La France craque pour Lupin

Les séries télé mythiques: la "french touch" (2/5) Elégant et grand seigneur l'acteur Georges Descrières demeure aujourd'hui l'incarnation de l'Arsène Lupin télévisuel.

Georges Descrières en Arsène Lupin devant les falaises d’Etretat. Une image de la série diffusée dès 1971 sur la deuxième chaîne de l’ORTF.

Georges Descrières en Arsène Lupin devant les falaises d’Etretat. Une image de la série diffusée dès 1971 sur la deuxième chaîne de l’ORTF. Image: AFP

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Jeudi 18 mars 1971, sur la deuxième chaîne de l’ORTF, Arsène Lupin fait son entrée dans le paysage télévisuel francophone. «Le bouchon de cristal» inaugure ce soir-là une première saison de treize épisodes, qui s’achèvera le 10 juin 1971. Elle sera suivie par treize nouveaux rendez-vous, diffusés du 18 décembre 1973 au 16 février 1974.

«C’est le plus grand/Le plus charmant/Le plus élégant/Avec ses gants/Ou bien sans gants/L’Arsène…» Les paroles écrites par Jacques Lanzmann pour la chanson du générique séduisent moins les auditeurs que la voix de Jacques Dutronc et la musique de Jean-Pierre Bourtayre. Un as du sur-mesure, ce Bourtayre, quand on sait qu’en 1971, il est aussi l’auteur d’«Un banc, un arbre, une rue», qui a permis à la chanteuse Séverine de remporter le Concours Eurovision de la chanson pour Monaco.

Après la voix de Dutronc, c’est un sociétaire de la Comédie-Française que les téléspectateurs découvrent. Georges Descrières joue le rôle-titre de la série. Lorsqu’il tourne les premiers épisodes d’«Arsène Lupin», il a 40 ans et une présence inégalable. En 1971, les plus jeunes font connaissance avec le gentleman cambrioleur à travers lui, car ils n’ont pas tous lu les romans policiers de Maurice Leblanc, parus dès 1905. Pour eux, Georges Descrières restera l’incarnation du bel Arsène.

Une jeune Bâloise de 26 ans

Dans l’autre chanson de la série, celle de la deuxième saison, Jacques Dutronc décrit à merveille le personnage: «C’est le plus grand des voleurs/Oui, mais c’est un gentleman/Il s’empar’de vos valeurs/Sans vous menacer d’une arm’/Quand il détrouss’une femm’/Il lui fait porter des fleurs/Gentleman cambrioleur/Est un grand seigneur.»

Grand seigneur, Georges Descrières l’est jusqu’au bout des ongles dans sa tenue de soirée impeccable, frac et cape noirs, gilet et nœud blancs, haut-de-forme. Il est tout aussi chic dans les autres vêtements que ses métamorphoses, dignes de Fantomas, lui font endosser. L’une de ses partenaires dans la série est la Bâloise Marthe Keller, qui n’a pas encore tourné «La demoiselle d’Avignon» mais a déjà rencontré Philippe de Broca, qui lui a donné un rôle dans deux de ses films, «Le diable par la queue» et «Les caprices de Marie». A 26 ans, elle est la comtesse Natacha dans «Arsène Lupin».

«La classe de Georges Descrières, la drôlerie des seconds rôles, la beauté des actrices et l’attrait des péripéties font du feuilleton original un succès durable.»

D’autres acteurs bien connus il y a quarante ans participent aux épisodes de la série. On pense à Roger Carel dans le rôle du commissaire Guerchard ou à Henri Virlogeux dans celui de Sherlock Holmes. Bernard Giraudeau, 25 ans, commence tout juste sa carrière en Isidore Beautrelet, le jeune journaliste imaginé par Maurice Leblanc.

Rétro

Le scénariste de la série, Claude Brulé, a lui aussi été journaliste avant d’écrire pour le cinéma les dialogues du mémorable «Angélique, marquise des anges»(1964). Pour la télévision, il a créé en 1971« La dame de Montsoreau», une minisérie d’après le roman d’Alexandre Dumas, avec Karin Petersen, Nicolas Silberg et Denis Manuel. Le producteur d’«Arsène Lupin »est Jacques Nahum, né en 1921, auquel le succès de la série inspirera, en 1989,« Le retour d’Arsène Lupin,» douze épisodes avec François Dunoyer dans le rôle-titre, puis huit avec le même acteur, «Les nouveaux exploits d’Arsène Lupin», diffusés en 1995 et 1996 sur France 3. Qui s’en souvient?

La classe de Georges Descrières (décédé en 2013), la drôlerie des seconds rôles, la beauté des actrices et l’attrait des péripéties imaginées par Maurice Leblanc font du feuilleton original un succès durable. C’est aussi une plongée dans les années folles de l’entre-deux-guerres. Une période que les téléspectateurs de l’ORTF ont vu revivre déjà en 1970 dans «La dynastie des Forsythe» (production de la BBC) et où ils retourneront avec délices en allant voir au cinéma «Cabaret»; de Bob Fosse en 1972, puis «Gatsby le Magnifique» en 1974, avec Robert Redford et Mia Farrow, et enfin «Bugsy Malone» d’Alan Parker en 1976.

Chapeaux cloches, sautoirs interminables, robes charleston et fume-cigarette sont de retour à l’écran pour la première fois depuis le temps du muet. C’est rétro, comme on dit alors! (TDG)

Créé: 24.07.2017, 17h41

Des brigades très 1900

Avant les années folles, il y a la Belle Epoque, que la télévision française restitue dans différentes séries mémorables. Notamment dans Les Brigades du Tigre, feuilleton de 36 épisodes diffusé de 1974 à 1983, qui se passe en majorité de 1907 à l’orée de la Grande Guerre. Son créateur, Claude Desailly, avait en tête le succès américain des Incorruptibles (1959-1963), avec Robert Stack dans le rôle d’Eliot Ness, quand il imagina son trio de policiers Valentin-Pujol-Terrasson, le premier étant joué par Jean-Claude Bouillon. Les mêmes années ont tenté la cinéaste Nina Companeez (décédée en 2015), d’abord avec les cinq épisodes des Dames de la côte, diffusés sur Antenne 2 à partir de 1979, puis avec Un pique-nique chez Osiris, en 2001, sur France 2 . Ces séries ont montré que la télévision française pouvait réunir des acteurs confirmés (Hedwige Feuillère, Françoise Fabian, Anny Duperrey) et en devenir (Fanny Ardant, Francis Huster, Samuel Labarthe) dans des productions de grande qualité.
B.CH.

L'espion de l'empereur

Les comédiens Jacques Fabbri et Roger Carel sont les deux inoubliables compères de Schulmeister, l’espion de l’empereur. Sur la première chaîne de l’ORTF, cette série en treize épisodes diffusée de 1971 à 1974 emmène le téléspectateur sous le Premier Empire. Quelques années plus tôt, la même époque était à l’écran (le petit), dans Vidocq (1967), puis Les nouvelles aventures de Vidocq (1971-1973), où Bernard Noël puis Claude Brasseur prêtaient leurs traits à Eugène-François Vidocq, authentique forçat évadé, devenu policier sous Napoléon. Ces deux séries restituent les dessous d’une époque glorieuse que la France aime à se remémorer. La truculence des personnages de Schulmeister (Jacques Fabbri) et de Hammel (Roger Carel) colore l’évocation. Comme Vidocq, le premier des deux a existé réellement. Les biographies de Charles Louis Schulmeister, parues en 1896 et en 1932, ont permis au scénariste Jean-Claude Camredon de redonner vie à l’espion de l’empereur.
B.CH.

un fantôme au Louvre

On en parle encore, et pourtant cette série date de 1965. Diffusés en noir et blanc sur la première chaîne de l’ORTF, les quatre épisodes de Belphégor ou le fantôme du Louvre médusent les téléspectateurs de l’époque. Claude Barma, réalisateur du Chevalier de Maison-Rouge, d’après Alexandre Dumas (1963), a exhumé un roman policier paru en 1927. Son auteur, Arthur Bernède, avait imaginé les apparitions d’un mystérieux personnage sans visage dans le Musée du Louvre, attiré par la statue du dieu moabite Belphégor. Lors de la diffusion de la série, le nom de l’acteur masqué est tenu secret; effet de curiosité garanti! Il s’agit en fait du mime Isaac Alvarez, qui partage l’affiche avec Juliette Gréco, Yves Rénier et René Dary notamment. Belphégor percera-t-il le secret des Rose-Croix et s’emparera-t-il du métal de Paracelse? Dix millions de téléspectateurs suivent la série lors de sa diffusion, ce qui est énorme, sachant que la France compte 48 millions d’habitants.
B.CH.

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