Ce diable de Porras réveille «L’histoire du soldat»

Tout publicAm Stram Gram reprend le chef-d’œuvre de Stravinski et Ramuz créé en 2003 par l’honoré Teatro Malandro.

Imaginés par Ramuz et Stravinski, rendus vivants par Omar Porras, le Soldat (Joan Mompart) et le Diable (Porras «himself») dans leurs quêtes contraires.

Imaginés par Ramuz et Stravinski, rendus vivants par Omar Porras, le Soldat (Joan Mompart) et le Diable (Porras «himself») dans leurs quêtes contraires. Image: ELIZABETH CARECCHIO

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On l’a crié sur tous les toits, 2014 fut pour Omar Porras l’année de la consécration. Une prestigieuse récompense nationale, une nomination à la tête d’un théâtre lausannois de renom, une monographie dédiée à son œuvre et un gros succès public: le créateur du Teatro Malandro atteignait le faîte de la gloire.

Mais 2015, 25e anniversaire de sa compagnie, ne s’annonce pas mal non plus. Ainsi auréolé, le Colombien ayant fait son nid à Genève recrée, avant de prendre les rênes du Kléber-Méleau cet été, deux des titres qui l’ont porté au zénith. D’abord cette Histoire du soldat en musique, présentée à guichets fermés au même Théâtre Am Stram Gram qui l’avait révélée en 2003. Puis, en avril prochain, La visite de la vieille dame de Dürrenmatt (reprise pour la deuxième fois après sa création en 1993), au Théâtre de Carouge.

Fédérer les genres et les styles

On a copieusement glosé aussi sur les raisons d’un pareil triomphe. Revoir la pièce de théâtre musical conçue conjointement par le compositeur russe et l’écrivain vaudois telle que Porras lui donne vie sur scène permet clairement d’adjoindre quelques hypothèses à la certitude du talent. Celles-ci se résument à un qualificatif: fé-dé-ra-teur! Associée à l’artiste, une vertu à laquelle la Suisse se montre tout particulièrement sensible.

La partition de Stravinski, déjà en 1918, jouait les mixers de génie. Magistralement interprétée en fosse par sept musiciens de l’Ensemble Contrechamps (sous la conduite de Benoît Willmann), elle croise valse, tango, ragtime, marche, jazz et chant lyrique – un chatoiement qui n’est pas sans annoncer les musiques de film signées Nino Rota plus tard. Quant au livret de Charles Ferdinand Ramuz, c’est au mythe faustien qu’il s’abreuve en l’adaptant à un style valdo-russe.

Un violon contre un grimoire

Aussi c’est sur la route qui relie Denges à Denezy qu’on cueille ce Soldat Joseph (Joan Mompart) pressé de rentrer chez lui en perm, son cher violon sur le dos. Or il y fait la rencontre d’un vieillard quant à lui chargé d’un livre prophétique. Le troc a tôt fait de s’effectuer: le vieux aura l’âme; au poilu les pouvoirs. Mais les trois jours nécessaires à l’échange des savoirs s’avéreront trois années, et le croulant se révélera être le Diable (Omar Porras). A son retour, l’entourage de Joseph se sera habitué à sa longue absence, et sa fiancée se sera unie à un autre. Tandis qu’il essaiera de rompre le pacte maléfique et recouvrer son indissociable instrument, ses aventures conduiront le soldat à se consoler auprès d’une princesse, ce qui n’empêchera pas l’enfer de l’engloutir au bout du compte…

Les nombreux enseignements qu’il a reçus au cours de sa carrière, le metteur en scène de 51 ans les met à profit dans cette reprise, qui n’en porte que davantage sa propre signature. Avec des décors et des masques reconstruits depuis 2003, on y décèle parmi mille couleurs, artifices, images et postures les influences hybrides de la Commedia dell’Arte, du théâtre d’ombres, du théâtre balinais, de l’art du clown, de la pantomime, du cinéma (quelque part entre Fellini et Tim Burton) ou même du Grand-Guignol!

Visuellement, son spectacle ressemble à un feu d’artifice de teintes et de trouvailles, d’accessoires et de phosphorescences – avec du reste une demi-douzaine d’explosions littérales à la clé. Aux antipodes de tout réalisme, la poésie des corps répond aux notes du basson, les bonds des acteurs font écho aux rythmes des percussions, l’expressivité des masques porte les envolées du violon. De quoi émerveiller les enfants – dès 7 ans –, y compris ceux qui sommeillent en leurs parents.

A tous niveaux, on le voit, Omar Porras fédère. Les publics, les styles, les traditions. Cerise sur le gâteau, son théâtre du monde converge sur Genève, la provinciale cosmopolite. Il y a là de quoi fêter un art qui fête. Avec le seul risque, au pire, de se perdre dans les fioritures…

L’Histoire du soldat Am Stram Gram, jusqu’au 3 février, 022 735 79 24, www.amstramgram.ch. Puis au Théâtre de Beausobre, à Morges, du 6 au 8 février, www.beausobre.ch (TDG)

Créé: 23.01.2015, 16h26

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