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ThéâtreUne aristo poursuivie par la meute

Jean Liermier modernise «La fausse suivante», avec Brigitte Rosset en vraie noble.

La comtesse Rosset trouvera l’amour auprès d’une Rébecca Balestra travestie.
La comtesse Rosset trouvera l’amour auprès d’une Rébecca Balestra travestie.
CAROLE PARODI

Sur la scène de la Cuisine, avec sa perruque brune de mémère BCBG, elle tire nerveusement sur son jersey. Au téléphone où on l’attrape juste avant la première, sa voix juvénile ruisselle sur les galets de gouaille qu’a déposés son vécu. On a l’habitude, Brigitte Rosset fait des prouesses. Et pourtant, ses spectacles d’humour révèlent d’elle une fille toute simple, presque ordinaire. La parole à une surdouée du camouflage.

Vous aimez alterner solo et travail d’équipe. Vrai?

Je dirais même que j’ai besoin de naviguer entre les deux. Le plaisir est très différent dans les deux cas. Sur la production présente, je suis par exemple ravie de retrouver des camarades de jeu. Dans mes solos, le rapport au public est plus intense. Je me livre autrement.

En plus de Christian Scheidt, votre partenaire dans le récent «Dragon d’Or», vous retrouvez Jean Liermier pour la troisième fois. Vous êtes en terrain connu?

Non, et c’est ce qui me plaît. À chaque début de projet, on est démuni. Et les expériences que j’ai partagées avec Jean ont été très différentes. Entre «Harold et Maude», «Les Boulingrins» et cette «Fausse suivante», les styles tranchent. Comme Jean est très à l’écoute de l’auteur, sa manière d’aborder le travail varie en fonction. Il n’y a pas de recette. J’affectionne particulièrement ce travail-ci, parce que je me confronte à quelque chose de nouveau pour moi: Marivaux. Je l’avais certes étudié en Lettres, et je me rappelle «Les Acteurs de bonne foi» qu’avait monté Claude Stratz à la Comédie. Je me souviens du credo: «Il faut faire semblant de faire semblant.» Mais à l’époque, je n’avais pas perçu la richesse de son langage, son fameux «inconscient».

Comment décririez-vous votre personnage?

C’est une femme qui croit en l’amour, d’où une naïveté et une vulnérabilité particulières. Porteuse d’une éducation chargée de principes, quand soudain elle tombe amoureuse, elle est complètement perdue. Du coup, elle devient la cible d’une petite société très cruelle. J’ai d’autant plus de plaisir à l’interpréter que notre rencontre n’a pas été évidente. Il y a des gens avec lesquels on ne devient pas tout de suite copain, on ne sait pas très bien comment communiquer, et les détours finissent par enrichir la relation. J’en déduis que le rôle a été voulu complexe dès l’origine. Il m’a fallu du temps pour accepter d’être malmenée avec elle – consciemment dans mon cas, inconsciemment pour la comtesse.

L’appât du gain n’est pas le seul point commun entre les XVIIIe et XXIe siècles...

La brutalité des rapports humains reste dans les deux périodes liée à l’argent. On est prêt à renoncer à l’amour de quelqu’un simplement parce qu’un ou une autre en a plus. Sans aucun scrupule. À la fin de la pièce, aucun personnage ne fait de mea culpa. Il y a des effets collatéraux, des gens qui souffrent, mais ce n’est pas plus grave que cela.

Quelle est l’incidence du travestissement sur la question du genre?

Moi qui ne me suis jamais interrogée sur mon orientation sexuelle, quand j’ai Rébecca Balestra en costume masculin devant moi, je suis très troublée. Lorsque le Chevalier finit par se démasquer, on se demande si la comtesse a aimé l’homme ou la femme. Une fois réalisé ce coming out, la comtesse serait-elle empêchée de convoler avec la fausse suivante? Sur le plateau, on propose une solution sans parole… Marivaux s’interrogeait à coup sûr sur les amours hétéro ou homosexuelles, mais pas sur les questions de genre auxquelles on s’intéresse aujourd’hui.

Vous venez de perdre votre mère. Jouerez-vous pour elle?

Absolument. Je suis arrivée en retard le premier jour des répétitions car on la transférait aux soins palliatifs. Ma maman était fan du Théâtre de Carouge. Elle avait pris l’abonnement cette année en se réjouissant de me voir enfin jouer dans un truc sérieux! Avec toutes ces circonstances, ce spectacle est teinté différemment, pour moi. Le théâtre m’a aidée. Il a pris le dessus. Brigitte est là en filigrane, mais, au présent, je deviens la comtesse. Il n’y a de place pour rien d’autre.

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