Le stand-up romand essaime

SpectacleNouvelles scènes, nouveaux collectifs d’artistes, nouveaux talents romands. A Genève, les humoristes se professionnalisent et le jeune public en raffole. Tour d’horizon.

Les avis de Thomas Wiesel, Alexandre Kominek, Charles Nouveau et Yoann Provenzano sur les ressorts comiques locaux.
Vidéo: Marianne Grosjean

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Des salles pleines, un public qui rit aux éclats, une moyenne d’âge de 25 ans. A Genève, la comédie de stand-up ne connaît pas les soucis de remplissage ou de renouvellement du public, et se professionnalise de plus en plus. De nouvelles salles se créent, permettant au public d’applaudir la nouvelle vague d’humoristes romands, qui a décidément le vent en poupe.

Récemment, une toute nouvelle boîte de production s’est créée, réunissant notamment les talents genevois Marina Rollman, Charles Nouveau et Alexandre Kominek, auprès du ténor des jeunes humoristes Thomas Wiesel (lire ci-contre). Même si la comédie de stand-up n’est pas nouvelle en Suisse – la 28e édition du Montreux Comedy Festival se tiendra en décembre tandis que le label Swiss Comedy Club organise régulièrement des spectacles en Suisse romande – l’apparition de petites structures locales répond à l’intérêt grandissant du public pour ce type d’humour.

Nouvelle salle à Carouge

Depuis septembre, une petite salle entièrement dévolue aux spectacles de stand-up et pouvant accueillir une trentaine de spectateurs, le Caustic Comedy Club, s’est ouverte à Carouge, à l’avenue Cardinal-Mermillod. La programmation s’étale jusqu’au 31 décembre, du jeudi au dimanche, avec des one-man-shows d’humoristes romands ou des matches d’improvisation. «Ça faisait longtemps qu’on rêvait d’ouvrir une salle à Genève qui aurait la taille parfaite pour des humoristes en début de carrière. Difficile en effet de passer d’un public de salon à une salle de 100 personnes, qu’il faut parvenir à remplir», explique Olivia Gardet, cofondatrice du Caustic Comedy Club.

Lors de la dernière soirée «Jokers, le grand match», soit jeudi 19 octobre, le petit caveau aménagé était comble. Il a fallu déplier quelques chaises supplémentaires pour que les quarante spectateurs puissent s’asseoir face à la petite scène de 2 mètres sur 3. Sur les planches, quatre humoristes: Yacine Nemra, Donatienne Amann, Charles Nouveau et Robin Dupuis. Répartis en équipes, ils réalisent de courts sketches improvisés, sur des thèmes que leur donne le public ou le maître du jeu. Sans pouvoir rivaliser avec de réels pros de l’improvisation, ils sortent des jolies reparties et dérident aisément un public acquis.

Deux amis aux manettes

Le même soir, une centaine de personnes, majoritairement âgées entre 20 et 35 ans, se retrouvaient au CACG (ancien CAC Voltaire), où l’association The Kémedy Club organisait sa soirée mensuelle de stand-up. Six humoristes défilent et présentent quinze minutes de show chacun. Thomas Wiesel recycle au passage quelques vannes qu’il vient de lancer à la Revue genevoise une demi-heure plus tôt. Charles Nouveau, fraîchement débarqué du Caustic par le tram 18, rejoint la deuxième partie du spectacle. Avec eux, Karim, Nadim, Alexandre Delavil et Yoann Provenzano. Les maîtres de cérémonie Kévin Eyer et Mehidin Susic, humoristes eux-mêmes, organisent les soirées du Kémedy Club depuis trois ans. «On a commencé au Moulin-Rouge. D’abord ça marchait grâce à nos réseaux de potes respectifs qui nous soutenaient, partageaient les informations sur Internet. Mais depuis, il y a eu un immense téléphone arabe et on n’a pas de souci pour remplir les salles. On rentre toujours dans nos frais», assure Mehidin Susic. Et ce, grâce à la billetterie principalement (compter 20 francs le plein tarif), puisqu’à part «quelques petites entreprises qui nous donnent parfois 200 ou 300 francs en échange de l’affichage de leur logo sur nos flyers», le Kémedy Club ne reçoit pas de subvention publique. C’est le même cas de figure au Caustic, qui table sur des entrées à 28 francs pour faire tourner la boutique.

«Tant que l’on ne perd pas d’argent, on continue. Ça nous fait vraiment plaisir que les choses bougent en Suisse romande et que les gens s’intéressent à l’humour», assure Mehidin, qui travaille, à côté de ses activités artistiques et organisationnelles, dans une imprimerie. «C’est pratique pour imprimer nos flyers», sourit-il. (TDG)

Créé: 31.10.2017, 19h40

Le Lausannois Yacine Nemra (à gauche), connu pour ses chroniques sur Couleur 3, et le Genevois Charles Nouveau, qui joue à Paris ainsi qu’en Suisse romande et présente des chroniques sur RTS La 1ère. (Image: LOUISE ROSSIER)

Thomas Wiesel: «Il faut être payé correctement»

«Comment ça, tu veux être payé? Tu ne fais pas des spectacles juste pour le plaisir?» N’importe quel artiste en début de carrière a rencontré cet organisateur naïf ou roublard. C’est dans l’idée de protéger les jeunes humoristes professionnels de cachets misérables ou de contrats malhonnêtes que la boîte
de production Jokers s’est créée en septembre.
Réunissant une quinzaine de jeunes comédiens de stand-up romands, Jokers n’assume qu’à moitié son côté syndical. Officiellement, c’est une «structure pour monter des projets communs», et «un label de qualité pour les organisateurs de spectacles», nous expose Sébastien Corthésy, producteur et cofondateur.
«Thomas Wiesel ne pouvant pas être programmé dans toutes les salles de Suisse romande, c’est utile d’avoir d’autres artistes à proposer, que les théâtres n’avaient pas envisagés au départ». Ledit Thomas Wiesel, humoriste phare et cofondateur de Jokers, se souvient de ses premiers pas: «Je jouais pour un sandwich. Les débuts sont difficiles, on fait beaucoup de bénévolat et c’est normal.
Mais une fois que la machine est en marche, il faut être payé correctement. Quand on ne touche que 100 francs de cachet pour une soirée qui a été vendue 5000 francs à un privé, on comprend qu’on s’est fait rouler dans la farine…
L’idée de Jokers est d’être une boîte transparente, et que les artistes savent qui empoche quoi. On est en Suisse romande, l’échelle est humaine: il n’y a aucune raison que ça soit autant la jungle qu’à Paris, où on est vite prisonnier d’un contrat défavorable quand on débute.»
Jokers peut aussi compter sur l’expérience du metteur en scène de la Revue genevoise Pierre Naftule, qui participe à l’aventure en tant que producteur et qui a bonne presse auprès de l’équipe: «Quand j’ai commencé à être produit par Naftule, j’ai gagné dix fois plus», assure Thomas Wiesel. Côté «projets communs», les soirées d’improvisation «Jokers, le grand match», ont lieu deux fois par mois, en alternance entre Genève (Caustic Comedy Club) et Vevey (Théâtre de Poche de la Grenette). MAR.G.

Punchlines récentes de Genevois qui montent

Charles Nouveau, RTS La 1ère:
«C’est du terrorisme quand les victimes ne sont pas blanches? Dans le doute, on va dire oui, les gens partent du principe que vous mettez des guillemets, comme quand vous parlez de football féminin
ou de cinéma suisse.»

Marina Rollman, France Inter:
«Dans les pubs, on nous dit que la peau est «énergisée»… Ça veut dire quoi? Toi t’es claquée, tu te fais soirée tisane au lit, et ta peau elle se sent de ouf, elle sort sans toi en boîte, finit en after chez Claire Chazal à tirer de la coke sur les genoux de Neymar?»

Alexandre Kominek,one-man-show:
«Les boîtes de nuit, c’est fait pour faire des rencontres, tu y ramènes pas ta copine. C’est comme si t’es un père de famille et que tu ramènes tes propres gosses en Thaïlande.»

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