Entre rock et gaudriole, l’ex-groupie avance en zigzag

PortraitEn malaxant ses passions, l’humoriste français, Thomas VDB, a imposé un ton ébouriffant et un personnage ébouriffé.

«La musique nourrit tout ce que je fais. Ça reste un moteur et un outil pour être plus drôle, voire plus pertinent», déclare Thomas Vandenberghe.

«La musique nourrit tout ce que je fais. Ça reste un moteur et un outil pour être plus drôle, voire plus pertinent», déclare Thomas Vandenberghe. Image: Lo Bricard

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Derrière la gare Saint-Lazare, le bistrot Chez Léon est l’un de ces troquets parisiens figés dans le formica rouge et jaune des années 70, le genre d’estaminet au zinc duquel on s’attend à voir Michel Audiard siffler un demi, ou Jean-Pierre Marielle casser un œuf dur. L’espèce de cadre dans lequel on imaginait bien Thomas VDB, allez savoir pourquoi. Délit de bonne gueule. Le dadais hirsute de ses capsules télévisées, le pote rigolard de ses spectacles, l’indécrottable fan de musique, le faux ingénu de ses chroniques sur France Inter et dès lundi sur «Quotidien»: aucune de ses facettes ne permettait d’envisager VDB autrement qu’en gars loin des modes et proche des gens. L’ivresse visuelle du pull blanc beige tacheté de mille points de couleurs qu’il arbore ce jour-là, ajoutée à sa façon de malaxer ses cheveux noirs au rythme de sa tchatche et au gras de l’andouillette qu’il picore en apéro, renforce l’impression d’une absence définitive de chichis, d’une décontraction si naturelle qu’elle n’est jamais loin de verser dans le spectacle. Vrai?

«J’ai toujours aimé faire le con. Ça a passé par beaucoup de théâtre de rue, une passion dans laquelle je suis tombé tôt. Je suis né dans un petit bled de Picardie. Alors quand mes parents ont déménagé à Tours, ce fut la grande vie — les bars, les potes, les disquaires. La fac ne m’a pas beaucoup vu. Même si j’habite à Paris depuis vingt ans, je reste stupidement ancré dans cette extraction provinciale, comme si c’était la honte qu’on puisse un jour m’associer à un Parisien.»

La capitale, Thomas Vandenberghe y grimpe peu avant le nouveau siècle pour faire le journaliste au sein d’un mensuel de belle diffusion branché sur le rock moderne et le métal hurlant, dont il devient même rédacteur en chef. «On croit parfois que je suis un ancien journaliste devenu humoriste. Mais je faisais de la comédie avant, et j’en ai surtout fait pendant. Quelques jours avant de rejoindre Paris, un pote de Tours m’a proposé un duo de théâtre de rue qui a cartonné, plus de 700 représentations. J’ai jonglé entre les deux activités pendant des années. En 2005, après avoir rencontré beaucoup de mes idoles, je me suis lassé de la presse musicale et je me suis consacré entièrement à la comédie.»

Iggy Pop et de Funès

Puisque les passions se renforcent quand elles se conjuguent, VDB marie de force Iggy Pop et Louis de Funès, les Sparks et Desproges. Ses premiers one-man-shows – «des conférences, plutôt» – racontent les rapports improbables entre rock et gaudriole. Avec l’expérience, il peaufine son art de la comédie et décrit ses récents spectacles comme le stand-up tel qu’il l’a toujours rêvé. «J’ai gagné en esprit d’à-propos, surtout», analyse-t-il en trempant ses doigts dans le saucisson, puis dans ses tifs.

Il soigne son côté finaud et s’offre un siège régulier sur France Inter, dans l’équipe de Charline Vanhoenacker, pour des chroniques liant élégamment actualité et musique. Il violente son côté potache et accède au grand public avec «Le message de Mathieu Madenian et VDB», l’après-midi sur France 2, en ado attardé pérorant sur tout et sur rien. La paire était destinée à la gloire, une place quotidienne après le «Journal de 20 heures». La France est alors en pleine campagne présidentielle. Quelques minutes avant la diffusion, apeurée par le ton irrévérencieux des lurons, la directrice de la télé publique annule tout. «On a été déçus, pas fâchés. Quand on nous avait proposé le truc, j’avais dit à Mathieu: «Ils sont mabouls, il y en a un qui va se faire virer à France 2!» Ben ce fut nous.» La capsule de Madenian et VDB s’en ira sur la chaîne W9.

Punk de service

Sur la table, les smartphones invitent à un concours de références musicales. Ce jour-là, le Spotify de VDB a visité Hum, groupe américain oublié des années 90, la techno d’Orbital, le rock tuméfié des Stooges. «Là, tu as ma playlist «Accordéon autorisé», soit des chansons où je tolère l’accordéon.» Si le titre de son dernier spectacle, «Bon chienchien», semble éloigné de ses passions musicales, il admet que la graine est profondément plantée. «À un moment, j’ai pensé à me désolidariser de la musique car elle me collait trop à la peau, genre le punk de service. Mais je me suis vite rendu compte qu’elle nourrit tout ce que je fais. Ça reste un moteur et un outil pour être plus drôle, voire plus pertinent.» Il peut aussi compter sur l’affection bienveillante de sa compagne, l’humoriste Audrey Vernon, qui relit ses chroniques radio et lui glisse souvent, jure-t-il, ses meilleures vannes. Leur fils, Vadim, est né il y a trois ans. «En hommage à Roger Vadim, pour elle. Moi, j’ai trop peur de l’imaginer avec un porte-cigarettes.»

Trois bières, trois pauses pipi. Quand Thomas traverse le bistrot en direction des toilettes, quelques regards le suivent. Comment l’ex-groupie, président et fondateur du fan-club français de Korn (ndlr: groupe de neo metal de la fin du XXe siècle, mixant guitares épaisses, rythmes hip-hop et angoisse juvénile), vit-il sa propre célébrité? «C’est parfois un peu difficile quand le mec se sent obligé de te faire un gag d’entrée. Mais ça reste toujours cool. Je sais que mes personnages donnent de moi une image accessible, mais ça me va. J’ai horreur de l’arrogance et je zigzague dans le milieu pour éviter les trucs où je ne me sentirais pas à l’aise», dit-il en souvenir d’une proposition (refusée) de participer à «Fort Boyard». «Je préfère que 100 000 personnes aiment beaucoup mon boulot plutôt que 10 millions me connaissent un peu.» (TDG)

Créé: 10.01.2019, 09h48

Bio

1977
Naît Thomas Vandenberghe le 1er mars, à Abbeville.

1991
Sa famille quitte le Nord pour la Touraine.

1996
Fac d’anglais à Tours, Conservatoire et premiers spectacles de rue.

1999
Intègre la rédaction parisienne du magazine «Rock Sound».

2005
Quitte le magazine et écrit son premier one-man-show, «En rock et en roll», sur l’expérience du fan à celle de journaliste.

2010
Commence ses chroniques régulières sur France Inter.

2013
Spectacle «Thomas VDB chante Daft Punk», gros succès.

2016
Naissance de son fils Vadim. Première de «Bon chienchien» à Paris.

2017
Puisqu’il ne faisait «pas rire» la directrice de France 2, il exporte avec Mathieu Madenian leur capsule sur W9.

2018
Son 9e rôle au cinéma est dans «La Ch’tite famille», de Dany Boon.

2019
Chronique dans l’émission «Quotidien», sur TMC, chaque lundi.

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