Philippe Cohen se glisse dans la peau de Candide

ScènesÀ la Cité Bleue, l’humoriste genevois revisite le fameux roman de Voltaire. Toujours actuel…

Philippe Cohen dans une séquence «Roman-Gravure» proposée à un moment du spectacle. Ce mix entre théâtre et cinéma permet au personnage de Voltaire de précipiter le récit.

Philippe Cohen dans une séquence «Roman-Gravure» proposée à un moment du spectacle. Ce mix entre théâtre et cinéma permet au personnage de Voltaire de précipiter le récit. Image: DR

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Avec la Compagnie Confiture, Philippe Cohen n’aime pas seulement étaler la culture, selon la fameuse formule popularisée par ses pairs. Adepte de la réplique qui fait mouche, l’humoriste genevois détourne volontiers les grands classiques de la scène, histoire de leur redonner un coup de jeune. Après avoir notamment déconstruit Le Cid de Corneille à travers un mythique Cid improvisé, le voilà qui s’attaque à Voltaire. Dans son viseur, rien moins que Candide. le texte le plus fameux du philosophe des Lumières.

Sur scène, l’imagerie, pensée par le metteur en scène Gaspard Boesch oscille entre la gravure classique et le monde d’aujourd’hui. Même mouvement du côté de la musique, réalisée par Manuel Cohen, qui balance entre le XVIIIe siècle et le moderne, avec notamment du slam. Rien d’étonnant finalement, car ce Candide, écrit il y a plus de 250 ans, demeure étonnamment actuel, comme l’explique Philippe Cohen…

«Il est frappant de constater à quel point les voyages de Candide à travers le monde, qui sont supposés être fantaisistes et humoristiques de Candide, ressemblent aux actualités de notre époque. D’ailleurs mes personnages – je donne notamment la parole à un enseignant et deux élèves - évoquent cela de manière assez précise. Violence, persécutions, esclavage, guerres… il y a vraiment des résonances incroyables entre Candide et ce que l’on vit aujourd’hui.

Rien n’a changé finalement entre le siècle des Lumières et maintenant?
C’est incroyable comme cela correspond cruellement. Ce qu’on est en train de vivre actuellement, c’était déjà les horreurs décrites par Voltaire et subies par Candide lors de ses voyages. Bien sûr, Voltaire lui faisait effectuer une promenade extrêmement facétieuse et humoristique. Mais il déployait là toute son ironie. Il raconte des faits horribles avec un humour tout à fait dévastateur. Son actualité est totalement en adéquation avec les problématiques dont on débat aujourd’hui.

«Tout est bien, tout va bien», répète en boucle Candide. Un avant-goût de la méthode Coué?
Voltaire donne la parole à des personnages pleins d’enthousiasme, d’espérance et de crédulité envers la bonté humaine. On le vérifie à travers les propos de Pangloss, le précepteur de Candide, propos que Candide adopte lui-même. Son héros cherche à tirer le meilleur de ce qu’il voit. Il découvre l’optimisme, un concept qui n’existait pas auparavant. Cet optimisme-là, Voltaire le met à l’épreuve de la cruauté du monde. Pour le lecteur de l’époque, et pour le spectateur aujourd’hui, il y a un affrontement terrible. On a envie de croire à la nature humaine, à l’écoute et à la tolérance. Et malheureusement on se retrouve toujours confronté au délire autoritaire, aux abus de pouvoir, à la prévarication et à la corruption.

Par rapport au texte de Voltaire, vous avez beaucoup modifié?
Certains passages correspondent vraiment au texte original. D’autres sont de ma plume. Parfois j’interroge Voltaire. Là, j’ai inventé, ou utilisé des documents historiques qui m’ont permis d’apporter des réponses, ou en tout cas des éléments de réflexion. Je passe aussi la parole à des personnages historiques qui l’ont connu.

Avec Candide, vous improvisez comme autrefois avec Le Cid?
Pas du tout. J’ai écrit quelque chose de précis, pour changer de registre. J’ai vraiment imaginé des correspondances entre les époques.

«Cohen s’explique avec le Candide de Voltaire», jusqu’au 10 décembre, Théâtre Cité-Bleue, 46, av. de Miremont. Ma, me, ve 20h, je, sa 19h, di 17h.

(TDG)

Créé: 29.11.2017, 10h36

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