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Les suaves dangers du crash

Au Poche, le Genevois Jean-Louis Johannides appose sa griffe sur la «Viande en boîte» de l'Autrichien Ferdinand Schmalz. Carambolage très esthétique.

Dans une pénombre lynchienne, on aperçoit le Routier (Guillaume Miramond), la tenancière du restoroute (Léa Pohlhammer) et le cynique agent d'assurances (Vincent Coppey).
Dans une pénombre lynchienne, on aperçoit le Routier (Guillaume Miramond), la tenancière du restoroute (Léa Pohlhammer) et le cynique agent d'assurances (Vincent Coppey).
SAMUEL RUBIO

La «Viande en boîte» en question n’est autre que vous et moi, prisonniers d’habitacles fuselés qui filent sur l’asphalte. Vous et moi, également, bloqués dans le trafic des émotions qui engorgent nos cages thoraciques. La collision, dès lors, abîme et libère à la fois, tue ou ressuscite, dans une ambivalence érotico-gore explorée par David Cronenberg dans son film «Crash» en 1996.

«Là-bas derrière, où l’autoroute fait un pli», l’accident a fauché tant de vies, sous l’œil du routier omniscient (Guillaume Miramond), qu’un agent d’assurances, Rolf (Vincent Coppey), vient y mener son enquête. Mais au restoroute en bordure de bretelle, où se sont réfugiées les blondes Beate (Léa Pohlhammer) et Jayne (Angèle Colas, une révélation), l’accident a aussi fait naître la possibilité d’un monde à part.

Les références cinématographiques pullulent déjà au stade de l’écriture de la pièce par l’Autrichien Ferdinand Schmalz (remarquable jeune plume déjà programmée la saison passée au Poche). Indications sonores de froissements de tôle, rythme iambique imposé à des dialogues carambolés, ambiances troubles, personnages enrobés de mystère, le fantôme de David Lynch se fait sentir jusque dans les costumes et les perruques peroxydées. Aux cicatrices du texte, le Genevois Jean-Louis Johannides applique l’élégance flegmatique qui imprime ses mises en scène («Le radieux séjour du monde», «Hyperborée»). Avec quatre des onze comédiens qui forment l’Ensemble de cette nouvelle saison, et sur fond d’une scénographie moussue qui habillera trois créations jusqu’à Noël, il lustre méticuleusement la carrosserie poétique mais s’interdit tout tête-à-queue subversif, pourtant bruyamment appelé par le texte.

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«Viande en boîte»

Le Poche, jusqu’au 15 déc., 022 310 37 59, www.poche---gve.ch

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