Passer au contenu principal

ThéâtrePhilippe Saire dirige des anges

Le chorégraphe monte sa première pièce de théâtre, «Angels in America», à la Comédie. Interview.

Scène issue de la pièce de théâtre «Angels in America».
Scène issue de la pièce de théâtre «Angels in America».
Philippe Weissbrodt

À force d’explorer ce qu’il nomme la «physicalité du texte» avec ses étudiants de la Manufacture, Philippe Saire a franchi le pas. Le chorégraphe lausannois plonge dans le matériau textuel. «Angels in America» est sa première mise en scène d’une pièce de théâtre. Un spectacle créé en novembre dernier à l’Arsenic de Lausanne, à l’affiche de la Comédie de Genève jusqu’au 18 janvier.

Comment avez-vous découvert ce texte de Tony Kushner?

Comme beaucoup de gens, je l’ai découvert par la minisérie adaptée de l’œuvre de Kushner, diffusée en 2003. Puis je suis retombé sur cette pièce car je suis toujours à l’affût de textes de théâtre à travailler avec mes étudiants à la Manufacture. Plus je me suis plongé dedans, plus je l’ai trouvé magnifique. J’ai notamment été saisi par la forme d’écriture très caustique, dotée d’un humour salvateur.

Pourquoi monter ce texte qui plonge dans les «années sida», alors que la situation a énormément évolué?

J’estime justement qu’il est important de se replacer dans les débuts de l’épidémie, sachant que la problématique commence à se résoudre. Aujourd’hui, les personnes atteintes du VIH prennent des traitements de moins en moins lourds, les médicaments leur permettent de ne plus être contagieux, et la PrEP (ndlr: médicament donné à des personnes séronégatives mais exposées au virus) se diffuse de plus en plus. Mais en même temps, la stigmatisation est toujours présente. Il me semble pertinent de revenir sur l’aspect historique de cette épidémie qui a frappé toute une génération. Et qui, paradoxalement, a accéléré la reconnaissance des droits des homosexuels.

Comment avez-vous vous-même vécu cette période?

J’ai vécu les années sida comme une époque de grande peur. J’en étais arrivé à un moment de ma vie où j’avais accepté mon homosexualité, et cette épidémie est tombée comme un couperet. Il y avait cette idée très forte de punition, ça a été très violent. Un coup de frein énorme. C’est d’ailleurs ce qui se passe dans «Angels in America»: il est question des effets de la maladie sur les personnes, sur l’intime. Cela dit, la pièce ne parle pas que de cela. Je dirais même que ce n’est pas le thème principal.

Elle traite davantage des conséquences d’un fléau, quel qu’il soit?

Oui, ce texte parle avant tout de la manière dont un fléau affecte la vie des gens, de relations de couple qui sont altérées, de la façon dont les personnes se battent pour s’en sortir. Il est aussi question de la culpabilité, du pardon.

Le texte de Tony Kushner est long et dense. Comment l’avez-vous réduit?

Nous avons fait un travail de broderie avec ma dramaturge, Carine Corajoud, car la pièce est composée d’une myriade de petites scènes où l’on apprend plein de petites informations qui permettent à l’intrigue d’avancer. Cela a été fastidieux, mais nous avons réussi à ramener la durée de la pièce à deux heures et demie, alors qu’elle oscille entre cinq et six heures si elle est montée en entier. Cela représente tout de même trente-neuf scènes, dont certaines sont très brèves. Il fallait avant tout conserver la structure de la pièce, qui se décline en deux parties. Dans la première, les choses s’écroulent, se délitent. Dans la seconde, tout se reconstruit, mais avec des alliances improbables, des soutiens inattendus. Par exemple, une femme mormone va soutenir un personnage atteint du sida.

Comment intégrez-vous la danse dans ce spectacle?

Supprimons ce mot et parlons plutôt de mouvement. Les gens qui veulent voir de la danse vont être déçus (rires). L’idée est de travailler avec les comédiens sur les intentions cachées des scènes et de composer des partitions physiques avec eux. C’est une mise en scène qui part du corps.

La pièce est fortement ancrée dans les années Reagan. Avez-vous conservé ce matériau politique?

Nous l’avons simplifié, mais il est indissociable de la pièce car c’est une fresque. Si l’on supprime cet aspect, cela devient une histoire de couples. De plus, les années Reagan sont très intéressantes car il existe des liens avec l’Amérique d’aujourd’hui. Le slogan de Reagan, «Let’s make America great again», a été repris par Donald Trump. Un des personnages de la pièce, Roy Cohn, avocat véreux qui a condamné l’homosexualité tout en ayant des relations avec des hommes et qui est décédé du sida, a réellement existé. Il a été le bras droit de Joseph McCarthy… mais aussi conseiller de Trump. Il l’a aidé à sortir de petites magouilles immobilières.

«Angels in America» à la Comédie de Genève jusqu’au 18 janvier. «www.comedie.ch»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.