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The Animen, cette bande de rockers illuminés

Avec «Same Sun/Different Light», le quatuor projette le soleil californien sur les rues de Genève. Rencontre d'avant le confinement.

The Animen sur la scène du festival Piz Palü, en août 2019, dans la campagne de Troinex. À l’image, Théo Wyser, chanteur et guitariste, avec Jool Marty, guitariste.
The Animen sur la scène du festival Piz Palü, en août 2019, dans la campagne de Troinex. À l’image, Théo Wyser, chanteur et guitariste, avec Jool Marty, guitariste.
Enrico Gastaldello/Azzurro Matto

Du plaisir des sons qui demandent que l’on tende l’oreille. Au temps du «corona», voilà qui sied à l’écoute dans son salon. The Animen est rock jusqu’au bout des grolles, de cela nul n’en doute, c’est la réputation du groupe carougeois. Que dire alors lorsque le quatuor entame son nouvel opus sur un pianissimo délicat, les fûts de batterie à peine effleurés du bout des balais, un accord de guitare vibrant doucement dans l’air? Et le chant, ce timbre de gorge feutré qui caractérise Théo Wyser, de lâcher une note réverbérante, telle une complainte. Un slow. Qui soudain explose lorsque l’orgue fait son entrée. La chanson «The Absence» s’impose comme une évidence. En 2020, comme il y a sept ans sur le premier album, The Animen a autant de classe que de mordant. Avec cette finesse en plus aujourd’hui, ce contraste des temps morts, des sotto voce, contrecarrant l’éclat brillant d’un band poussant fort ces riffs et refrains à dévisser les guiboles. Rock’n’roll, please.

Fidèle à lui-même, bien que différent dans sa nouvelle allure, The Animen livre un album, le troisième, au titre évocateur du chemin qu’il a pris: «Same Sun/Different Light». Un même soleil, celui que l’habitant de cette planète aperçoit d’où qu’il vive. Mais une lumière différente, parallèle évident avec le travail du peintre, sensible aux infimes variations des couleurs. Entre autres interprétations possibles.

Riche d’une carrière qui s’épaissit au fil des ans, The Animen ramène ces émotions variées dans un cadre consolidé par une histoire vieille de soixante ans. Théo Wyser au chant, Jool Marty à la guitare et à l’orgue, Robin Schneider à la basse, Guillaume Louis à la batterie: la formule puise dans les riches heures du rock, dans les classiques du genre, pour en tirer chaleur et clameur. On écoute «Kill Your Darlings», «City Of No Birds», «Greetings From El Matador», également ce «Modern Nostalgia», premier single de l’album faisant l’objet d’un vidéoclip élégant.

Le «shoot» de la côte ouest

20 mars 2020: les disquaires ont fermé boutique, les plateformes numériques mènent le bal: voilà où trouver l’album. Les musiciens? On les rencontrait il y a deux semaines, lorsque les interviews en face-à-face étaient encore envisageables.

Dans l’agenda sans répit qu’impose le marché de la musique, le groupe a «fait le choix de prendre le temps, raconte Théo Wyser, de se reposer pour écrire de nouvelles chansons, plutôt que d’écrire entre deux concerts dans sa chambre d’hôtel ou dans un van». De cette urgence qui «éreinte les musiciens», eux n’en voulaient plus. «Cette liberté dépend aussi de notre label, Two Gentlemen, lequel a fait le choix de laisser du temps aux artistes de son catalogue», complète Jool Marty. Le label en question a ses bureaux à Lausanne, la proximité aussi fait sens. Du temps à prendre, cela aura été six mois de pause au moins, chacun à vaquer dans son coin. Jool Marty en Californie, disions-nous: «Avec ma guitare, un clavier et une carte son pour enregistrer. Je vivais dans un petit appartement en location, mon compte en banque se vidait inexorablement: du temps libre, et rien d’autre!»

La Californie, sa scène florissante, trépidante, ont offert comme un «shoot» d’activités: «Il y a tellement de concurrence, là-bas, que chacun doit redoubler d’efforts pour tenter d’exister», constate Jool Marty. Mais en Californie, il y a également ceci: la lumière. On lit souvent, à propos de la musique de l’État doré, comme de sa littérature, qu’elle exprime le climat local. Théo Wyser l’assure: «Le soleil de la côte ouest est différent. Quand notre guitariste est revenu, les mélodies étaient plus posées, avec des gammes en majeur.» Jool Marty de déclarer: «Quand l’ensoleillement est, pour ainsi dire, permanent tout au long de l’année, les gens sont plus calmes. Aussi vrai que la pop anglaise est plus nostalgique, certainement à cause de la pluie.»

Un peu d’humour anglais

Théo Wyser, lui, est resté au bout du lac, «dans la grisaille». Plus proche de Londres que de Los Angeles. «Je suis un voyageur immobile, je n’ai pas besoin de me déplacer pour me nourrir. Et je retrouvais à domicile une forme de quotidien, loin des tournées.» Puis les uns et les autres se sont retrouvés au bercail: «Quand on a réuni nos tiroirs respectifs, ça a été le moment d’une recomposition multiforme. On a pris les meilleures bribes de chacun.»

On se rappelle ces ados affamés attaquant guitare en avant la scène du Chat Noir. Première apparition de The Animen il y a bien dix ans. De cette énergie primitive, braquée sur l’instant présent, il reste «des vies vécues à fond». «Certes, il y a moins d’insouciance. C’est notre troisième disque, on expérimente plus. Ça demande du temps. Avant, ç’aurait été synonyme de gâchis. Mais aujourd’hui, le temps est devenu plus intense.» Et le cynisme, comme le sarcasme, de s’inviter chez ces jeunes vieux. Théo Wyser: «Ce n’est pas un disque de bilan – je trouve ça moralisateur. Le sarcasme, en revanche, c’est bien: ça veut dire qu’on a vécu le truc, qu’on en tire une leçon, avec humour. Très anglais! Pas question d’être misérabiliste non plus. On reste un groupe de scène, qui joue de la musique pour bouger.»

«Same Sun/Different Light» The Animen (Two Gentlemen). Disponible sur toutes les plateformes numériques du monde entier.

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