse Oona De Cleyn, exquise, s’échappe par les airs d’une boîte, poste de télévision ou HLM, à la suite d’un drone. Elle esquisse le dessin d’un corps céleste.

Déferlantes de riders

Autres comètes, furieuses et virevoltantes, les riders déferlent. Il était temps! Ces hommes montés sur roues et roulettes se répandent comme du vif-argent dans les plis des bowls. Patins, planches et petits vélos pulvérisent les longueurs d’un spectacle dont le ventre est un peu mou. L’électrocardiogramme du public s’emballe illico. On voudrait que le ballet des BMX, des rollers et des skateurs ne s’arrête jamais. Une trottinette passe, une seule, très vite. Caryl Cordt-Moller le traceur, l’as du parkour, bondit dans les creux et rebondit sur les tranches comme un boomerang de caoutchouc. Foulant avec une aisance et un talent invraisemblables le tapis somptueux du mapping, ces peuples du bitume confèrent à ZUP nerf et muscles.

Ils viennent de quitter la scène et déjà, on se prend à guetter leur retour. A choisir un héros. A préférer les rollers aux BMX, les BMX aux skates. Et à regretter que le metteur en scène et chorégraphe Nicolas Musin n’ait pas pris plus souvent le risque de mêler intimement danseurs et riders sur le plateau. Les scènes souvent longuettes où les danseurs sont seuls gagneraient à être décoiffées par le passage, en arrière-fond, des virtuoses de la glisse.

A peine a-t-on formulé secrètement ce souhait que le tableau final, magistral, vient le combler. Un large tapis vermillon court sous les pieds des danseurs. Tous en scène, tous en smoking, les artistes de ZUP livrent au public une formidable décharge d’adrénaline urbaine. Avant de se répandre sans façon dans les rues.

«ZUP»par la Compagnie urbaine, pavillon éphémère sur le skatepark de Plainpalais, jusqu’au 11 octobre. Billets: www.lacompagnieurbaine.com et Fnac

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