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Le stade du miroir à l’ère numérique: «Be Arielle F.» vous garantit le vertige!

Au Grütli, Simon Senn prend possession d’un corps qui n’est pas le sien sur le web: mode d’emploi et conclusions.

L’artiste (Simon Senn, au devant), son double (Arielle F., à g.), et leur hermaphrodite alliage virtuel (à dr.).
L’artiste (Simon Senn, au devant), son double (Arielle F., à g.), et leur hermaphrodite alliage virtuel (à dr.).
MATHILDA OLMI

Hormis un bric-à-brac technologique – ordinateurs, écrans, projecteurs, caméras, capteurs… –, il n’y a que lui de vrai sur le plateau: ce frêle séraphin aux airs de fillette, un chouïa nerveux d’avoir à détailler en public l’extraordinaire aventure dont il n’est que partiellement le héros. Lui au milieu, et des pixels autour.

Simon Senn – c’est son nom –, artiste trentenaire formé à la HEAD puis au Goldsmith’s College de Londres, s’est payé une femme. Esclave? Prostituée? Poupée? Il n’aura déboursé qu’une poignée de dollars pour faire l’acquisition sur 3dscanstore.com d’un avatar digital nu, calqué sur le corps d’une Anglaise en chair et en os. Cette défroque de synthèse – au pore, au poil, au grain de beauté et à l’aréole près identique à l’original –, il peut s’y introduire grâce à un kit de réalité virtuelle qu’il a expressément bidouillé. Senn peut faire sienne une image, se mouvoir dans la peau d’un clone. Il éprouve un choc émotionnel majeur à cette transsubstantiation, un véritable coup de foudre. Il lui faut coûte que coûte faire connaissance du modèle, franchir la frontière du numérique à l’organique.

Le geek finit par toucher son fantasme, grâce à l’aide d’internautes sur les réseaux sociaux. Il rencontre la demoiselle, la filme; elle n’est pas tout à fait à la hauteur de ses espérances, mais il dialogue régulièrement avec elle via Face Time, y compris depuis les scènes où il performe «Be Arielle F.» en son honneur. Un hybride complète encore la trinité représentée: croisement entre lui et elle, corps femelle, identité mâle, une créature immatérielle prend vie, qu’on contemple dans un tournis.

Le fameux «je est un autre» d’Arthur Rimbaud fait désormais figure de lapalissade. Nos cyber-inconscients en appellent dorénavant à une psychanalyse inédite. À la fois narrateur et démiurge, Simon Senn n’esquive pas les questions existentielles, juridiques et psychanalytiques découlant de son expérience. Il fait même entrevoir à l’assistance que tous ses repères devront à leur tour subir une transmutation.Katia Berger

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«Be Arielle F» Théâtre du Grütli, jusqu’au 19 jan., 022 888 44 88, www.grutli.ch

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