Les artistes et les autres: à la soupe!

ScènesLe Galpon a procédé vendredi à un nutritif «lancer de saison».

Les cabarettistes Agnès, Greta, Agnès bis et Loulou ont prêté leur pétulance à la présentation de saison 18-19 du Galpon, sous l'ironique intitulé «Qu'ils crèvent les artistes!».

Les cabarettistes Agnès, Greta, Agnès bis et Loulou ont prêté leur pétulance à la présentation de saison 18-19 du Galpon, sous l'ironique intitulé «Qu'ils crèvent les artistes!». Image: MAGALI GIRARDIN

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«Bravo! Bravo! Applaudissements! Bravo!» Les vivats ordonnés par Agnès, Greta Gratos, Agnès encore et la non moins légendaire Loulou des nuits genevoises signalaient vendredi le commencement, et non la conclusion, de plusieurs impromptus venus ponctuer le «lancer de saison» du bord de l’Arve. C’est qu’on avance un peu à reculons, cette année, au Théâtre du Galpon: ses codirecteurs Gabriel Alvarez et Nathalie Tacchella usent ouvertement de sarcasme en baptisant leur saison 2018-19 «Qu’ils crèvent les artistes!»

Empruntée au Polonais Tadeusz Kantor, l’exclamation se veut une allusion à la précarisation des intermittents causée par l’actuelle politique culturelle – notamment la répartition des tâches entre Ville, État et communes genevoises, à l’heure où se profilent d’onéreux paquebots tels que la nouvelle Comédie ou le Pavillon de la danse. Soucieux de maintenir à flot une création locale plurielle et vivace, capable d’agir comme «levier critique pour interroger le fonctionnement de notre société», les hôtes du Galpon ont appuyé l’ironie de leur slogan en servant généreusement à chacun une riche soupe fribourgeoise.

La pitance, accompagnée d’un grisant cocktail du nom de Palomita, bouillait sur place dans la marmite d’une cantinière militaire du siècle passé, elle-même traînée jusqu’au chemin des Péniches par un majestueux tracteur en provenance de Choulex. Tout autour, sur l’esplanade et à l’intérieur du bâtiment, les équipes programmées sur les mois à venir étaient invitées à disposer divers objets en guise d’avant-goûts de spectacles. Y figuraient: un manifeste déroulé à même le sol, la septuagénaire Déclaration des droits de l’homme inscrite en direct à la craie, un barbecue électrique incapable de sustenter son homme, les services d’un écrivain public, une installation sonore diffusant du Dalida («moi je veux mourir sur scène…»), ou une marionnette à l’effigie du chien soviétique envoyé dans l’espace, Laïka…

Au titre volontairement provocateur de la saison répond une préoccupation marquée pour la représentation du corps, qui se dégage des thèmes abordés – corps absents, perdus, vieillissants ou mutilés. Le Galpon entend ainsi nourrir artistes et publics en vue de cataclysmes futurs: «Nous ne voulons pas jouer les Cassandre, mais… Il faut nous unir pour défendre nos conditions de travail!» a clamé Gabriel Alvarez. Une rasade de soupe pour l’estomac, donc, et de la moelle substantifique assurée au gré de l’an par – en vrac – Valérie Liengme et Marc Bermann, Madeleine Raykov et Mirjana Farkas, Nadège Reveillon et Agnès-Maritza Boulmer, Dorothée Thébert et Filippo Filliger, ou encore les danseuses Caroline de Cornière, Melissa Cascarino, le passeur Claude Thébert, ou le festival queer Rature. Sans oublier les propositions d’Alvarez et Tacchella eux-mêmes. À ce Galpon redéfini comme garde-manger de la liberté artistico-politique, tous ont adressé leurs «hourras».

Théâtre du Galpon Programme et billetterie sur www.galpon.ch

Créé: 27.08.2018, 16h15

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