Sexe en séries, et plus si affinités

LGBTQ Si le feuilleton français reste frileux sous la couette, sur les plateformes c’est bien plus chaud.

Stephanie Allynne et Leisha Hailey dans «The L Word Generation Q», sur Canal +

Stephanie Allynne et Leisha Hailey dans «The L Word Generation Q», sur Canal + Image: DR

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Une enquête menée en novembre dernier par le gay «Têtu» accusait les lacunes de l’audiovisuel français en matière de représentation LGBTQ (lesbienne, gay, bi, trans, queer). Ainsi le premier acteur transgenre dans un feuilleton hexagonal a attendu mars 2018 et un épisode de «Plus belle la vie» qui, sans cette particularité, serait d’ailleurs déjà passé aux oubliettes. Par contre, depuis plus d’une quinzaine d’années, les chaînes britanniques et américaines puisent avec abondance dans la grande veine des couples recomposés. Ainsi, une récente statistique évaluait à plus de 10% les héros et héroïnes aux orientations sexuelles moins classiques que le duo homme-femme.

Longtemps, cette niche a surtout servi des vues militantes mais restait marginalisée, ne s’autorisant des LGBTQ qu’en personnages secondaires. Signe des temps, la brèche taillée dans le fameux code Hays des années 30 s’est élargie jusqu’à l’apparition notamment de «Queer as Folk» au tournant des années 2000, puis de «The L Word» en 2004-09.

La fille obèse irradie

Loin des deuxièmes rôles, les minorités sexuelles y prennent alors le devant de la scène, deviennent même un fonds de commerce. Voir au hasard le récent «Pose» détaillant le bagage culturel porté par les trans chers à Madonna dans sa vidéo «Vogue» (1990), et toutes les souffrances résultant de la discrimination qui avait précédé ou de la malédiction sida des années 70-80.

Pour l’anecdote, les figures minoritaires semblent d’ailleurs connaître des modes. Jadis, les lesbiennes et homos donnaient un arrière-plan arty à une série. Désormais c’est la fille obèse et moche qui irradie. Le processus reste souvent vivifiant, voir la série «Shrill» par exemple et sa championne grosse et futée en pourfendeuse des préjugés imbéciles.

Dans le stock des séries estampillées LGBTQ, dont il devient difficile de voir le genre, les productions actuelles permettent néanmoins d’observer ici et là de légères mues sociétales. Prenez ainsi la nouvelle saison de «The L Word». Dix ans après leur disparition, ces lesbiennes chics et branchées reviennent en fringantes quinquagénaires. Comme le souligne l’une d’elles, la peau des fesses se fripe mais pas les idéaux.

«Mon chéri, il n’y a rien de mal à se masturber. Est-ce que tu veux en parler?»

Gillian Anderson dans «Sex Education»

Si les guerrières se battent toujours pour leurs droits civiques, elles ont souvent d’autres chats à fouetter. Car de vrais problèmes domestiques se matérialisent, et leur cortège de questions existentielles: qui va chercher les enfants à la sortie de l’école, à quel moment annoncer au voisinage que la sphère familiale se vit désormais en triplette, etc. Intitulée «The L World Generation Q», la saga tourne au soap-opéra plaisant. Pressentant sans doute une banalisation trop lisse, les scénaristes ne manquent jamais d’introduire à chaque épisode de fougueuses empoignades en club ou alcôve. De quoi pimenter un nœud d’intrigues désormais ordinaires.

Ce même souci d’impertinence marque la deuxième saison de «Sex Education». Il y a un an, la première fournée de cette série exhibe avec humour «brit du cru» les affres adolescentes face au sexe dans tous ses états. La comédienne Gillian Anderson, en cougar au Q.I. aussi remarquable que sa plastique de blonde platinée, tombe les mecs bodybuildés avec autant de décontraction qu’elle explique l’usage du préservatif dans ce lycée «où tout le monde couche, va bientôt coucher ou est en train de le faire». Et dans toutes les équations sexuelles possibles.

En deuxième saison, la provocation enfle. Voir la scène où Otis, pris d’un besoin irrépressible, se branle dans la voiture de sa mère et finit par gicler sur les fenêtres. La sexologue calme ce déluge d’hormones avec un flegme hilarant: «Mon chéri, il n’y a rien de mal à se masturber. Est-ce que tu veux en parler?» Dédramatiser, c’est bien le maître-mot pour passer l’éponge, là où souvent, les teen dramas avaient tendance à sombrer dans la tragédie, viol, grossesse, homosexualité et autres «13 raisons» pouvant pousser au suicide. Un embarras demeure. Les ados n’ont pas forcément envie de mater «Sex Education» avec leurs parents.

Créé: 08.02.2020, 17h50

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