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HumourQuelque part dans le cosmos, Yann Marguet a réussi son coup

Les interrogations existentielles du comédien portent un spectacle intelligent et drôle.

Lausanne, mai 2019: Yann Marguet répète son spectacle «Exister, définition» au Théâtre Boulimie.
Lausanne, mai 2019: Yann Marguet répète son spectacle «Exister, définition» au Théâtre Boulimie.
ODILE MEYLAN

De toutes les expériences de vie que Yann Marguet partage dans son spectacle, du tendre privilège de se faire tamponner la raie des fesses en hurlant joyeusement (période bébé) à la torture d’un vol Istanbul-Genève assis à côté de «l’enfant de l’avion» (période adulte enrobé), il manquait celle de se présenter à son public pour la première fois en chair et en os. Période vedette amincie.

Car si chacun d’entre nous, tôt ou tard, a connu comme lui le bonheur d’une main cajoleuse poudrée de talc et l’horreur d’un gamin braillard en espace clos, Marguet possède pour lui seul cet exploit d’avoir rempli à l’avance 40 salles sans avoir jamais vraiment posé une semelle sur scène. Si une «existence» devait avoir une «définition» (le titre de son spectacle), vivre de tels moments pourrait en faire partie.

Il y a donc une part d’exploit sportif derrière l’attente strictement humoristique, voire artistique au regard des hautes aspirations existentielles du texte, mis en scène par Frédéric Recrosio, amateur lui aussi de spectacles «à sens». Mais plutôt que les relations entre garçons et filles, qu’affectionne le Valaisan, le Vaudois de 34 ans interroge carrément le sens de la vie, notre place dans l’univers, le caractère inéluctable de la mort et toutes ces sortes de choses. Vaste programme, dirait l’autre, que ni Descartes ni les Monty Python n’ont épuisé.

Disons-le tout cru: Marguet assure. Son côté bonhomme, «façon branle-cul mains dans les poches», ne devait pas lui jouer des tours, nous prévenait-il. Pourtant, sa décontraction naturelle lui fait endosser avec une aisance bluffante son nouveau rôle de comédien, qui connaît assez bien son texte sans devoir s’y accrocher comme à un câble de téléphérique et ose laisser exister son tempérament brut. Dans un jeu convenu mais efficace entre une voix off et lui-même, le barbu à bonnet se laisse entraîner dans les vertiges du cosmos et du microscopique, réquisitionnant pour nourrir sa thèse Stephen Hawking (physicien anglais), Fabienne (animatrice de catéchèse à Sainte-Croix) et Patrick (pote).

Face au néant qui l’assaille et le titille, Yann Marguet s’agace, tonne et tempête – et, dans ces emballements verbaux, trahit éventuellement une pointe de nervosité, tout comme la «mélodie» de sa récitation reflète parfois «l’école Recrosio». Mais il garde pied et permet au spectacle de quatre-vingts minutes une dynamique confortable, jouant efficacement entre un texte intelligent et des saynètes didactiques hilarantes où son mauvais esprit cartonne à plein. On savait par la radio filmée toute l’efficacité comique de sa joyeuse grossièreté, que lui autorisent sa bonne bouille et son glossaire des expressions vaudoises pur jus de papet. On a découvert sur scène une expressivité corporelle insoupçonnée qu’il creusera sans aucun doute plus encore ces prochains mois en apprivoisant les planches.

Et le sens de la vie, au fait? Naître et survivre, à l’exemple de la population terrestre en l’an 536, élue pire année pour exister, ou de la courageuse douve du foie, qui se perpétue d’anus de mouton en cerveau de fourmi. Procréer, mais Marguet n’est pas trop chaud. Sinon? S’occuper. «Acheter des sacs.» Aller sur Facebook. Faire des cafés. Faire des spectacles. «Et si finalement la seule raison de l’univers était pour que j’existe, moi?» philosophe-t-il en observant que tout ce qui précède sa naissance, en 1984, en ce qui le concerne, était assez inintéressant. «Je suis mon monde», disait Wittgenstein. Et le public, soudain, de douter: et si l’existence de chacun dans la salle n’avait eu d’autre but que de permettre à Yann Marguet de monter ce soir-là sur scène pour faire son intéressant? Vertige!… Tout bien pesé, il y aurait des buts moins marrants. Alors le public explose en applaudissements, bien réels.

Yann Marguet, «Exister, définition»

Du 11 au 16 juin, Théâtre Pitoëff. 20 h 30. Di 17 h. Complet

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