Yan Duyvendak fait œuvre de bienfaisance pour les requérants

La Bâtie-Festival de GenèveAvant les communes de Vernier ou Satigny, le spectacle itinérant de théâtre documentaire «Actions» est passé par Versoix. Résultat mitigé.

A Ancône en juin dernier, «Actions» a frappé fort.

A Ancône en juin dernier, «Actions» a frappé fort. Image: GIULIA DI VITANTONIO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La «performance» n’est pas un vain mot dans l’œuvre de l’artiste hollando-genevois Yan Duyvendak. Il suffit de penser à Please, Continue (Hamlet), créé en 2011, qui organisait en bonne et due forme un procès soumis au verdict du public, pour mesurer la foi du créateur en l’efficacité tangible, immédiate et politique du théâtre. L’activiste franchit aujourd’hui un pas supplémentaire en intitulant purement et simplement Actions le nouveau spectacle qu’il cosigne avec le cinéaste et plasticien genevois Nicolas Cilins ainsi que Nataly Sugnaux Hernandez, sa propre chargée de production, fraîchement nommée à la future codirection du Théâtre du Grütli.

Que l’homme sache sortir le public de sa passivité et solliciter sa réaction, on en a donc maintes démonstrations. La question reste seulement: en actionnant quel levier?

Au retour d’une expérience de bénévolat dans la «jungle» de Calais, Yan Duyvendak rallie la maxime du penseur Theodor W. Adorno selon laquelle «la poésie n’est plus possible après Auschwitz». Il s’engage ainsi, non seulement à ce que son art «crée un espace de réflexion», mais qu’il «se mette au service du social» – une «frontière presque sacrilège à traverser», selon lui.

Pratiquement, pour mener l’enquête auprès des communes, associations, bénévoles et réfugiés eux-mêmes, sa compagnie embauche deux journalistes-acteurs chargés d’effectuer les interviews. A chaque lieu où bivouaque l’équipe, Italie, France ou Suisse, le processus repart à zéro. Ce travail préliminaire nourrit de ses spécificités le spectacle qui s’ensuivra, solidement ancré dans chaque réalité locale.

A Versoix dimanche, comme à Meyrin, Bernex ou Satigny dans les jours à venir, la scénographie reproduit le modèle d’une assemblée démocratique: des chaises disposées en cercle autour d’une arène vide – vide de théâtre comme de pouvoir. Parmi les spectateurs se lèveront tour à tour une dizaine de personnes, micro à la main. Quatre migrants, venus d’Erythrée, d’Afghanistan ou du Sri Lanka résumeront avec l’aide d’une interprète leur parcours, leur intégration, leurs conditions de logement, leurs besoins. D’autres témoignages, de Suisses impliqués dans les structures d’accueil cette fois, étofferont le matériau documentaire jusqu’à ce qu’un formulaire d’inscription circule à point nommé entre les rangs, appelant les auditeurs à formuler des propositions d’aide concrète – chambre, soutien administratif, cours de conversation française ou troc…

A point nommé comme la sébile qui passe de fidèle en fidèle lors d’une quête en fin de culte. Car oui, c’est bien le levier charitable que choisissent d’actionner ici Yan Duyvendak et sa confrérie. Plutôt qu’exciter la conscience politique du citoyen en invitant des témoins en colère, il invite le spectateur à soulager sa mauvaise conscience en accordant une aumône philanthropique. La salle communale Adrien-Lachenal – qui héberge également l’association Versoix Accueille – prend alors des airs de paroisse davantage que de tribunal ou de parlement. Et le public, au lieu de débattre ou de se mobiliser, se montre ravi de renouer avec la longue tradition caritative dont l’Helvétie a le secret. En parrainant un migrant comme on soigne un Tamagotchi. La frontière séparant l’art du social s’est franchie en douceur, sans qu'Actions ne commette le moindre sacrilège.

«Actions» Ma 5, sa 9, ma 12 et sa 16 sept. en différents lieux du canton, www.batie.ch (TDG)

Créé: 04.09.2017, 18h19

Articles en relation

Trois remakes propulsent la 41e Bâtie

La Bâtie-Festival de Genève Le lancement de cette édition a été marqué par l’exploit de son invité genevois, Oscar Gómez Mata. Plus...

John Cale à La Bâtie, la plus violente des caresses

Critique Tout casser, tout refaire, au risque de déplaire: ainsi va l'ancien du Velvet Underground. Retour sur son concert à l'Alhambra Plus...

Rencontre avec John Cale, père du punk, avant son concert à La Bâtie

Interview L’ancien du Velvet Underground ouvre la 41e édition du festival genevois, vendredi à l’Alhambra. Plus...

La 41e Bâtie sourit de toutes ses dents

Festival Alya Stürenburg présentait mardi une édition 2017 très danse: sa dernière. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Bruxelles veut que ses frontaliers chôment en Suisse
Plus...