Entre le Léman et la mer,ils se réapproprient la lenteur

TélévisionLe coproducteur de l’émission Passe-moi les jumelles et le réalisateur Pierre-Antoine Hiroz ont jeté leur dévolu sur une partie du célèbre itinéraire de la Grande Traversée des Alpes qui relie Saint-Gingolph à la Méditerranée.

Les 10 marcheurs – cinq hommes et cinq femmes – sont Suisses, Français, Belge et Slovène. Ici avec Pierre-Antoine Hiroz, le guide, et Benoît Aymon.

Les 10 marcheurs – cinq hommes et cinq femmes – sont Suisses, Français, Belge et Slovène. Ici avec Pierre-Antoine Hiroz, le guide, et Benoît Aymon. Image: LAURENT BLEUZE

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«Filmer la marche, la chose la plus simple du monde, reste un challenge», observe Benoît Aymon. Après la Haute Route (Chamonix-Zermatt) puis le Tour du Cervin, le coproducteur de l’émission Passe-moi les jumelles et le réalisateur Pierre-Antoine Hiroz ont jeté leur dévolu sur une partie du célèbre itinéraire de la Grande Traversée des Alpes qui relie Saint-Gingolph à la Méditerranée: 600 km, 60 cols, 30 000 mètres de dénivelé, soit plus de trois fois la hauteur de l’Everest. Sur le même principe que les séries documentaires précédentes, le duo a sélectionné des candidats de 29 à 83 ans. «La grande différence avec ce parcours-ci est sa durée: un mois de marche.» Le premier épisode de cette intense aventure humaine sera visible vendredi 15 décembre sur la RTS.

Aymon et Hiroz ont reçu une avalanche de candidatures après la diffusion en février de leur reportage en éclaireurs sur le mythique tracé. «Plus de 700, pour être précis. Nous avons vite éliminé tous ceux qui avaient déjà couru trois triathlons et dix marathons pour se concentrer sur les profils de randonneurs amateurs qui rêvaient d’une telle aventure sans avoir jamais osé se lancer en solo», explique Benoît Aymon. L’équipe est finalement constituée de cinq hommes et cinq femmes – Suisses, Français, Belge et Slovène – aux personnalités et aux parcours de vie très différents. «Avant de choisir Daniel, l’aîné du groupe (83 ans), par exemple, nous lui avons demandé de faire un check-up médical. On voulait aussi montrer qu’à cet âge, on peut encore se lancer de vrais défis.» Côté tournage, aucune mise en scène. «La réalité est parfois plus surprenante que tous les scénarios qu’on pourrait imaginer. Je dirais que c’était une forme de polar au dérapage contrôlé. Certains personnages se sont démarqués plus rapidement tandis que pour d’autres, l’évolution a été plus progressive».

L’équipe a adapté le trajet pour qu’il reste le plus alpin possible. Avec l’ascension de deux sommets de plus de 3000 mètres et une arrivée à Menton plutôt qu’à Nice. Le vrai défi était de tenir sur la durée, avec 20 km et 1000 mètres de dénivelé à parcourir quotidiennement, soit 8 à 10 heures de marche. «La première semaine, le corps souffre et se rebelle. La deuxième, le mental prend le relais. Puis arrive l’euphorie et enfin le plaisir de la marche pour la marche. Les candidats ont appris à se réapproprier la lenteur. Le temps devient élastique. Les émotions, rires comme pleurs, ont été très intenses en fin de parcours.» Au fil des jours, des caprices de la météo – mis à part quelques averses, le ciel est resté clément – la marche s’est révélée «thérapeutique, telle une échappée à la tyrannie de la vitesse.»

Passe-moi les jumelles, RTS Un, vendredi 15 décembre, 20 h 10 (TDG)

Créé: 09.12.2017, 11h12

«J’ai réussi à me laisser conduire»

Carole Maksay
Enseignante



En apprenant qu’elle était sélectionnée pour participer à la Grande Traversée des Alpes, Carole Maksay a eu l’impression de «tirer un billet de loterie gagnant. C’était une chance incroyable, un cadeau de A à Z!» Marcheuse du dimanche, elle monte volontiers tôt le matin au sommet du Mont-Tendre pour redescendre avant midi et vaquer à ses autres occupations. Mais jamais plus d’une journée, précise cette habitante de Daillens, maman de deux grands enfants. «Et là, pendant 30 jours, la seule chose que nous avions à faire était de marcher. Je suis quelqu’un de très organisé, mais j’ai facilement réussi à me laisser conduire. Au point que j’ai complètement déconnecté et perdu le fil des jours. C’était très agréable.» Avant d’ajouter: «j’ai toujours travaillé et plus j’avance en âge, plus je me dis qu’on n’a qu’une vie et qu’on doit saisir les opportunités quand elles se présentent.»
L’enseignante a souffert de diverses douleurs pendant ces jours de marche: tendinite au genou, inflammation du talon d’Achille, son corps a été soumis à rude épreuve. «J’ai mis longtemps à récupérer. Je n’ai pas pu en profiter autant que je l’aurais souhaité, d’autant plus que je ne me sentais pas fatiguée par l’effort.»
Elle a développé de profondes amitiés avec certains membres du groupe. «J’étais même surprise de certains moments de partage très profonds où l’on s’est confié sur des sujets très personnels.»
Soucieuse d’être bien équipée, Carole Maksay s’était bien renseignée en amont pour optimiser le contenu de son sac à dos. «J’avais pris le strict minimum: une tenue sur moi et une de rechange dans mon sac. Je pensais que c’était impossible, mais c’était amplement suffisant. Mon savon servait à me laver et à faire la lessive. J’en avais encore à la fin de la randonnée. On apprend qu’on a finalement besoin de peu de choses.»

«Marcher est un vrai luxe»

Marc Collomb
Architecte



Fils d’alpiniste, Marc Collomb n’a jamais eu le pied alpin, mais plutôt marin. «Comme Vaudois habitant Lausanne, j’ai toujours vécu face au lac avec les Alpes devant moi, à me demander ce qui se cachait derrière». C’est après un contrôle de routine, où son médecin lui demande ce qu’il se souhaite à lui-même pour l’année à venir, que Marc Collomb réalise qu’il aimerait apprendre à ralentir. Il décide d’envoyer sa candidature. «C’était la première lettre de motivation que j’envoyais de ma vie. Je suis architecte depuis 37 ans, enseignant depuis 20 ans et je ne me suis jamais arrêté.» Alors qu’il arrive à la fin du gros chantier du Parlement vaudois, cette aventure tombe à pic. «J’ai découvert que marcher en montagne était un luxe qui permettait de vivre pleinement le moment présent.» Doté d’une bonne condition physique – il se déplace au bureau à vélo –, il explique n’avoir souffert d’aucune douleur, juste un peu de peine dans les montées et les descentes avec le poids du sac sur le dos. «Être en groupe aide beaucoup. Nous étions soudés par cet objectif commun.» Il s’habitue sans broncher à la promiscuité de la vie en cabanes, finalement pas si différente de celle d’un bateau. «J’ai eu toutefois un peu de mal à faire mon sac chaque matin et l’organiser pour avoir tout à portée de main.» Ses craintes d’un certain voyeurisme s’envolent vite au contact de l’équipe qui vit avec les candidats au quotidien. «On sait que les caméras sont là, mais elles ne sont pas invasives.»
Au cours de ses longues heures de marche, le Vaudois de 64 ans pense souvent à son père, aux moments qu’il a dû vivre comme lui dans ces montagnes. «La rencontre de migrants sur la fin du trajet m’a aussi fait beaucoup réfléchir. Nous souffrions, mais pour notre plaisir, alors que pour eux, c’était l’inverse. Globalement, cette marche m’a aidé aujourd’hui à moins courir.»

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