Passer au contenu principal

«Sœurs», pacte sans fin pour un conflit sans trêve

Pour la deuxième fois de sa carrière de metteur en scène, le Genevois Elidan Arzoni s’attaque à Pascal Rambert.

Les héroïnes de guerre Nastassja Tanner et Arblinda Dauti donnent de leurs personnes, larmes comprises.
Les héroïnes de guerre Nastassja Tanner et Arblinda Dauti donnent de leurs personnes, larmes comprises.
ELISA MURCIA ARTENGO

C’est le combat de la panthère et de la laie: le pugilat de deux sœurs «sorties du même vagin» et habillées à l’identique – bottines, jean et marcel noirs. Arblinda, du nom de son actrice Arblinda Dauti, est l’aînée, la plus grande en taille, aussi, la nageuse, la préférée de papa, éminent archéologue arabe. Engagée dans l’humanitaire, elle prépare une conférence sur les migrants. Tandis qu’elle dispose les chaises de son auditoire perpendiculairement aux travées du Galpon, déboule sa cadette, valise à la main, bombe dans la poitrine. Nastassja (Tanner), la brimée, la tirée par les cheveux, la plus butée, aussi, devenue critique, outrée d’avoir été laissée dans l’ignorance du décès imminent de maman, écrivaine émérite. «Tu me suis comme un assassin sa victime», lui assène la première. «Tu étais l’animal et le chasseur», mitraille la seconde.

Deux heures durant, une phrase interminable, d’un seul mouvement, dessinera le champ de bataille. Arblinda et Nastassja se feront feu sur chaque mot, brandiront chaque syllabe comme une baïonnette. De leur place respective au sein de la fratrie jaillira d’autant plus de fiel qu’elle aura déterminé leur place dans le monde. Les hostilités se nourriront en rond. Un drapeau blanc pointera à la mi-temps, histoire de prouver que haine et tendresse sont, comme elles, les deux faces d’une même pièce.

Elidan Arzoni («Art», «Les Liaisons dangereuses», «Contractions»...) s’était frotté à l’écriture râpeuse de Pascal Rambert en montant sa «Clôture de l’amour» en 2016. Déjà à l’époque, auteur et metteur en scène développaient une commune dramaturgie de la dispute, de la joute verbale, de la scène à la scène, promesse possible d’une paix cathartique. Il est vrai que «Sœurs» touche tout spectateur au cœur, qu’il soit frère, jumeau ou simplement rodé au conflit. Il est vrai aussi que la sobriété de la forme ainsi que l’énergie des actrices (choisies parmi 90 candidates!) sont de puissants vecteurs. De grâce, en revanche, que la résilience tant attendue advienne plus tôt!Katia Berger

----------

«Sœurs» Théâtre du Galpon, jusqu’au 1er mars, 022 321 21 78, www.galpon.ch

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.