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Les formats longs ont de l’avenir

Comment l'émission «Temps Présent» résiste-t-elle aux changements? Réponse de son producteur Jean-Philippe Ceppi.

La nouvelle et l’ancienne génération à la tête de «Temps Présent»: Jean-Philippe Ceppi et Claude Torracinta.

À l’heure où les publics consomment l’information sur de multiples supports et à toute heure, comment «Temps Présent» («TP») résiste-il aux changements? «Nous sommes confrontés, comme tous nos collègues de la profession, à un bouleversement de la distribution des contenus, reconnaît Jean-Philippe Ceppi, coproducteur avec Jérôme Porte. Pendant la campagne «No Billag», j’ai beaucoup échangé avec la population. Il en est ressorti que l’émission est encore très populaire auprès des jeunes. Ils se sentent concernés, comme leurs aînés, par les thématiques que nous traitons. J’ai la conviction que nous sommes également très suivis par les «secundos», ces deuxième et troisième générations d’étrangers, ainsi que par la population migrante, car «TP», par un effet miroir, participe à leur intégration.» Par ailleurs, les statistiques par tranche d’âge et sexe montrent une légère sur-représentation du public féminin. «TP» est très présent sur les réseaux sociaux et depuis deux ans toutes les émissions sont disponibles sur YouTube, avec d’excellents scores. «Nous sommes à près de 5 millions de vues en deux ans. Un sujet sur la solitude dans nos sociétés a fait par exemple deux fois plus de téléspectateurs sur YouTube qu’à l’antenne, preuve que la thématique dépasse largement nos frontières.»

À ce titre, les formats longs ont encore de l’avenir, estime le producteur. «Le temps moyen de visionnement à l’antenne est de trente minutes. Nous sommes capables de raconter des histoires complexes, voire austères, comme des sujets sur le lobby des assurances ou la fiscalité et obtenir de très bons scores d’audience avec plus de 40% de parts de marché. Notre force est ce travail de narration qui tient aussi à la présence conjointe d’un réalisateur, qui maîtrise le récit, et d’un journaliste. Une formule que je défends avec conviction.»

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Toujours reconnue en matière d’investigation, «TP» est aujourd’hui «une émission d’information et de société». Novatrice en abordant au début des années 70 des sujets encore tabous comme l’homosexualité, l’émission fait face aujourd’hui à de nouvelles préoccupations sociétales, tels l’évolution de la famille et des mœurs, la précarité, le suicide assisté ou encore l’avenir et la prise en charge des personnes âgées. Dernière tendance: «tout ce qui concerne la route, des retraits de permis de conduire aux fous du volant, passionne le public depuis une dizaine d’années». C’est sur le plan de l’international que «TP» a le plus modifié ses pratiques. «Pour intéresser le public, le reportage à l’étranger doit être original. À l’époque, on pouvait facilement parler pendant une heure de la famine en Afrique. Plus aujourd’hui. Traiter de la Syrie en prime time devient compliqué. Le choix des sujets doit être plus pointu et créatif.»

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Peu de femmes productrices

Au cours de ces cinquante dernières années, «Temps Présent» n’a pas échappé à une représentation stéréotypée de ses troupes, qui longtemps ont été majoritairement masculines. Si l’équilibre des sexes au sein des équipes de réalisateur, journaliste, cameraman et preneur de son est aujourd’hui de mise, la représentation féminine des producteurs de l’émission n’a pas évolué. Seules deux femmes ont occupé cette fonction depuis son lancement en 1969. Béatrice Barton entre 1992 et 1999 et Anne-Frédérique Widmann de 2005 à 2009. Elle témoigne: «J’ai été élevée avec l’idée qu’il n’y a pas de barrière entre les sexes et qu’une femme peut tout faire. Je ne me suis jamais dit que je devais choisir entre ma vie de famille et ma carrière. C’est vrai que le milieu de la télévision est aussi le reflet de la société et qu’il est toujours plus difficile en tant que femme de s’imposer et d’être jugée pour ses qualités professionnelles. À l’époque, j’étais la seule avec trois autres producteurs et la seule aussi à travailler à temps partiel à cause de mes enfants. On ne peut pas s’émanciper totalement de son rôle de femme. Mes collègues masculins étaient par ailleurs ouverts et progressistes. J’ai toujours eu l’habitude d’être en minorité, même à mes débuts en presse écrite il y a vingt-cinq ans, en rubrique économique. Sur le terrain, être une femme peut avoir de nombreux avantages. J’ai beaucoup travaillé en Libye, notamment pendant la prise des otages suisses. Sur place, les hommes ne nous voient pas comme une menace. On réveille leur instinct de protection. Au Niger, par exemple, j’ai pu avoir accès plus facilement au monde de la famille et de la sphère privée.»

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